‹ MémoiresChapitre 143 sur 172 · Le sieur de Meuze : Journal d'Arnauld dAndilly, p · texte numérisé non relu

Le sieur de Meuze : Journal d'Arnauld dAndilly, p

5. Cette lettre a été imprimée dans le Mercure français, p. 176, et la prise de Boulogne y est rapportée p. 175.

[1619] DE RICHELIEU. Ml

Le Roi répondit à l'une et à l'autre de ses lettres le %3^ avril, lui mandant qu'il reconnoissoit bien que ce qu'elle écrivoit n'étoit pas d'elle, à la sincérité et vérité qu'il savoit bien être en elle et qui n'étoient pas dans ses lettres, attendu qu'elles étoient pleines d'assurances de son afifection au bien de son État et conservation de son autorité, et qu'elle vouloit être la première à recevoir et observer ses volontés ; et [que] néanmoins on avoit, sous son nom, dès longtemps auparavant son partement de Blois, commencé et continuoit[-on] encore à faire soulever tout ce que l'on pouvoit contre lui, tant dedans que dehors le royaume, y ayant non seulement armé et levé force gens de guerre, mais mis la main sur ses finances, imposé sur ses sujets, fait entreprises sur ses places pour courir sus au comte de Schonberg, son lieutenant général en Limousin; que la ville d'Uzerche n'appartenoit point au duc d'Épernon ; qu'il s'en étoit emparé sur l'Église et les habitants, contre son autorité et la justice; pour le regard de la ville de Boulogne, que les habitants, voyant qu'il y appeloit nombre de gens de guerre, s'y étoient justement opposés, et que ces places ni aucune autre n'avoient été destinées pour sa sûreté, n'en ayant point besoin dans son État où elle seroit toujours assurée; qu'au reste, il étoit prêt d'entendre les avis qu'elle lui vouloit donner ; que le sieur de Béthune étoit tout exprès auprès d'elle pour les recevoir et les lui mander*, mais qu'il n'en avoit pu tirer un seul mot, quelque soin qu'il y eût apporté, ce qui lui étoit

1. On a vu que Béthune avait été envoyé auprès de la Reine. Au début d'avril, le P. de Bérulle et le cardinal de la Rochefoucauld furent également envoyés à Angoulêrae, avec mission de réconcilier le Roi et sa mère, comme il va être dit plus loin.

une assez évidente preuve du mauvais dessein de ceux qui lui dictoient les lettres qu'elle lui envoyoit^

Cependant la Reine est avertie d'une entreprise sur la citadelle d'Angoulcmc, où le sieur Danton, qui y commandoit, avoit ouvert les oreilles à quelque pourparler de la part du comte de la Rochefoucauld, sans toutefois avoir dessein de rien exécuter.

On évente encore une conspiration formée par le comte de Schônberg, qui gagna le poudrier d'Angoulême pour faire sauter les poudres de la citadelle d' Angoulême^, ce qui lui étoit fort aisé, parce qu'il entroit quand il vouloit dans les magasins pour voir si les poudres étoient en bon état : ce qui ne se pouvoit exécuter sans la perte de sa personne, pour la proximité du lieu de sa demeure.

La Reine se plaint de ce procédé, demande, mais en vain, avec quelle justice, lorsqu'on traite ouvertement d'accord avec elle, on agit par force, à couvert, contre la foi des paroles qui lui sont données.

D'autre part, le duc d'Épernon n'avoit été plus tôt de retour d'Uzerche à Angoulême qu'il apprit^ que,

1. Ce paragraphe est composé d'extraits de la lettre du Roi à la Reine mère écrite le 23 avril et imprimée dans le Mercure françois, p. 180-185.

2. Celui qui tenta de faire sauter la citadelle d'Angouléme était un papetier établi dans cette ville, nommé Jean Poussi et nati( des environs de Limoges. Etant lié avec le garde des munitions de guerre, il entrait librement dans l'arsenal et avait établi une traînée de poudre communiquant avec le magasin. On l'arrêta au moment où il allait y mettre le feu [Procès-verbal de la conjuration faite à Angoulême, Poitiers, 1619, et Mercure françois, p. 199).

3. Avec ce paragraphe commence un i^ouvel emprunt au document écrit par Gherré (France 772, fol. 254). Ce document por-

du côté de la Guyenne, le duc de Mayenne étoit arrivé à Ghâteauneuf^, gros bourg à trois lieues d'Angoulême, qu'au commencement ledit duc avoit fait dessein de défendre.

Ainsi le traité de la Reine n'étant point fait avec le Roi, chacun commençoit à reconnoître que les affaires de la Reine étoient fort mal conduites. Ruccellaï parloit ouvertement contre le duc, ce qui émut tellement de nouveau la bile dudit duc, qu'ils vinrent à telles extrémités que Ruccellaï, un jour, mettant la main sur le côté, lui présenta le coude comme il entroit dans le cabinet de la Reine. Je ne croirois pas cette insolence si le duc ne me l'avoit dit, n'y ayant personne qui pût entreprendre une telle effronterie sans être fol ou se vouloir perdre au même temps, vu que ledit duc étoit dans son gouvernement, avoit la plus grande partie des forces qui étoient [dans la ville] à sa dévotion 2, et que toute sa vie étoit une preuve bien authentique qu'il n'étoit pas bien endurant.

Cependant cet étranger étoit si présomptueux qu'il se fondoit^ en ce que la principale noblesse qui accom-

tait primitivement : Le duc ne fut pas plus tôt de retour à Angoulême quil n'apprit que... Sancy a corrigé ces quelques mots sur le document même et nous donnons cette nouvelle leçon conformément au manuscrit B. Plus correctement, cependant, Sancy avait mis : quil avoit appris que; le copiste a négligé cette correction.

