‹ MémoiresChapitre 112 sur 172 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

Ibidem, p

pour voir procéder au remplacement desdits biens ecclésiastiques, ne pouvant goûter de se voir dessaisir du bien réel qu'ils avoient, et être remis sur la bourse du Roi, voulurent tenir en Béarn une assemblée pour cela, composée des trois États dudit pays et des députés des églises prétendues du Haut-Languedoc et de la Basse-Guyenne, afin d'intéresser tout le parti huguenot en cette affaire. Ce que S. M. sachant, elle commanda à Lescun * , qui étoit venu vers elle pour la lui faire agréer, de se retirer, et leur dire qu'il la leur défendoit- : ce qui fit qu'ils résolurent de la faire en la ville de Gasteljaloux^ au 1"" mai. Mais, le Roi ayant donné commandement au parlement de Bordeaux et chambre de l'édit à Nérac de procéder contre ceux qui y assisteroient, comme contre perturbateurs du repos public, les consuls de ladite ville et ceux qui avoient charge des autres places de la Guyenne tenues par les huguenots refusèrent de l'y recevoir; autant en firent ceux de la ville de Tonneins*, où, au refus de ceux de Gasteljaloux, ils pensoient aller. De sorte qu'ils furent contraints de retourner en Béarn pour

1. Jean-Paul de Lescun, conseiller à la cour souveraine de Béarn et conseiller d'État de Navarre, exposa, en 1618, les réclamations des Béarnais dans une brochui-e publiée à Orthez. Obligé de se réfugier à Montauban, il prit les armes avec ses coreligionnaires et fut fait prisonnier; condamné à mort par le parlement de Bordeaux, il fut exécuté en 1622.

2. L'ordre du Roi fut donné à Lescun le 14 février 1618 [Mercure français, t. V, année 1618, p. 210).

3. Chef-lieu de canton de Lot-et-Garonne, arrondissement de Nérac.

4. Tonneins, chef-lieu de canton du département de Lot-et- Garonne.

être hors du ressort de Bordeaux, et choisirent Orthez pour leur assemblée, qu'ils convoquèrent au 15® mai.

Le Roi fit une déclaration ^ par laquelle il déclaroit criminels de lèse-majesté tous ceux qui s'y trouveroient ; mais, nonobstant cela, ils ne laissèrent pas de la tenir, parce qu'ils avoient le parlement du pays à leur dévotion.

Le commissaire du Roi^ y arriva pour l'exécution dudit édit de la main levée et remplacement. Il y fut traité comme en terre ennemie ; il reçut mille outrages de paroles par les écoliers d'Orthez qu'on suscita contre lui, sans que le parlement ni le sieur de la Force, gouverneur, y missent aucun ordre ; et ledit parlement, par arrêt du 29 juin^, refusa de procéder à la vérification dudit édit, et ordonna que très humbles remontrances seroient^ faites à S. M., pour la supplier de laisser les choses en l'état qu'elles étoient. Le Roi, en ayant eu avis, envoya une jussion^ audit parlement, sur laquelle ils donnèrent seulement un arrêt interlocutoire, suppliant S. M. de pourvoir à la conservation des droits de ses sujets de la Religion prétendue réformée.

1. Vérifiée au parlement de Paris le 25 mai [Mercure françois, t. V, année 1618, p. 212).

2. C'était Jacques Regnard, conseiller au Grand Conseil et maître des requêtes depuis 1608; il arriva à Pau le 9 juin [Mercure françois, p. 213, et Histoire des guerres de Louys XIII, roy de France et de Navarre, contre les religionnaires rebelles de son Estai, par Ch. Bernard, p. 63).

3. Le texte de cet arrêt du parlement de Pau a été imprimé dans le Mercure français, p. 214.

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