Le manuscrit R porte ôteroit
4. Le manuscrit R porte à la marge ces mots qui ont été rayés : « Faut mettre les troupes qu'elle avoit, qui se voient dans les états de d'Argouges. » Cette indication n'a pas été suivie.
Il n'y eut jamais moyen de tirer M. du Maine hors de son gouvernement; il pensoit n'en pouvoir sortir sans le perdre et ne prévoyoit pas que, s'il n'en sortoit, la Reine étoit perdue.
M. d'Épernon n'étoit pas encore prêt. Les forces ({ue Monsieur le Comte et MM. de Vendôme avoient promises ne manquèrent pas à prendre de l'argent, mais à venir ; si bien qu'elle se trouva sur les bras les armes que Luynes a voit fait lever, sans autre défense que de quinze cents hommes que le duc de Retz avoit, et quelques troupes que ses serviteurs particuliers avoient faites en son gouvernement*.
De sorte qu'elle fut contrainte par sa foiblesse de laisser la Flèche pour revenir à Angers et chercher sa sûreté au lieu qu'elle avoit quitté pour celle de ses amis.
Le Roi, dans le cours de ses heureux succès, passant par Mortagne, fit faire une déclaration le 28® juillet, par laquelle il déclaroit criminels de lèse-majesté tous ceux qui servoient la Reine, si, dans un mois, ils ne quittoient son parti et ne le revenoient trouver^.
On avoit entrepris au Pont-de-Gé une fortification imaginaire pour arrêter les armes de Luynes et assurer le passage aux troupes qu'on attendoit de Saintonge et de Guyenne.
Geux qui en avoient fait le dessein se proposoient des merveilles ; mais ils ne se virent pas sitôt pressés que le cœur leur manqua à l'exécution de leurs promesses.
1. Ces trois derniers paragraphes sont tirés du résumé écrit par Charpentier (France 773, fol. 227 et 228).
2. Le texte de cette déclaration a été imprimé dans le Mercure francois, t. VI, année 1620, p. 320 et suivantes.
La nouvelle arrive que l'armée étoit entre le Pontci e-Gc et Angers.
On vit force résolutions des capitaines et soldats particuliers, désireux de faire leur devoir pour garantir la Reine de l'oppression dont elle étoit menacée ; mais, entre les grands, plusieurs témoignent un grand étonnement^
Et cet étonnement fut suivi d'un succès conforme; car, presque sans aucune résistance, le T, tous les retranchements furent emportés, les barricades forcées et la ville prise, fors le château, jusques au lendemain matin qu'il se rendit par capitulation.
Tout le monde favorisoit la Reine dans le cœur, et tant de personnes de considération étoient déclarées pour elle, qu'on auroit plus tôt fait de nommer ceux qui n'étoient pas de son côté que ceux qui l'assistoient ouvertement.
Cependant, tant de vœux furent inutiles, et ce grand concours ne produisit pas l'effet que la prudence humaine eût fait espérer.
Dieu le permit ainsi, à mon avis, pour faire voir que le repos des États lui est en si grande recommandation qu'il prive souvent de succès les entreprises qui le pourroient troubler, quoique justes et légitimes.
La Reine tomba quasi entre les mains de ses ennemis, et cependant elle peut dire avec vérité que, si elle n'eût été perdue, elle l'eût véritablement été.
Tout ^ le mauvais succès et le blâme de cette action
1. Les quatre paragraphes précédents sont empruntés au résumé écrit par Charpentier (France 773, foL 229).
2. Avec ce paragraphe commence un long emprunt fait à un récit composé probablement pour les Mémoires et écrit par le
fut imputé à Marillac^ qui étoit maréchal de camp; mais, à dire le vrai, il ne le méritoit pas : car tant s'en faut qu'il y fît plus mal que les autres qui étoient en pareille charge ou plus grande, qu'au contraire il fit mieux, en ce qu'il eut beaucoup plus de soin des préparatifs, et ne fit pas pis en l'occasion^.
La déroute vint de plusieurs causes.
Premièrement du peu d^union qui se trouve d'ordinaire en tels partis, où chacun veut être le maître et tirer les affaires à son avantage, sans regarder l'intérêt commun.
On avoit toujours jugé que la Reine n'avoit personne auprès d'elle qui fût capable de commander une armée, ni qui eût réputation parmi les gens de guerre.
A la vérité, la qualité de Monsieur le Comte étoit
secrétaire de Richelieu, Cherré. Il est aux Affaires étrangères, France 773, fol. 88 et suivants, et porte plusieurs corrections de la main même de Richelieu. Le morceau a pour titre « Pontde-Cé «. Nous le comparerons, en plusieurs endroits, au récit déjà signalé par nous, qui fut écrit par Charpentier (Aff. étr., France 773, fol. 227 et suivants).
1. Louis de Marillac (1573-1632), comte de Reaumont-le- Roger, frère du garde des sceaux Michel de Marillac, fut maréchal de France en 1629. Soupçonné en 1630 d'avoir comploté contre Richelieu, il fut arrêté en Piémont où il commandait l'armée française. Accusé de péculat comme gouverneur de Verdun, il fut condamné en 1632, par un tribunal d'exception, à avoir la tête tranchée.
2. La dernière partie de ce paragraphe depuis « en ce qu'il eut beaucoup plus de soin... » a été ajoutée par Richelieu luimême sur le document intitulé « Pont-de-Cé » (France 773, fol. 88). On remarquera l'ambiguïté de ces quelques mots écints par le Cardinal et qui semblent vouloir atténuer les éloges adressés dans la première partie de ce paragraphe au futur maréchal de Marillac.
telle qu'on la pouvoit désirer ; son courage correspondoit à sa naissance ; mais le peu d'expérience que son âge lui donnoit, n'ayant lors que dix-sept à dixhuit ans, et le soin qu'on de voit avoir de conserver sa personne, faisoit qu'étant bon pour autoriser les armes de la Reine, on ne pouvoit le blâmer s'il n'étoit encore bien propre à ordonner ce qu'il falloit faire; joint qu'il n'eût pas été raisonnable de le ^ laisser exposer aux périls où assurément son ambition et son courage l'eussent voulu porter.
Sous lui commandoient les ducs de Vendôme et de Nemours, ensuite le maréchal de Boisdauphin, et Senneterre, le comte de Saint-Aignan^ et Marillac pour maréchaux de camp.
Le duc de Vendôme avoit beaucoup d'esprit, mais si peu de cœur que nul ne jugeoit que la fertilité de l'un pût suppléer au défaut de l'autre.
Le duc de Nemours ne manquoit pas, à mon avis, de cœur, ordinaire à ceux de sa maison ; mais la foiblesse de son corps maladif et de son esprit peu capable étoit si connue de tout le monde qu'il étoit et sans action et sans réputation parmi les gens de guerre pour pouvoir conduire une telle affaire.
Bien que le maréchal de Boisdauphin, durant la Ligue, eût témoigné quelque vigueur, il étoit lors du tout abattu d'esprit et de corps et peut-être d'affection ; outre qu'ayant laissé passer plusieurs rivières à