‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 76 sur 200 · C'est-à-dire Luynes · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Luynes

2. La Charité, chef-lieu de canton du département de la Nièvre, à vingt-trois kilomètres nord-ouest de Nevers.

3. Charlotte des Essarts (1580-1651), comtesse de Romorantin, fille de François des Essarts et de Charlotte de Harlay, fut une des maîtresses de Henri IV. Elle prétendit avoir épousé

avec laquelle, transporté d'une passion plus convenable à son âge qu'à sa dignité, il s'étoit marié clandestinement.

Dans la poursuite de ce procès, les parties s'échappent jusques aux injures. La Reine voit ces esprits si altérés qu'elle prévoit, si on ne prévient ce malheur, qu'il sera malaisé par après d'y apporter remède; on interprète si mal ses actions qu'elle n'ose y interposer son crédit. La Reine, qui étoit à Paris, en écrit au Roi, le prie de leur envoyer des défenses de visiter leurs juges, de crainte qu'en se rencontrant ils n'en viennent aux mains. On néglige ses avis. Ce qu'elle fait par sincérité, on le fait passer pour artifice. Luynes dit au Roi qu'elle ne prend soin de cette querelle que de crainte de voir ses amis hors de la cour; que, ces deux princes étant liés à ses intérêts, elle appréhende, s'ils se brouillent, de perdre l'un des deux. Il en arriva comme elle l'avoit prévu. Ils se trouvent chez le rapporteur et se frappent sans se marchander. M. de Nevers, qui se croyoit offensé, se mit en état de chercher son contentement et M. le cardinal de le lui donner. Toute la cour se partage ; la campagne est couverte de noblesse; les amis s'assemblent dans les provinces.

A cette division si grande, on ne met aucun ordre : il semble que Luynes, aveuglé de sa nouvelle qualité, n'y prenne point garde. La Reine, bien que très mal traitée, ne peut laisser passer sous silence ce qu'elle croit si préjudiciable, et particulièrement en ce temps,

secrètement le cardinal de Guise, qui mourut le 21 juin 1621, et dont elle eut cinq enfants. Elle se maria en secondes noces, en 1630, à François de l'Hôpital, seigneur du Rallier, maréchal de France.

au service du Roi; et, prenant cette occasion à propos de parler à S. M., qui ne lui communiquoit d'aucune affaire, lui voulut dire son avis de toutes, sachant que, comme mère, elle étoit obligée de lui dire ce qu'elle croyoit être pour le bien de son État. Elle tombe d'accord avec lui, ou qu'il faut que les huguenots se mettent en leur devoir, ou qu'il les y faut mettre; que, s'ils s'y mettent à conditions favorables et sûres pour le Roi, c'est le meilleur, mais que ces deux conditions contenoient beaucoup de choses ; que, s'ils ne le font pas, il les y falloit ranger par force; que, pour cet effet, il se falloit disposer à la guerre, amassant de l'argent et force troupes, parce que par ce moyen il ne seroit pas surpris, et que c'est la meilleure invention de faire la paix ; mais surtout qu'il étoit à propos de rappeler auprès de lui les grands que la querelle du cardinal de Guise et de Nevers avoit éloignés de sa cour ; qu'elle ne doute pas de la netteté de leurs intentions, ni du zèle qu'ils avoient au bien de ses affaires, mais que ses armes en seroient plus redoutables quand on verroit les esprits unis et portés à même fin.

Bien qu'elle fût écoutée avec assez de froideur, on ne laissa pas de peser ses conseils.

M. de Nevers est satisfait en quelque manière, en tant que, le Roi ayant envoyé de la cavalerie à la campagne pour chercher le cardinal et lui, le cardinal, ayant été trouvé et amené, fut mis à la Bastille et de là au Bois-de-Vincennes, pour quelques jours; mais le duc de Nevers n'eut pas une satisfaction entière pour cela, comme il paroitra ci-après*.

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