‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 91 sur 200 · Le, c'est-à-dire le siège · texte numérisé non relu

Le, c'est-à-dire le siège

quoi on ne peut apporter autre excuse que l'exemple du duc d'Albe*, qui, lui étant demandé compte de l'argent qu'il avoitreçu, mit vingt millions en espions; ce qui se pourroit dire semblablement, puisqu'en ce temps-là le monde en étoit rempli, non de ceux qui épiassent ce qui étoit, mais qui cherchoient en euxmêmes les choses qu'ils avoient à dire.

Le Connétable n'approcha jamais la ville de la portée du canon. Ceux de la ville appeloient une montagne, dont il regardoit faire les attaques, la Connétable, et une autre petite élévation de terre, où sont force murailles, le Plastron du Connétable. Il s'amusoit à sceller pendant que les autres étoient aux mains : ce qui fit dire à Monsieur le Prince que, si on vouloit distinguer le temps, il étoit propre à toutes les charges : bon garde des sceaux en temps de guerre et connétable en temps de paix.

Au fort de ses lâchetés, il ne laissoit pas de parler comme s'il étoit percé de plaies, tout couvert de sang des ennemis. Modène lui écrit que les Toulousains murmurent contre lui, que le parlement n'a point de satisfaction de sa conduite. Il répond par lettres, qu'on fit expressément courre par le monde, qu'il cherche sa gloire dans ses actions et non pas dans la croyance des peuples; que douter de ses services c'est un effet qu'il reçoit de leurs mauvais jugements, vu que les choses qu'il a faites ont passé, d'une voix, comme pour des miracles ; que c'est la coutume des fainéants de parler avec licence de ceux qui sont toujours dans les périls; que s'ils continuent à le blâmer, ils lui ôte-

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