‹ MémoiresChapitre 15 sur 172 · Var. : Et de sa femme (M, H · texte numérisé non relu

Var. : Et de sa femme (M, H

dun, lui avoient témoigné se vouloir lier avec lui d'une étroite intelligence, qu'ils avoient toujours recherchée auparavant, ainsi que l'on peut voir par le cours de cette histoire, s'étant portés, autant qu'ils avoient pu, à toutes les choses qui étoient de son contentement.

Le maréchal et «a femme l'avoient vu si puissant en ces mouvements passés, qu'ils croyoient que, l'ayant pour ami, il ne leur pouvoit mésavenir ; et Monsieur le Prince, qui savoit que leur entremise auprès de la Reine lui étoit avantageuse, feignit les recevoir entre ses bras et agréer leur bonne volonté : ce dont ils étoient si transportés d'aise, que non seulement ils tenoient peu de compte de MM. de Guise et d'Épernon, avec lesquels, durant cette dernière guerre, ils avoient contracté amitié, mais ils les abandonnèrent entièrement et tous ceux qui avec eux avoient servi le Roi en cette dernière occasion. En quoi ils agissoient en favoris aveugles, que la fortune plutôt que le mérite avoit élevés, lesquels, se voyant en un degré inespéré et disproportionné à ce qu'ils valent, sont si éperdus et hors d'eux-mêmes, qu'ils ne voient pas les choses les plus visibles et palpables qui sont à l'entour d'eux.

Car, premièrement, ils ruinoient le service de LL. MM., qui étoit néanmoins le fondement de toute leur subsistance ; d'autant que, un chacun voyant qu'on n'avoit aucun gré, honneur, ni récompense d'avoir servi le Roi, mais, au contraire, que ceux qui avoient desservi étoient caressés et gratifiés, l'offense du mauvais traitement que l'on recevoit, augmentée par l'exemple du bon traitement des autres, faisoit perdre la fidélité à ceux que l'intérêt ni l'espérance des biens

n'avoient pu jusques alors faire éloigner de leur devoir, joint que les plus prudents ne vouloient plus encourir pour néant la mauvaise grâce de ces princes, lesquels étoient pleins de ressentiments contre ceux qui n'avoient pas été de leur parti, et, du côté du Roi, on n'avoit point de soin^ de ceux qui avoient servi.

En second lieu, ils n'étoient pas bien avisés de croire que Monsieur le Prince les pût aimer, sinon en tant que ses affaires et les occasions qui, en la cour, changent tous les jours, le pourroient requérir, et de ne pas considérer que cette liaison si étroite feroit qu'ils l'auroient continuellement sur leurs épaules en toutes les choses qu'il auroit, pour lui et pour les siens, à demander à la Reine, quelque impertinentes qu'elles fussent; et qu'outre que ces demandes leur pourroient quelquefois causer quelque refroidissement de la Reine ^ qui s'en sentiroit importunée, comme ils avoient déjà avec grand péril expérimenté, quand ils lui auroient aujourd'hui obtenu une chose, il ^ leur en demanderoit demain une autre ^ ; et, quelque service qu'ils lui eussent rendu auparavant, s'ils manquoient une seule fois à faire ce qu'il désireroit, tout seroit oublié, et ils l'auroient pour ennemi, comme ils l'avoient déjà éprouvé es affaires du Château-Trompette et de Péronne^, où,

1. Les mots on n avait point de soin ont été substitués, sur le manuscrit B, aux mots on n'en avoit point.

2. Le manuscrit B portait d'abord vers la Reine. La correction a été faite par Sancy.

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