France 773 : n'avoit pas voulu
2. Jean de Baudéan, comte de Parabère, marquis de la Mothe-Saint-Héraye, capitaine d'un régiment de son nom, gouverneur de Niort, lieutenant général du Haut et du Bas-Poitou, maréchal de France en 1622, mourut en décembre de la même année.
ment à l'autorité du Roi, sans apporter de préjudice aux résolutions que les assemblées avoient toujours eues pour ce qui regardoit le Béarn. Ils exécutent cette charge et continuent que, pour le faire court, ce qu'ils avoient à lui dire étoit qu'ils savoient de bon lieu que le Roi, recevant ce contentement en l'acceptation et vérification de sa volonté par le parlement de Béarn, il se contenteroit de cette obéissance et s'en retourneroit après cela à Paris, remettant l'exécution aux commissaires qui seroient ordonnés. Et enfin le bonhomme M. de Parabère ajouta qu'il ne craignoit point de lui dire qu'il n'y avoit rien plus aisé à s'apercevoir, sinon que le Roi vouloit simplement pour le maintien de son autorité cette apparence de respect, bien que l'on jugeât assez que ce n'étoit que du plâtre, et que, la restitution effective des biens n'étant pas faite, il ne réussiroit pas plus davantage aux évéques d'avoir cette vérification que de ne l'avoir pas ; que, si l'on refusoit absolument, le Roi étant résolu, à quelque prix que ce fût, de passer outre, et le Béarn n'étant point armé, S. M. pourroit, avec plus de facilité que peut-être on ne pensoit, entrer dans cette province et réduire en effet ce que maintenant il ne vouloit qu'en apparence.
M. de la Force témoigna de goûter ces raisons, fait sentir sa bonne volonté, sur laquelle on le dépêche. Et, afin de faire voir que le Roi ne se relàchoit point au dessein d'aller s'il n'étoit obéi, S. M. s'avance à dix lieues de Bordeaux, se loge dans un bourg, nommé Preignac^, sur le grand chemin de Pau, mais
1. Preignac, village du canton de Podensac, département de la Gii'onde.
le long de la mer, afin qu'elle s'acheminât plus avant par terre, ou s'en retournât par eau, selon qu'il seroit nécessaire.
La Ghesnaie\ gentilhomme ordinaire du Roi, de la Religion prétendue réformée, mais très fidèle et affectionné au service de S. M., fut dépêché en Béarn, afin de tenir d'heure en autre le Roi averti de ce qui se passer oit.
Il est à présupposer que ledit sieur de la Force, étant arrivé à Pau, n'oublia aucune raison pour induire le parlement à cette vérification tant différée^; d'autant que, deux jours après, ledit la Chesnaie fit partir un courrier, par lequel il mande à S. M. que les choses sont bien acheminées et que bientôt on se devoit assembler pour lui donner satisfaction.
Ceux qui approchoient M. de Luynesen ce temps-là savent combien il avoit d'amour pour Madame sa femme ^ et quelle impatience le pressoit de retourner la revoir à Paris, où elle avoit accompagné la Reine.
Ce désir extrême se fit voir (à la réception de la nouvelle de la Chesnaie), non seulement en son discours, mais aussi en l'ordre qu'il donna que les troupes de gendarmes et de chevau-légers du Roi, le régiment des Gardes, et même jusques à la première chambre, s'en retournassent droit à Blaye, afin que,
1. Le Mercure françois le nomme de la Chaisnée (t. VI, année 1620, p. 348). C'est le même la Chesnaie mentionné au tome I, p. 117; il assista Luynes au moment du meurtre de Concini, le 24 avril 1617, et mourut en juin 1621, au siège de Saint-Jean-d'Angély.