Jacques P
si elle le chassoit, beaucoup blàmeroient S. M. et l'accuseroient d'ingratitude, parce qu'au lieu qu'il l'avoit desservie, les apparences feroient croire qu'il lui avoit rendu des services fort signalés; que cet homme étoit en des termes où il ne pouvoit demeurer ; qu'il étoit si immodéré qu'il ne demeureroit jamais auprès d'elle s'il ne croyoit y avoir la principale confiance, et que, partant, si la Reine contiiYuoit à lui témoigner qu'elle se méfioit de lui, indubitablement il s'en iroit de lui-même ; auquel cas mon avis étoit qu'il lui falloit faire un pont d'or, lui donnant récompense de ses services prétendus, afin que S. M. eût autant les apparences d'un bon procédé de son côté comme elle en avoit l'effet.
Le duc d'Épernon étoit fort contraire à cet avis, qui disoit souvent à la Reine qu'il ne falloit point nourrir un serpent dans son sein et qu'il n'y avoit rien tel que de s'en défaire le plus promptement qu'on pourroit. Au même temps, il s'anime jusqu'à ce point qu'il veut battre Ruccellaï. Je l'en détournai autant qu'il me fut possible ; mais enfin les langages que Ruccellaï tenoit de lui étoient si insolents qu'un jour il m'envoya Monsieur de Toulouse pour me dire qu'il ne demandoit plus que j'approuvasse l'action qu'il vouloit faire contre Ruccellaï, mais seulement qu'après qu'elle seroit faite, j'adoucisse la Reine et portasse son esprit à ne le condamner pas.
Je représentai audit sieur de Toulouse que, si le duc d'Épernon commettoit cette violence, il étoit perdu; que les favoris, qui le haïssoient au dernier point, ne demandoient* pas mieux que de prendre ce prétexte