Fernand Alvarez de Tolède, duc d'Albe
ront la volonté de les obliger et qu'il leur fera sentir les effets de sa puissance ^
Il n'écrit pas à Monsieur le Prince qui s'étoit retiré de Ghàteauroux, avec moins d'audace. Il lui mande comme il est bien averti qu'il essaie de décrier ses actions, mais qu'il est permis d'en douter à ceux qui ne les ont pas vues ; qu'il trouve fort bon qu'au milieu de ses plaisirs il parle avec liberté d'une personne qui couche tous les jours de son reste (sic) pour le salut de l'État, mais qu'il espère d'être quelque jour assez heureux pour faire sentir à ses ennemis l'injustice de leurs plaintes.
Le Roi même ne put s'exempter de ses outrages ; car, un jour, ledit Connétable parlant à un courrier en présence de Marillac, le Roi ayant désir de savoir ce qu'il lui disoit, il lui témoigna qu'il le trouvoit mauvais et blâma sa curiosité, laquelle il fut si outrecuidé de qualifier du nom d'indiscrétion. Une autre fois, le Roi ayant donné une compagnie vacante dans les vieux régiments à un gentilhomme qui l'avoit bien servi, ledit Connétable, qui ne lui avoit pas procuré cette charge, s'y oppose et dit hautement qu'il vouloit bien que l'on sût que c'est à lui et non pas au Roi d'en disposer : tant son esprit étoit foible pour porter une si grande fortune que celle à laquelle il étoit élevé.
Le Roi, n'étant pas encore parti de Montauban, y reçut avis de la prise des deux plus grands vaisseaux de son armée de mer par les Rochelois^.
1. Cette lettre a été publiée dans le Mercure français, t. VII, année 1621, p. 889-892.
2. Le manuscrit B porte ici tout un paragraphe qui a été raturé au moment où il fut relu par les auteurs des Mémoires;
M. de Saint-Luc fut ordonné par le Roi pour commander en son armée navale, en qualité de son lieutenant général. Il reçut nouvelles, le 6^ octobre, que Razilly *, avec quatorze vaisseaux équipés en Bretagne, s'étoit arrêté à battre Saint-Martin en l'Ile de Ré^ et qu'il avoit pris jusques à trente vaisseaux marchands à l'environ de ladite ile et les avoit envoyés en la rivière de Marans^.
Ledit sieur de Saint-Luc s'embarque et, accompagné de trois vaisseaux, va joindre Razilly, où il sut que les Rochelois avoient repris tous lesdits vaisseaux et un navire de ceux du Roi que ledit commandeur'* avoit envoyé pour les mener. Lors, ayant pris résolution avec ledit chevalier de les combattre, les Rochelois se retirèrent près de la terre, d'où, les vaisseaux du Roi ne pouvant approcher, ils prirent conseil de s'en aller en Brouage pour se munir tant d'hommes que de toutes sortes de munitions qui leur commençoient à manquer.
le voici : « Les Rochelois envoyèrent cinq vaisseaux et une galliotte armés pour prendre le navire garde-côtes de l'amirauté de Guyenne, commandé par Le Chalart, qui étoit le seul qui s'étoit trouvé en Brouage, rendez-vous général que le Roi avoit donné à ses vaisseaux de guerre qu'il faisoit équiper en Normandie et Bretagne pour tenir La Rochelle bloquée du côté de la mer. »
1. Isaac de Razilly (1587-1636), chevalier de Malte en 1605, premier capitaine de la marine de France en décembre 1623, fut nommé, en février 1624, chef d'escadre et vice-amiral, et, en 1632, vice-roi de la Nouvelle-France.
2. Saint-Martin de Ré, chef-lieu de canton du département de la Charente-Inférieure.
3. La Sèvre niortaise, à l'embouchure de laquelle se trouve la ville de Marans.