‹ MémoiresChapitre 101 sur 172 · C'est-à-dire à Barbin · texte numérisé non relu

C'est-à-dire à Barbin

26'i MÉMOIRES [1617]

écrire pour lui rendre très humbles grâces d'une si signalée bonté.

Ils furent bien aises de cette demande, et lui en donnèrent plus de liberté qu'il ne vouloit, pour trouver occasion de lui ôter ce peu qui lui en restoit encore; car ils eurent soin de découvrir ceux qui iroient de sa part et de les gagner, et de se faire avertir par ceux qui étoient déjà à eux auprès de la Reine, de ce qui se passoit à l'arrivée de ses lettres et, s'il se pouvoit, de ce qu'elle lui récriroit.

Barbin envoyoit ses lettres par son valet de chambre ; mais, de peur qu'ils prissent ombrage de l'y voir aller trop souvent, il les lui envoyoit le plus souvent par un sien parent chez qui il logeoit. Ils gagnèrent cet homme; et, dès qu'il avoit ses lettres, il les portoit au sieur de Luynes, qui en prenoit copie, les fermoit et les envoyoit à la Reine, des réponses de laquelle il faisoit le semblable, et les lui renvoyoit par cet homme à la Bastille, par lequel il savoit aussi beaucoup de choses dont la Reine s'ouvroit à lui pour les dire à Barbin.

La première lettre qu'il lui envoya fut portée par son valet de chambre même et rendue avec fidélité. Elle lui dit en particulier qu'elle ne pouvoit plus demeurer en la misère où elle se trouvoit; qu'elle étoit résolue de supplier le Roi de la retirer de là; mais qu'elle eût bien désiré savoir son avis auparavant; car elle n'avoit plus personne auprès d'elle en qui elle se fiât. Mais il ne lui conseilla pas de le faire pour lors, d'autant qu'en ce temps-là ils firent expédier des lettres patentes du 4® octobre pour la convocation d'une Assemblée des notables au 24® de

novembre à Rouen, en laquelle, bien que la plupart de ceux qui y étoient appelés fussent personnes choisies par eux, néanmoins, si elle eût fait en ce temps quelque demande, ils auroient dit qu'elle auroit pris exprès la conjoncture de cette assemblée pour exciter quelque remuement dans l'État ^

Tandis que ces choses se passent en France, l'empereur Mathias fait élire, au mois de juin, son beaufrère l'archiduc Ferdinand son successeur au royaume de Bohême, dont les protestants d'Allemagne entrèrent en une grande crainte, à cause que ledit Ferdinand avoit chassé tous ceux de leur secte hors de son État. Cela fut cause que tous lesdits princes tinrent une assemblée à Heilbronn, par laquelle ils se liguèrent ensemble et se promirent une mutuelle assistance contre les catholiques, quoique l'empereur Mathias dépêchât vers eux pour les en dissuader 2.

Le Pape fait publier à Rome un jubilé pour les nécessités de l'Église, l'extirpation des hérésies, la concorde et l'union des princes chrétiens^.

L'électeur de Saxe, ou excité par ce jubilé, ou ayant déjà eu cette pensée de longtemps, fit commandement par tout son État de célébrer les cent ans, révolus au 31*" octobre, des premières thèses que Luther fit affi-

1. Les lettres patentes convoquant l'Assemblée des notables à Rouen ont été imprimées dans le Mercure français, p. 230 et suivantes. Sur les travaux de l'Assemblée, voyez le même recueil, p. 252-317.

2. Le Mercure français, t. V, année 1617, p. 129 et suivantes, donne de longs détails sur ces événements.

3. Le pape Paul V (Camille Borghèse). La traduction française de la bulle relative à ce jubilé se trouve dans le Mercure français, p. 236.

cher à Wittembcrg* contre les indulgences de Sa Sainteté et commanda de commencer cette fête depuis la veille dudit jour jusques au %^ novembre, et fit faire quantité de pièces d'or et d'argent, avec des inscriptions particulières, pour conserver la mémoire de ce prétendu jubilé.

Autant en firent les villes luthériennes d'Allemagne, et les calvinistes mômes, à Heidelberg, firent aussi quelque fête particulière ce jour-là^.

Mais, tandis que ce jubilé et ces fêtes se faisoient, la guerre continuoit très cruelle entre le roi d'Espagne et le duc de Savoie en Italie, et les Vénitiens et l'archiduc Ferdinand en Dalmatie.

Au commencement de cette année, le maréchal de Lesdiguières passa en Piémont avec force troupes 3, quelques défenses qu'on lui eût pu faire de la cour, et son arrivée fut si heureuse que, du côté du Montferrat, il prit d'abord les villes de Saint-Damien et Albe^, et, de l'autre côté, vers Novare, le prince de Piémont^ prit sur le prince de Masseran^, partisan d'Espagne,

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