Arrêt veut dire ici emprisonnement
fin; mais ce que son propre mérite lui dénioit, la malice des autres le lui fit obtenir, sous espérance que la grandeur de cette obligation dernière surmonteroit les mauvaises inclinations qui avoient paru en lui auparavant; et, afin que la grâce fût tout entière, S. M. lui fît rendre, par le duc de Nevers, l'état de colonel de la cavalerie légère, dont il étoit honoré avant sa prison ^ .
LL. MM. récompensèrent aussi ceux qui avoient des places fortes et le domaine du Roi en Berry, afin de satisfaire à la promesse qui avoit été faite à Monsieur le Prince^.
Le maréchal d'Ancre remit la citadelle d'Amiens entre les mains du duc de Montbazon^, à qui, en
1. Tout ce paragraphe, depuis les mots le président Le Jay, a été ajouté en marge du manuscrit B, de la main du copiste.
2. Le manuscrit B porte ici l'alinéa suivant, qui y a été biffé : « Et pour ce que, des partis divers qui se font dans la maison du Roi à qui prendra plus de pied dans son jeune esprit, la Reine croit qu'il a plus d'inclination vers Luynes, qui, jusques alors, l'emportoit avec quelque avantage sur tous les autres, elle pensa à le rendre entièrement sien, et, outre les grandes pensions dont elle le favorisoit, elle lui fit encore donner la ville et château d'Amboise, qu'elle acheta plus de cent mille écus à cette fin, par une erreur assez ordinaire dans le commerce des hommes d'aider à ceux que nous voyons mal volontiers s'élever, n'osant ouvertement nous opposer à eux et espérant les pouvoir gagner par nos bienfaits, sans prendre garde que cette considération-là n'aura pas un jour tant de force pour nous en leur esprit qu'en aura contre nous le propre intérêt de leur ambition démesurée qui ne peut souffrir de partager l'autorité qu'elle désire avoir seule, ni moins la posséder avec dépendance d'autrui. »
3. Ce changement eut lieu le l®"" août 1616. — Hercule de Rohan (1568-1654), duc de Montbazon, fils de Louis de Rohan,
outre, le Roi donna la lieutenance en Picardie, au lieu de celle de Normandie qu'il avoit. Et, afin que le maréchal d'Ancre ne perdit point en cet échange, ains au contraire trouvât son élèvement en l'abaissement qu'on lui avoit voulu procurer, on lui donna la lieutenance de Roi en Normandie, le gouvernement de la ville et château de Gaen, dont on retira Bellefonds^ celui du Pont-de-l' Arche, et peu après Quillebœuf^.
Les princes, nonobstant que LL. MM. témoignassent, par ces commencements, vouloir exécuter ponctuellement ce qui avoit été promis, ne se hàtoient point de venir à Paris, chacun d'eux désirant laisser écouler davantage de temps pour voir plus assurément quel train prendroient les affaires.
Ils s'étoient néanmoins séparés avec assez mauvaise intelligence les uns d'avec les autres, ce qui arrive ordinairement entre personnes desquelles chacun estimant plus mériter qu'il ne vaut, nul n'est content de la part qui lui est donnée en la récompense commune. Ils se plaignoient tous que Monsieur le Prince avoit pris tout l'avantage pour lui. Les ducs de Rohan
prince de Guémené, et de Léonore de Rohan, servit fidèlement Henri IV, dont il reçut la charge de gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France et, en 1602, celle de grand veneur. De son mariage avec Madeleine de Lenoncourt naquit Marie de Rohan, la célèbre duchesse de Chevreuse.
1. Bernardin Gigault, seigneur de Bellefonds, gentilhomme de la chambre du Roi, gouverneur de Valognes et des ville et château de Caen.
2. Le manuscrit B contient cette phrase, qui a été rayée après coup : « Le président Le Jay fut remis en liberté et rentra en l'exercice de sa charge au Parlement. » Les Mémoires ont, en effet, déjà mentionné un peu plus haut cet incident.
et de Sully, qui prétendoient être [les] seuls qui avoient joint à ses armes le parti des huguenots, estimoient qu'il avoit eu trop peu d'égard à leurs intérêts. M. de Longueville n'étoit pas plus satisfait que les autres, se voyant retiré en sa maison et n'osant retourner en Picardie, nonobstant que le maréchal d'Ancre se fût démis de la citadelle d'Amiens, pour ce qu'il jugeoit bien qu'il n'y auroit pas plus de crédit, étant entre les mains de M. le duc de Montbazon, qu'il y en avoit eu, étant entre les mains du maréchal d'Ancre. Et, entre M. de Bouillon et Monsieur le Prince, il y avoit si peu de confiance que le dernier, qui étoit désiré à la cour avec impatience de la part de la Reine, lui faisoit paroître qu'il eût bien souhaité, quand il y arriveroit, en trouver le premier éloigné, tant cette union si étroite de ces princes contre le Roi, et qui ne se maintenoit que par les avantages que chacun d'eux en espéroit par la guerre, fut promptement dissipée par ce traité de paix * .
Les seuls ducs de Mayenne et de Bouillon se maintinrent en intelligence l'un avec l'autre. Le dernier, ayant volonté de s'en aller en Limousin et à Nègrepelisse^, que depuis peu il avoit acquis, changea de dessein à la semonce de la Reine, qui lui fit l'honneur de lui écrire de sa main propre pour le convier de se rendre au plus tôt auprès de S. M.; ce qu'il fit, et amena le duc de Mayenne avec lui. Mais, encore que la
1. Le paragraphe précédent n'est que le développement d'un passage des Mémoires d'Estrées (p. 411).
2. Nègrepelisse, chef-lieu de canton du département de Tarnet-Garonne, à vingt kilomètres nord-est de Montauban.
Reine les reçut très bien, ils ne furent pas sitôt arrivés qu'ils se repentirent de s'être hâtés plus que les autres, d'autant qu'ils virent un changement universel que la Reine fit bientôt après de tous les ministres.
MM. de Villeroy et le président Jeannin étoient déjà à leur arrivée sans crédit, et ne se passa guère de temps que le premier se retira en sa maison de Conflans*; la charge du second fut donnée à Rarbin, et celle de secrétaire d'État, que M. de Puyzieulx exerçoit, au sieur Mangot^. La raison dictoit assez qu'ayant ôté les sceaux à Monsieur le Chancelier, il n'étoit pas à propos de laisser son fils premier secrétaire d'État en un temps si orageux que celui auquel on étoit lors ; mais la bonté de la Reine, qui n'avoit éloigné le père qu'y étant contrainte par son mauvais gouvernement, faisoit qu'elle avoit difficulté d'éloigner le fils, qui n'avoit point commis de faute particulière qui semblât le mériter. Le sieur du Vair, qui ne croyoit point être assuré tandis qu'il verroit une personne à la cour si proche à celui dont il tenoit la place, oubliant toute l'obligation qu'il avoit à M. de Villeroy, qui l'avoit seul proposé au feu Roi pour être premier président de Provence, lui avoit fait valoir ses