‹ MémoiresChapitre 105 sur 172 · Voyez le Mercure français, p. 216 et suivantes · texte numérisé non relu

Voyez le Mercure français, p. 216 et suivantes

5. Pour tout ce qui concerne l'Assemblée des notables à Rouen, voyez le Mercure français, p. 252 et suivantes.

Le principal dessein de Luynes étoit de faire trouver bon ce qu'il avoit conseillé au Roi sur le sujet de la mort du maréchal d'Ancre et de l'éloignement de la Reine mère. Gela fait, son soin ne s'étendit pas plus avant.

Une chose remarquable se passa en cette Assemblée, qui est que les parlements prétendirent avoir rang devant la noblesse dans la compagnie du conseil d'État, pour, avec les princes, ducs, pairs et officiers de la couronne, donner au Roi les conseils nécessaires pour le bien de son État, et qu'ayant juridiction souveraine sur la noblesse, il n'étoit pas raisonnable qu'elle les précédât.

M. de Luynes, qui ne les vouloit pas offenser, trouva une voie d'accommodement, qui fut de faire mettre la noblesse à l'entour de la personne du Roi et de Monsieur; ce qui étoit proprement leur faire céder leurs places et donner gagné au Parlement.

Durant cette assemblée, M. de Villeroy mourut âgé de soixante-quatorze ans, que la fortune plusieurs fois voulut chasser de la cour et la réputation de sa sagesse y a toujours rappelé, et que la piété sur les dernières années de sa vie en voulut éloigner pour le faire vaquer à Dieu, mais ne le put gagner sur l'ambition qui lui faisoit remettre de jour à autre l'exécution d'un si louable dessein. 11 fut enfin surpris d'une maladie qui l'emporta en trente heures, lâchant incessamment ces pairoles de sa bouche, qui témoignoient plutôt son erreur que sa sagesse : « 0 monde que tu es trompeur ! »

11 fut secrétaire d'État en l'an 1566, sous le roi Charles IX, et demeura en faveur jusques aux Barri-

cades, après lesquelles le roi Henri IIP l'éloigna. Henri IVMe rappela par le conseil de M. de Sancy, qui lors étoit en crédit et avoit beaucoup de part aux bonnes grâces de S. M., et, pour plus d'assurance de sa fidélité, donna une de ses filles en mariage au sieur d'Alincourt, son fils^ Il fut en grande estime auprès du Roi jusques à sa mort, nonobstant la disgrâce qui lui arriva de Lhoste, un de ses commis^, à qui il confioit le secret de ses dépêches, lequel se trouva avoir intelligence avec Espagne, et, le sieur de Villeroy le voulant faire prendre, il se noya dans la rivière de Marne, ce qui ôta le moyen à son maître de se justifier ; mais le Roi avoit conçu une si bonne opinion de lui qu'il le consola en cette affliction et ne lui voulut pas permettre de se retirer, comme il désiroit, mais l'obligea à continuer de prendre le soin de ses affaires.

Il approcha du Roi M. de Sillery et le président Jeannin qui vivoient avec lui avec un grand respect et déférence. Le premier y étoit retenu par l'alliance du sieur de Puyzieulx, son fils, avec la fille aînée du sieur d'Alincourt^, qui lui apporta en dot, outre son bien qui étoit grand, la charge de secrétaire d'État qu'avoit M. de Villeroy, laquelle il exerçoit par indivis avec lui.

1. Jacqueline de Harlay-Sancy épousa, le 11 février 1596, Charles de Neufville, marquis d'Alincourt (tome I, p. 121).

2. Claude Lhoste, d'abord commis de M. de Villeroy à la recette du marc d'or dès 1582, acquit une charge de secrétaire ordinaire de la chambre du Roi et était un des premiers commis du même Villeroy devenu secrétaire d'Etat, lorsqu'en 1604 il commit l'acte de trahison auquel Richelieu fait allusion.

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