‹ MémoiresChapitre 119 sur 172 · C'est-à-dire Marcou, dit Lizy · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Marcou, dit Lizy

5. Une copie de cet arrêt se trouve dans le volume 772 du fonds France des Affaires étrangères, fol. 16 et 17. Il faut ajouter, d'après cet arrêt, que Persan fut condamné à une amende de 4,000 livres tournois, applicables à des œuvres pies, et le reste de ses biens confisqué. Les autres condamnés se virent

y-arde de Monsieur le Prince et la condamnation de Barbin, par laquelle ils prétendoient justifier sa prison et couvrir les injustices et violences avec lesquelles ils avoient procédé contre lui.

Néanmoins, sa condamnation leur sembla trop douce. Il fut banni par ses juges, plus pour l'ôter de la main de ses ennemis qu'en intention de leur plaire. Mais cette peine ne satisfait pas leur passion; la crainte qu'ils ont de ce pauvre infortuné fait qu'ils lui commuent son bannissement en une prison rigoureuse : chose du tout contraire à la nature des grâces qui remettent de la peine au lieu de l'augmenter.

Ce bruit venant aux oreilles de la Reine lui perça le cœur d'une douleur très sensible; joint qu'elle sut que, comme on étoit sur le jugement de ce procès, le Chancelier, le garde des sceaux et le président Jeannin s'étant accordés à témoigner qu'il falloit étouffer cette affaire et ne la pas poursuivre à l'extrémité comme on faisoit, Luynes dit qu'il n'eut jamais cru que Monsieur le Chancelier, premier ministre de l'État, eût favorisé une personne qu'on pouvoit dire l'unique ennemi de l'État. L'autre lui répliquant qu'il désiroit savoir de quelle personne il parloit, il dit qu'il étoit bien aise de l'entendre, et qu'il parloit de la Reine mère, qui devoit être considérée comme la plus puissante, voire la seule cause des désordres.

Ces injures atroces qui blessoient S. M., et tant d'infâmes artifices desquels on se servoit pour divertir

infliger diverses amendes et quelques-uns furent condamnés à la confiscation de leurs biens. — Au dos de cette copie de l'arrêt du Grand Conseil se trouve écrit, de la main de Charpentier : « Arrêt de M. Barbin du 30^ août. » Le mot « Employé » figure au-dessous, ainsi que le chiffre 2.

d'elle l'affection du Roi, lui redoublèrent l'ennui qu'elle ressentoit de son absence, et l'obligèrent de se servir des copies de lettres que Barbin lui avoit envoyées, il y avoit longtemps, pour le Roi, M. de Luynes et le duc de Montbazon, par lesquelles, se plaignant à S. M. des déplaisirs qu'elle recevoit, elle la supplioit qu'elle pût aller à Paris pour, étant plus proche d'elle, lui rendre plus facilement compte de ses actions, et prioit Luynes de l'assister en ce juste désir et la délivrer de servitude, et le duc de Montbazon d'y porter l'esprit de son beau-fils. Le Roi fut touché de ses lettres; mais ils le détournèrent de lui donner contentement par mille artifices, ne lui représentant pas seulement que, si elle vient, il n'aura plus d'autorité, mais qu'ils appréhendent même que sa vie ne soit pas en sûreté, le désir de régner étant tel en eux, qu'il n'y a lien de sang, de raison ni de justice qui puisse arrêter leur fureur.

D'un côté, ils mesurent le péril qui leur pourroit arriver de la présence de la Reine, à l'atrocité des injures qu'ils lui avoient faites, et ne peuvent prendre d'elle aucune assurance, quelque promesse qu'elle leur fit; d'autre part, demeurant leur ennemie, ils vouloient avoir lieu de la faire paroître tout autre qu'elle n'étoit et, pour ce sujet, essayoient de la tenir éloignée, d'autant que les objets sont peu souvent et difficilement vus de loin tels qu'ils sont en effet. Ainsi ils représentent au Roi important à sa vie, à sa gloire et au bien de son État, ce qui ne l'est qu'à leur fortune, et lui font passer leurs propres intérêts pour siens ; et d'abondant encore, craignant que tous leurs artifices ne fussent pas assez forts pour arrêter les vrais senti-

ments de la nature, et que la Reine, assurée du bon naturel du Roi, ne vînt à l'impourvu, ils envoyèrent des troupes à l'entour de Blois pour lui boucher le passage.

Davantage, on lui défendit de plus sortir de Blois. Les promenades lui sont désormais limitées, les conversations bornées à certaines personnes qu'ils tenoient tout à eux; nul ne la peut voir, quoique son chemin soit au lieu de son séjour, sans permission expresse ; celui qui la demande se rend suspect de crime; celui qui fait gloire de ne la voir pas, quoiqu'en passant, est estimé d'une fidélité éprouvée, digne de récompense.

