‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 61 sur 200 · Voyez p · texte numérisé non relu

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5. Salles-Montgiscard, bourg des Basses-Pyrénées, près d'Orthez.

[1620] DE RICHELIEU. i09

son mandement, n'avoit point voulu cesser les fortifications qu'il avoit commencées. Il envoie en même temps à M. de la Force, qui étoit à Pau, et le prie de l'assister de gens au dessein qu'il avoit.

Celui-ci reçoit cet avis de bonne grâce et, comme se traitant d'un lieu qui étoit dans sa charge, fait réponse qu'il donnera assistance et qu'il ne désire pas qu'aucune exécution se fasse sans y servir le Roi en personne. Sur ce prétexte, il arme ce qu'il peut et de telle façon que Poyanne estima que c'étoit trop pour n'avoir d'objet sinon Montgiscard * ; et de fait, Poyanne presse Salles, traite avec lui et se fait rendre Montgiscard ; après quoi néanmoins, ledit sieur de la Force ne fait point mine de désarmer. Poyanne en donne avis au Roi qui aussitôt prend résolution d'envoyer vers ledit sieur de la Force, afin de le faire désarmer.

La Saludie est encore dépêché à cet effet; et d'autant qu'on douta que ledit sieur de la Force ne fît difficulté en la prompte obéissance qu'on requéroit de lui, on donna au même la Saludie une dépêche pour M. d'Épernon, portant commission d'armer en diligence et d'aller droit en Béarn.

Cette alternative ne fut point mal à propos, pour ce qu'après plusieurs raisons déduites par ledit sieur de la Force, sa conclusion ne fut pas ce qu'on désiroit de lui. Ainsi la Saludie revint à M. d'Épernon qui reçut ce commandement à bras ouverts et, avec les diligences requises, arme et s'achemine.

1. La fin de la phrase est écrite à la marge dans France 773, fol. 98.

iiO MÉMOIRES [1620]

Ledit sieur de la Force, voyant cet orage venir fondre sur lui, cède, congédie le mieux qu'il peut ses troupes et, avec quelques-uns de ses plus particuliers amis, qui faisoient environ deux cents maîtres, se retire vers Bergerac, Sainte-Foy* et Clairac^ et en ces lieux-là donna les principes au progrès que nous verrons ensuite^.

On disoit publiquement que le Roi ne seroit pas si tôt parti que l'ordre qu'il y avoit établi seroit changé par le moyen de Navarrenx; le Roi fut conseillé de prévenir ces maux et s'en rendre le maître, comme il fit en y allant en personne.

Ceci exécuté, le Roi revient en poste, le 7® novembre^, plein de gloire et de trophées, ayant, par la paix du Pont-de-Gé, réuni les esprits qui s'en étoient séparés à son service et, à la suite de cette victoire, rétabli la

1. Chef-lieu de canton du département de la Gironde, sur la rive gauche de la Dordogne.

2. Clairac, bourg du département du Lot-et-Garonne, sur le Lot.

3. Ici prend fin l'important emprunt fait par les Mémoires au récit manuscrit conservé dans France 773.

4. Louis XIII arriva de grand matin, accompagné de cinquante-quatre jeunes seigneurs, courant à bride abattue, précédés de quatre maîtres de poste qui donnoient du cor. Il traversa la ville, oîi il n'étoit pas attendu. Le bruit que faisoit cette troupe réveilla les bourgeois ; les fenêtres se garnirent de curieux et , aussitôt qu'on eut reconnu le monarque, des cris unanimes de t^iVe le Roi se firent entendre. La garde du Louvre, voyant approcher une troupe armée, s'étoit mise en défense. On apprit bientôt que c'étoit le Roi; le palais retentit de transports d'allégresse; et Louis XIII courut embrasser sa mère et son épouse. Ce jour fut pour lui un jour de triomphe. Les boutiques furent fermées; il y eut des repas dans les rues et le soir on tira des feux de joie.

religion es lieux dont il y avoit soixante ans qu'elle étoit bannie.

La Reine mère y arriva quasi en même temps.

Quant à l'armée du Roi, elle fut mise en garnison dans les provinces du Poitou et de la Guyenne.

Incontinent que S. M. eut remis le Béarn en son devoir, il ne se parla plus que d'assemblées de huguenots en plusieurs lieux de ce royaume. Ils s'assemblèrent à Alais, à Millau et à Montauban et résolurent une assemblée générale à la Rochelle au 26^ novembre ^

S. M., en étant avertie, fit à Grenade, le 22!^ octobre, une déclaration^ contre ceux qui s'y trouveroient, les déclarant criminels de lèse-majesté et commandant qu'il fut procédé contre eux comme tels; mais, pour ce que c' étoit durant le temps des vacations du Parlement, elle ne put être vérifiée que le 14® novembre. Le maire de la Rochelle^, auquel elle fut signifiée, dit pour toute réponse au sergent qu'il avoit fait sa charge et qu'il s'en allât quand il voudroit.

Cependant, à Montauban, le \T novembre, ils prirent tous les catholiques prisonniers, puis les laissèrent aller, avec commandement de sortir de la ville sans délai. Le parlement de Toulouse jugea très sagement que les catholiques ne dévoient pas user de représailles et fit assurer ceux de ladite religion qui demeuroient dans Toulouse^.

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