‹ MémoiresChapitre 116 sur 172 · Comparez le Mercure français, t. V, p · texte numérisé non relu

Comparez le Mercure français, t. V, p

Bournon ville ' et Persan sont du nombre, et au lieu de geôliers qu'ils étoient gardant les autres, ils deviennent prisonniers eux-mêmes. Les Luynes avoient un vieil dessein d'ôter Bournonville de la Bastille, et à Persan la garde de Monsieur le Prince. Depuis, ils avoient conçu quelque mauvaise volonté contre eux, parce qu'ils avoient vu des lettres de Barbin et de la Reine, par lesquelles il paroissoit que Bournonville lui étoit favorable, et que la Reine en avoit du ressentiment de bonne volonté vers lui.

Ils essayèrent premièrement de tirer de gré Persan du Bois-de-Vincennes et lui firent offrir de l'argent pour cela, lui représentant qu'y ayant apparence qu'il fût coupable de toute la menée de Barbin, ils ne vouloient pas enfoncer cette alVaire, mais qu'ayant soupçon de lui, il n'étoit pas raisonnable aussi qu'ils lui confiassent la garde de Monsieur le Prince. Il répondit des paroles assez hautaines, sur lesquelles ils le firent mettre à la Bastille, et Bournonville aussi, et établirent en sa place le sieur du Vernet^, parent de M. de Luynes. On feint qu'ils ont voulu mettre en liberté Monsieur le Prince, et, par ce moyen, renverser l'État, tenant sa sortie la perte du royaume. Quoiqu'ils n'eussent pas peu contribué à la chute de la Reine, on les accuse de désirer

1. Jean de \ audetar, sieur de Bournonville, était gouverneur de la Bastille. Son frère Persan commandait le château du Bois-de-Vincennes (ci-dessus, p. 192).

2. Barthélémy de Monts, seigneur du Vernet, marié en 1605 à Antoinette dAlhert, sœur du connétable de Luynes, eut plus tard le gouvernement de Calais. Sa femme fut, en 1619, nommée dame d'atour de la Reine, et, devenue veuve, se remaria en 1628 avec Henri-Robert de la Marck, comte de Braine,

son établissement auprès du Roi, et les traite-t-on comme criminels ^

L'on arrête M"^ du Tillet^, femme de condition, sur de simples soupçons ; on mène des religieux à la Bastille aussi librement qu'en leur couvent; on la remplit de toutes sortes de personnes, nulle condition ni qualité n'étant capable de mettre à couvert ceux qui étoient jugés avoir quelque empreinte d'aftection pour la Reine dans le cœur; on s'attaque à tout le monde. Ceux de la faveur soupçonnent le duc de Montbazon, beau-père du sieur de Luynes, et avec raison, si la plupart de ceux qui sont maltraités sont coupables, puisqu'ils ne sont chargés d'autre crime. que d'avoir discouru avec lui des moyens de faire faire, par l'intervention de son gendre, une action glorieuse au Roi, en rappelant sa mère au grand avantage de son État et de ses favoris.

Déageant prit toutes les réponses que Barbin, Bour-

1. On lit dans le Mercure français, p. 268 et 269, que Bournonville, « accusé d'avoir eu les yeux éblouis d'un diamant pour laisser recevoir à Barbin, prisonnier dans la Bastille, des lettres et en écrire, fut cause que son frère le baron de Persan, qui avoit la garde de M. le prince de Condé, étant venu du château de Vincennes à Paris, sur quelques mots assez hauts qu'il dit, fut arrêté prisonnier et, en sa place, pour garder ledit sieur prince, le Roi y mit le sieur du Vernet, beau-frère de M. de Luynes. «

2. Charlotte du Tillet, dame d honneur de la Reine mère, était fille de Jean du Tillet, greffier civil de la cour du parlement de Paris, et de Jeanne Brinon, et mourut en 1635 ou 1636. « Elle avoit fort bon sens, étoit fort adroite et fort née pour la Cour. Elle étoit de toutes les intrigues, soit d'amour, soit d'autre chose » (Tallemant des Réaux, Historiettes, t. I, p. 187).

iionville, La Ferté^ qui étoit au duc de Rohan, les deux hommes de Barbin^ et un sergent de la Bastille^ avoient faites, et tes communiqua au sieur Lanier'*, conseiller au Grand Conseil, qui^, après les avoir vues et communiquées à quelques-uns de ses amis, lui promit qu'il feroit donner un arrêt de mort contre eux. Luynes, ayant su cette bonne volonté, fît adresser une commission au Grand Conseil pour leur faire leur procès. Lanier et La Grelière^ sont les rapporteurs de cette affaire. Barbin demande, comme secrétaire du Roi, d'être renvoyé au Parlement; il en est débouté, et est ordonné qu'il procédera devant le Grand Conseil. Luynes en envoie quérir tous les juges l'un après l'autre, et leur recommande cette affaire. Lanier, tous les soirs, alloit chez lui lui rendre raison de ce qui se passoit et, pour s'acquitter promptement de sa promesse en laquelle il s'étoit engagé, il le vouloit juger sur les réponses qu'il avoit faites aux conseillers d'État dont nous avons parlé ci-devant, quelques protestations qu'il fît qu'il leur avoit répondu comme devant personnes qui ne venoient point là pour lui faire son procès, et partant qu'il ne s'étoit pas expliqué autant qu'il devoit faire quand il étoit question de le juger. Mais il insista si fort à ce que la demande qu'il faisoit

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