‹ MémoiresChapitre 129 sur 172 · C'est-à-dire la grande-duchesse de Toscane · texte numérisé non relu

C'est-à-dire la grande-duchesse de Toscane

vernoit si imprudemment dans la cour et se faisoit de fête si indiscrètement es affaires de la Reine que, s'il continuoit, il les perdroit tous* : ce qui donna lieu à S. M. de faire dire au prince de Joinville, et à ceux à qui elle avoit confiance dans Paris, de n'en prendre aucune en cet esprit chaud et bouillant.

Nonobstant l'aversion que le duc d'Épernon avoit de cet esprit et les a\-is qu'il avoit reçus de la Reine, il n'eut pas plus tôt vu ce personnage dans ^letz, où il l'alla trouver de son mouvement, que, passant d'une extrémité à l'autre, il s'ouvrit entièrement à lui du dessein qu'il avoit de ser\ir la Reine au désir qu'elle avoit de sortir de Blois. Au bout de quelques jours, il fit un voyage en secret à Sedan, avec aussi peu de commission que celle qu'il avoit quand il fut à Metz, où il gagna aussi, sinon la confiance du duc de Bouillon qui n'étoit pas aisée à avoir, au moins la souffrance qu'il s'entremît en toutes ces affaires, qui, enfin, par d'autres négociations, et entre autres d'un nommé Vincenze*, secrétaire du feu maréchal d'Ancre, que la Reine envoya au duc d'Épernon, réussirent au contentement de S. M.

Il arriva beaucoup de traverses en cette négociation. Ce Vincenze, allant trouver ledit duc d'Épernon, chargé d'une lettre qu'il avoit désirée, par laquelle la Reine le conjuroit, par la mémoire du feu Roi, de l'assister en sa sortie, lettre qui contenoit tous les motifs

1. Le manuscrit B portait primitivement toutes. Sancv a corrigé et mis tous.

2. Vincenzo Ludovici (appelé Vincenze), chargé de diverses missions par Marie de Médicis, fut, de 1622 à 1627, maîti'e de sa garde-robe aux appointements de trois cents livres.

qu'on pouvoit prendre pour colorer son action, fut arrêté à Troyes, et, étant reconnu, fouillé si exactement qu'on décousit tout son habit, hormis au lieu où il l'avoit cachée; après n'avoir rien trouvé, la fermeté avec laquelle il soutint qu'il s'en alloit en Allemagne par les Grisons fît qu'en lui donnant liberté on lui donna lieu d'achever son voyage.

Il arriva ensuite que, lorsque^ le duc d'Épernon fut résolu à partir de Metz pour aller trouver la Reine, Ruccellaï fut si imprudent^ que de dépêcher un page qu'il avoit^, au comte de Braine^ qui étoit à Blois, pour lui donner avis, par une lettre, du jour du partement du duc d'Épernon, et assurer la Reine de la résolution qu'il avoit de la tirer du lieu où elle étoit. Ce page infidèle et traître, sachant bien qu'il portoit (juelque chose d'important, fut expressément à Paris pour vendre sa dépêche au duc de Luynes; mais le sieur 011ier\ conseiller de la cour, qui étoit serviteur de la Reine, étant averti de son arrivée et lui ayant tiré les vers du nez, lui donna trois cents écus pour tirer sa dépêche et le tint quelque temps à couvert chez lui^.

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