‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 93 sur 200 · Il s'agit ici du chevalier de Razilly · texte numérisé non relu

Il s'agit ici du chevalier de Razilly

Les trois grands vaisseaux et la patache du duc de Nevers, qui avoient été armés en Normandie, se joignirent à eux; mais, au lieu de se rendre tous devant Brouage, plusieurs, et, entre autres, deux navires du duc de Nevers, mouillèrent l'ancre loin de là, sur l'espérance qu'ils eurent de prendre quelques vaisseaux rochelois qui étoient entrés en la rivière de Seudre'.

Le 6^ novembre, J'armée rocheloise, composée de vingt-cinq vaisseaux, les vinrent attaquer et prirent les deux plus grands navires de M. de Nevers, qui étoient échoués, et les menèrent à la Rochelle; et, ne se contentant pas de cela, essayèrent de boucher le port de Brouage, y faisant enfoncer quelques vaisseaux, ce qui ne réussit pas. Ils demeurèrent, néanmoins, toute l'année, maîtres de la mer et firent beaucoup de prises de vaisseaux marchands qui apportoient une grande incommodité au commerce^.

Au partir de Montauban, sur la fin de novembre, le Roi alla droit à Toulouse, où on lui fit une magnifique entrée^.

Ce peuple, affligé de ce que Montauban n'étoit pas pris, au siège duquel néanmoins ils avoient contribué, avec beaucoup d'incommodité, tout ce qui étoit de leur puissance, voyant le Roi s'en retourner en ses provinces de deçà, croyant se voir abandonnés à la

1. La Seudre est un petit fleuve qui se jette dans l'Atlantique, à la Tremblade, à hauteur de la pointe sud de l'île d'Oléron, non loin de Marennes.

2. Les cinq paragraphes précédents sont vraisemblablement tirés du Mercure français, t. VIII, année 1621, p. 142-154.

3. Le Mercure français, t. Vil, année 1621, p. 893-925, donne les détails les plus complets sur l'entrée du Roi à Toulouse.

fureur de leurs ennemis, (jui étoit devenue plus envenimée par ce siège, et rapportant, comme c'est la coutume des peuples, la cause de ses maux à celui qui gouverne, et y ayant tant de sujet de les attribuer à celui-ci, étoient portés d'une très mauvaise volonté contre lui.

Le parlement \ en la harangue qu'il fit au Roi, après avoir remercié Dieu de l'avoir conservé dans les périls, lui dit qu'il ne pou voit s'affliger de ce que Montauban n'étoit pas pris, puisque ses armes ne combattoient pas pour leur liberté, mais pour la mettre en possession du Connétable, dont la domination est pire que la première, et qu'ils n'auroient nul déplaisir de voir leurs bourses et leurs vies épuisées, s'ils ne connoissoient que le siège n'aboutit que pour le bâtiment d'une citadelle pour Monsieur le Connétable, comme il en faisoit faire une à Bergerac^. Aussi étoit-il vrai qu'il avoit déjà fait prendre le plan dudit Montauban et que le gouvernement en étoit donné au duc de Chaulnes.

Ledit Connétable dit tout haut qu'il se vengeroit de cette off^ense, envoya quérir celui qui en avoit porté la parole, lui veut faire chanter la palinodie; mais il persiste toujours en cette résolution, qu'il ne pouvoit changer de son autorité privée ce dont a [été] délibéré, les chambres assemblées. Il sollicite instamment un des conseillers; mais la réponse qu'il eut lui fut aussi peu favorable que sa requête étoit incivile.

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