1. Châteauneuf-sur-Charente, chef-lieu de canton du département de la Charente, arrondissement de Cognac.

2. Nous rétablissons la vraie leçon d'après le document écrit par Cherré.

3. Que se fondant, d'après le document de la main de Cherré, ce qui est meilleur.

pagnoit la Reine' pour l'amour d'elle étoit de son parti, et en ce que le marquis de Mauny^, son ami intime, commandoit le régiment de la Reine, dont quelques compagnies étoient dans la ville ^. Il est vrai, soit qu'il fît cette action ou non, qu'il tenoit des discours fort offensants contre ledit duc d'Épernon.

Cette division et la connoissance qu'un chacun avoit que les affaires de la Reine alloient fort mal firent que le duc d'Épernon proposa de nouveau à la Reine de me rappeler dans ses conseils et prendre confiance en moi en ses affaires, disant que, quand on verroit qu'un homme qui avoit réputation en prendroit le soin au lieu de Ruccellaï, homme peu avisé, qui les avoit conduites jusques alors, on croiroit qu'elles changeroient de face.

Lors M. le cardinal de la Rochefoucauld^, qui étoit arrivé quelques jours auparavant à Angoulême pour voir s'il pourroit conclure un accommodement que le sieur de Béthune avoit commencé auparavant, trouva plus de facilité en cette affaire qu'il n'avoit fait jusques alors ; ce qui fit qu'en trois jours on conclut le traité pour lequel le sieur de BéruUe avoit iait divers voyages

1. D'après le document écrit par Cherré : la personne de la Reine.

2. Louis de la Marck, marquis de Mauny, premier écuyer de la reine Anne d'Autriche et gouverneur de Caen, mort en 1626.

3. Ici, au lieu d'un point, le document écrit par Cherré porte une virgule, ce qui donnerait un sens un peu différent.

4. François de la Rochefoucauld (1555-1645), fils de Charles de la Rochefoucauld, comte de Randan, et de Fulvia Pic de la Mirandole, fut successivement évêque de Glermont et de Senlis et devint cardinal en 1607.

en poste sur les difficultés qui se présentoient de part et d'autre''.

La substance de ce traité consistoit premièrement en l'oubli de tout le passé, à la sûreté que le Roi donnoit et pour les personnes et pour les charges de ceux qui avoient servi la Reine, en cinquante mille écus de récompense qui furent accordés au duc d'Épernon pour Boulogne, en l'échange du gouvernement de Normandie, que la Reine avoit, en celui d'Anjou-, château d'Angers, le Pont-de-Gé^ et Ghinon, et en six cent mille écus qui furent accordés à S. M. pour les frais qu'elle avoit faits en cette occasion^.

Ge traité fut conclu le dernier avril. Le Roi le reçut à Saint-Germain-en-Laye, le %^ mai, et, cinq jours après, partit pour aller en Touraine, afin d'être plus proche d'Angoulême et faciliter l'exécution de ce qui avoit été promis^.

Le gouvernement de Normandie, qu'avoit la Reine,

1. Voyez ci-dessus, p. 314, note 2, et le Mercure françois, t. V, p. 180.

2. Avenel, dans les Lettres et papiers d'État (t. I, p. 587), a publié, sous la date du mois d'avril 1619 et sous le titre : Discours et raisons sur le choix des gouvernements d^ Angers et de Nantes, un mémoire qu'il attribue à Richelieu et qui dut être composé à l'occasion des négociations poursuivies à cette époque dans l'intérêt de la Reine mère.

3. Les Ponts-de-Cé, chef-lieu de canton du département de Maine-et-Loire, à sept kilomètres sud-est d'Angers.

4. Ici se termine l'emprunt de deux pages et demie fait au document écrit par Cherré (France 772, fol. 255).

5. Les deux paragraphes précédents sont un abrégé du Mercure françois, t. V, année 1619, p. 200-202. Un résumé des articles de ce traité se trouve aux Affaires étrangères, France 772,

fut absolument désiré, parce que le sieur de Luynes avoit dessein de le faire donner au duc de Guise pour celui de Provence; mais, ne le pouvant, il tâcha de l'échanger pour celui de Bretagne, dont ne pouvant encore venir à bout, enfin il en eut la Picardie, où il avoit déjà quantité de places; et ce grand établissement ne semblera étrange, quand on saura qu'en même temps il offrit de tirer plus d'un million et demi de livres des coflres du Roi, pour avoir certaines places, de telle considération qu'on les peut dire les portes de la France à tous les étrangers.

Jamais* accord ne fut conclu plus à propos, car Annibal étoit aux portes, puisque les troupes du Roi étoient déjà proche d'elle- et que, s'il eût passé outre, la Reine eût été contrainte, pour éviter de s'enfermer dans une ville dont on devoit prévoir le siège, de se retirer à Saintes, ou pour y demeurer, ou au moins pour passer de là en Brouage : ce qui eût causé sa perte indubitable, ayant su depuis certainement qu'un avis, qui dès lors lui fut donné de l'infidélité du gouverneur de ladite ville de Saintes, étoit très véritable.

fol. 183-184. Le Masle, prieur des Roches, secrétaire de Richelieu, a écrit sur le dernier feuillet de cette pièce : « 1619. Articles de la paix. La Reine a l'original. « Et Sancy y a griffonné le mot « Employé ».

1. Avec ce paragraphe commence un nouvel emprunt au document de la main de Cherré (fol. 255). Ce document portait primitivement : « Jamais accord ne fut conclu plus à propos, car Annibal étoit aux portes, puisque le Roi étoit à Tours, et que s'il eût passé outre... » La leçon que nous donnons dans le texte, et qui est celle du manuscrit R, a été établie par Sancy sur le document écrit par Cherré.

Page 1