On envoie diverses personnes vers elle pour lui détacher de l'esprit la pensée qu'elle avoit de voir le Roi et ainsi l'en empêcher non seulement par force, mais encore volontairement. Modène et le P. Arnoux* lui sont envoyés pour cet effet, tous deux séparément ; ils y travaillent puissamment, à divers voyages qu'ils y font : comme l'un met en avant les considérations d'État pour l'en détourner, l'autre lui propose qu'elle ne le pouvoit entreprendre avec conscience, vu le mal qui en arriveroit au public. Entre autres raisons, on ne craignoit point de lui dire que, si cela arrivoit, la France étoit perdue, parce que son arrivée contraindroit de mettre Monsieur le Prince en liberté pour la contrecarrer, et que de cette opposition naitroit la ruine de l'État. Ils la menacent de pire traitement : on parle de la chasser hors de France; enfin on l'inti-

1. Voyez ci-dessus, p. 254. Le P. Arnoux était confesseur du Roi depuis l'année précédente.

mide de sorte que sa bouche fut contrainte de proférer ce dont son cœur étoit bien éloigné, et de promettre par serment sur les saints évangiles, qui, à cet effet, lui furent présentés par le P. Arnoux, qu'elle n'iroit jamais voir le Roi si on ne l'envoyoit quérir premièrement, et, en cas qu'elle y vînt, ne lui donueroit point de conseils, ni ne se mèleroit d'aucune affaire.

Bien que ces choses outrepassassent tout devoir et tout exemple, et que ces assurances fussent telles que, jointes à la force qu'ils a voient en main, il semblât qu'il fût superflu d'en demander davantage, néanmoins la connoissance de leur crime, qui est toujours craintive et ne peut trouver de sûreté, les fit passer plus avant, et désirer d'elle la déclaration suivante, qu'elle donna au P. Arnoux, écrite et signée de sa main, en un autre voyage qu'il y fit exprès pour ce sujet ^ :

« Marie, par la grâce de Dieu, reine de France et de Navarre, mère du Roi. Dieu, qui sait l'intérieur de nos pensées, ayant par sa divine providence voulu, pour faire voir à un chacun la pureté des nôtres, et pour nous relever du doute auquel nous étions que des gens mal affectionnés n'eussent rendu par leurs calomnies ordinaires le Roi mal satisfait de nous, qu'il plût au

1. D'après le Journal d'Arnauld d'Andilly^ p. 382, ce serait Modène qui serait allé à Blois pour en rapporter cette déclaration. Il paraît plus vraisemblable de s'en tenir à l'indication donnée par Richelieu. — La lettre de la Reine mère, signée Marie et contresignée Phélypeaux, se trouve en original aux Affaires étrangères i France 772, fol. 19 et 20i. — >~ous avons collationné le texte original de cette déclaration avec celui donné par le manuscrit B, et, là où il y avait divergence, nous avons suivi la leçon de l'original.

Roi, notredit sieur ^ et fils, touché de son bon naturel, nous faire pleinement entendre et confirmer par ses lettres, et de la bouche du Révérend Père Arnoux, de la Compagnie de Jésus, et son coni'esseur ordinaire, la pureté de son âme, sa prudente conduite au gouvernement de son État, et son amour singulière en notre endroit, nous, qui, conformément à nos souhaits, avons ressenti, par sa venue, des preuves de cette affection qui nous fait espérer toute sorte de bon traitement, le Roi notre sieur et fils étant inviolable en ses promesses, pour reconnoissance de la joie que nous en avons, et pour en rendre un chacun bien informé, et de nos bonnes et sincères intentions à y correspondre par une bonne conscience et union de volonté, avons fait et faisons au Roi, notredit sieur et fils, devant Dieu et ses anges, les soumissions, protestations et promesses ci-après déclarées : de n'avoir pour maintenant ni à^ l'avenir, non plus que j'ai eu par le passé, désir ni pensée qui ne tendent à la prospérité et avancement de ses affaires, au bien, repos et grandeur de son État, et de lui vouloir rendre les devoirs et obéissance qui lui sont dus comme à notre roi et souverain seigneur, résignant toutes nos volontés entre ^ ses mains; de n'avoir aucune correspondance dedans ni dehors le royaume, en chose quelconque qui puisse préjudicier à son service, désavouant toutes personnes, de quelque état et qualité qu'ils^

1. Le manuscrit B porte seigneur, ainsi que dans toutes les autres formules similaires qui se trouvent contenues dans la suite de cette déclaration.

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