‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 46 sur 200 · Le manuscrit B porte a · texte numérisé non relu

Le manuscrit B porte a

2. Philibert, marquis de Nérestang, mestre de camp d'un régiment de son nom, maréclial de camp en 1615, conseiller d'Etat, grand maître de l'ordre de Saint-Lazare.

3. En réalité, du Marais. Philippe Hurault, seigneur du Marais, tué le 7 août au Pont-de-Cé, était fils de François Hurault et de Rachel de CochefiUet, qui, veuve en 1590, s'était remariée en 1592 au duc de Sully.

4. François Tardieu de Maleyssie, tué à la bataille de Castelnaudary (1632), était fils du maître des requêtes François Tardieu, seigneur de Melleville, et d'Anne Martin de Maleyssie.

Je reconnus en cette occasion que tout parti composé de plusieurs corps qui n'ont aucune liaison que celle que leur donne la légèreté de leurs esprits, qui, leur faisant toujours improuver le gouvernement présent, leur fait désirer du changement sans savoir pourquoi, n'a pas grande subsistance; que ce qui ne se maintient que par une autorité précaire n'est pas de grande durée ; que ceux qui combattent contre une puissance légitime sont à demi défaits par leur imagination; que les pensées qui leur viennent, qu'ils ne sont pas seulement exposés au hasard de perdre la vie par les armes, mais, qui plus est, par les voies de la justice s'ils sont pris, leur représentant des bourreaux au même temps qu'ils affrontent les ennemis, rend la partie fort inégale, y ayant peu de courages assez ferrés pour passer par-dessus ces considérations avec autant de résolution que s'ils ne les connoissoient pas*.

M. de Vendôme et plusieurs autres chefs en donnèrent à la Reine la première nouvelle.

Ils se souvinrent lors que je leur a vois bien représenté que les ligues et unions sont d'autant plus caduques qu'elles sont grandes; que, bien qu'il n'y ait point de feu sans fumée, telles unions ont beaucoup plus de fumée que de feu ; qu'elles ne sont bonnes qu'à faire peur; que leur effet consiste en l'apparence.

Mais ils ne m'avoient pas cru, et le torrent m'emportoit de telle sorte que vouloir persuader mon opinion ne servoit à autre chose qu'à me perdre sans avancer le service de la Reine et le bien public, qui étoient une même chose.

1. Ici se termine le long emprunt fait au document intitulé Pont-de-Cé (Aif. étr., France 773, fol. 93 v").

Mais l'événement me fit lors bien reconnoître véritable; car tous les grands préparatifs ne servirent à autre chose qu'à manger, en huit jours, deux millions de livres^ à la Reine, sans être en état de conserver sa personne.

Lors on avouoit hautement qu'on devoit m'avoir cru ; chacun se blàmoit de n'avoir pas consenti à un bon accord. Quelques-uns des plus huppés fondoient en larmes, au lieu de chercher les expédients pour se tirer de ce bourbier.

Je dis^ à la Reine qu'il ne falloit pas tant s'amuser à écouter ce qui s'étoit passé comme à prévoir ce qu'il falloit faire et s'y résoudre ; qu'il n'y avoit qu'un conseil à prendre, qui étoit de passer la rivière avec les bateaux qu'on avoit pour gagner Angoulème^ ;

Qu'il étoit aisé de le faire, parce que le Roi étoit foible de cavalerie et la Reine forte ; celle du Roi

1. Le scribe du manuscrit B avait mis d'abord : « Deux quartiers de lune à la Reine ». Charpentier a corrigé cette bévue, qui montre combien ces scinbes étaient négligents et peut-être aussi combien mauvaise l'écriture du manuscrit qu'ils recopiaient.

2. Avec ce paragraphe commence un nouvel emprunt au document écrit par Charpentier (France 773, fol. 231). Les rédacteurs des Mémoires, et Sancy particulièrement, ont apporté à ce texte quelques modifications dont nous indiquerons au fur et à mesure les plus importantes.

