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autorité affermie, ils en donnèrent la garde à Persan, au lieu de l'avoir eux-mêmes.
Ils laissèrent bien encore lors l'apparence de la garde de sa personne audit baron de Persan, lequel ils logèrent dans le donjon dudit Bois-de-Vincennes ; mais, en effet, ils l'avoient eux-mêmes, au moyen du régiment du sieur [de] Cadenet, qui y tut mis pour le garder.
Madame la Princesse, qui, avec la permission du Roi, s'étoit, dès le commencement de juin, enfermée avec lui, l'accompagna aussi audit lieu, où elle espéroit faire ses couches avec plus de facilité; mais sa mauvaise fortune ajouta encore au déplaisir qu'elle avoit de l'état où il se trouvoit, celui de se voir accoucher avant terme*.
En même temps que les uns étoient mis en de nouvelles prisons, les autres étoient élevés à contentement aux dignités et grandeurs nouvelles; car, en ce même mois, le sieur de Luynes se maria avec la fille du duc de Montbazon- et fut pourvu de la lieutenance générale au gouvernement de Normandie qu'avoit le maréchal d'Ancre, et eut le don de tous ses immeubles, la réunion desquels au domaine du Roi ne servit que de passage pour les faire tomber entre ses mains. Tout résonnoit d'éloges à sa gloire ; mais, comme il n'y avoit rien à lui dire pour fonder ces louanges, il se remarqua
1. La princesse accoucha le 20 décembre 1617 d'un fils qui mourut en naissant.
2. Marie de Rohan (1600-1679), fille d'Hercule de Rohan, duc de Montbazon, et de Madeleine de Lenoncourt, épousa, par contrat du 11 septembre 1617, Charles d'Albert de Luynes, et se remaria en 1622 à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse; c'est la duchesse de Chevreuse si célèbre sous la Fronde.
que tout ce qu'on put avancer en sa faveur fut de l'accomparer au roi juif Agrippa, qui fut favori de l'empereur Galigula, qui succéda à Tibère, ne considérant pas qu'il avoit eu une si malheureuse fin pour sa vanité, que Dieu vengea exemplairement, qu'ils faisoient quasi un pronostic de la courte durée de sa fortune.
Cependant Barbin*, qui étoit en la Bastille, resserré dans sa chambre sous ombre que, si on lui donnoit plus grande liberté. Monsieur le Prince demanderoit le semblable, demanda lors celle de se pouvoir promener. On la lui accorda, et permit-on encore à son valet de chambre de le venir voir toutes fois et quantes qu'il voudroit, Persan et Bournonville^, qui commandoit en son absence, le traitant avec toute douceur (espérant par ce moyen diminuer quelque chose de l'aigreur de la Reine, qu'ils croyoient enflammée contre eux de colère pour l'offense qu'elle en avoit reçue), ce peu de courtoisie lui^ coûta bien cher et fut un piège que sa mauvaise fortune lui dressa pour le rendre misérable et le porter jusque sur le bord du précipice, d'où la seule miséricorde de Dieu, conurie par miracle, le garantit, ainsi que nous verrons l'année suivante; car, se voyant en cette petite liberté, et ayant appris que la Reine faisoit toujours instance vers le Roi en sa faveur, il demanda congé de lui pouvoir
1. Ce paragraphe est évidemment tiré du Mercure français, t. V, année 1617, p. 97.
2. Jean de Vaudetar, seigneur de Bournonville , frère de Henri de Vaudetar, baron de Persan, à qui avait été donnée peu auparavant la lieutenance de Roi de la Bastille : ci-dessus, p. 192.