3. Si l'on en croit Fontenay-Mareuil, Richelieu, après l'échec des Ponts-de-Cé, ne donna pas, comme il le prétend ici, le conseil de prolonger la lutte. Au contraire, « il se résolut de traiter promptement et pour tout le parti en général, afin d'empêcher les traités particuliers qui ne lui eussent pas tourné à compte, et pour obliger M. de Luynes de lui accorder tout ce qu'il vouloit ». Mémoires de Fontenay-Mareuil, t. I, p. 487-488.

harassée et celle de la Reine fraiche ^ et en état de servir, d'autant qu'elle demeura toujours sur la contrescarpe d'Angers, au lieu d'aller au combat du Pontde-Gé, dont le Grand Prieur, qui la commandoit, fut détourné par le maréchal de Boisdauphin.

La Reine^ s'y résout incontinent, prend des pierreries sur elle, en distribue à ceux en qui elle se confioit le plus, en laisse au commandeur de la Porte qui commandoit pour elle dans Angers, pour trouver de l'argent, et ainsi mit tout l'ordre qui étoit nécessaire pour passer la nuit.

On se prépare à ce passage, deux heures durant ; toutes choses étoient prêtes, quand Madame la Comtesse et M. de Vendôme viennent dire à la Reine qu'il valoit mieux prendre la paix, telle qu'elle pourroit être, que de s'exposer à ce hasard.

Je les priai, devant la Reine, de considérer qu'il n'y avoit nul péril en l'exécution de ce dessein; que le passage étoit assuré et facile ; que la Reine seroit à dix lieues de là avant qu'on en eût nouvelle; qu'elle avoit six cents chevaux lestes^ et qui n'avoient autre fatigue que d'être demeurés tout le jour au soleil, attendant ses commandements qu'ils n'avoient point reçus ; [que] l'on avoit des retraites en bonne distance pour ne pouvoir être pressés aux repues qu'il falloit faire ; qu'au delà la rivière il y avoit plusieurs troupes

1. La fin de ce paragraphe ne figure pas sur le récit écrit par Charpentier.

2. Le document écrit par Charpentier porte : La Reine qui ne témoigna jamais étonnement (France 773, foL 231).

3. Le document écrit par Charpentier porte cinq cents chevaux.

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qui n'avoient pu joindre la Reine avant son malheur, qui serviroient à la conduire, entre autres M. de Roannois^ ; que le moyen de faire la paix étoit de l'aire voir à Luyncs qu'on n'étoit pas contraint de l'accepter ; que la seule nouvelle qu'il auroit du passage de la rivière^ lui feroit envoyer en poste des conditions très avantageuses ; au lieu que, si on demeuroit, on auroit de la peine à en avoir de médiocres .

Quelques raisons qu'on apportât, quelques résolutions qu'ils vissent en la Reine, il n'y eut pas moyen de leur faire changer d'avis.

La peur étoit si absolument maîtresse des cœurs que la raison n'y a voit point de lieu. Madame la Comtesse appréhendoit, à ce qu'elle témoigna, que M. du Maine, qui se flattoit en l'espérance de l'épouser, l'y contraignît étant entre ses mains, et M. de Vendôme ne pouvoit souffrir qu'un autre eût la gloire de lui commander^.

Ces instances arrêtèrent la Reine et lui firent prendre résolution d'accepter la paix à moindres conditions qu'elle auroit pu obtenir'*.

1. Louis Gouffier (1578-1642), duc de Roannois, par lettres de 1612 et de 1620, que le Parlement refusa d'enregistrer. Conseiller d'Etat en 1614, il fut nommé chevalier du Saint-Esprit, le 23 juin 1614, et non reçu. Il était capitaine de cent hommes d'armes. Gouverneur de Poitiers, il fut accusé d'avoir voulu livrer la ville au prince de Condé (voyez t. I, p. 292) et, pour ce, condamné à être décapité en effigie et ses biens confisqués (octobre 1631).

2. Le récit de la main de Charpentier (France 773, fol. 232) porte : de la Reine.

3. Le document écrit par Charpentier porte : et M. de Vendôme ne pouvoit souffrir que d autres fussent coqs de la paroisse que lui (France 773, fol. 232).

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