‹ MémoiresChapitre 146 sur 172 · Le document écrit par Cherré porte demander oient · texte numérisé non relu

Le document écrit par Cherré porte demander oient

de le maltraiter, faisant croire au monde que les intérêts de la Reine les y porteroient autant que ceux du Roi ; qu'ils publieroient qu'elle ne seroit pas libre entre ses mains et le prouveroient, en l'imagination de ceux qui ne sauroient pas l'état auquel Ruccellaï étoit auprès d'elle, par la violence dont il auroit usé en son endroit contre son gré; qu'ils refuseroient peut-être, sur ce sujet, d'achever le traité qui étoit commencé, ou au moins de l'y comprendre; qu'il acquerroit la réputation d'incompatible, avec d'autant plus de facilité que déjà beaucoup croyoient sa société un peu épineuse; qu'ainsi il perdroit les affaires de la Reine et les siennes tout ensemble, sans autre fruit que de précipiter la sortie de Ruccellaï, qui arriveroit indubitablement dans peu de jours.

Ces raisons furent si bien représentées au duc par le sieur archevêque de Toulouse, son fils, qu'il y déféra par son avis et celui du sieur du Plessis, en qui il n'avoit pas peu de créance. Cependant Ruccellaï continuoit toujours à parler, non seulement mal à propos dudit duc, mais de la Reine. Il veut pratiquer une de ses femmes plus confidentes contre son service. Il lui offre dix mille écus pour être averti par elle de toutes les paroles et actions de la Reine qu'elle jugeroit dignes de remarque. Il l'accuse d'ingratitude en son endroit, représente que sans lui elle seroit encore à Blois; que le duc de Bouillon, le cardinal de Guise, le prince de Joinville n'étoient ses serviteurs qu'en sa considération. Il se laissa aller jusqu'à cet excès d'insolence, parlant à Ghanteloube, que de lui dire qu'autrefois le domaine de Toscane, possédé par ceux de

la maison de la Reine, étoit à ses prédécesseurs i.

Ghanteloube fait ce rapport à la Reine ; les mécontentements croissent de toutes parts; enfin, Ruccellaï étant assuré d'être bien reçu à la cour par les négociations qu'il y avoit fait faire, un jour, comme j'étois à une lieue d'Angoulême, on me vint dire que Ruccellaï avoit demandé son congé et que la Reine lui avoit accordé. Je vins aussitôt à Angoulême et n'y fus pas plus tôt arrivé que je trouvai Sardini^ en mon logis, qui me vint proposer de raccommoder Ruccellaï avec la Reine, par le moyen de quoi je l'acquerrois ami pour jamais, au lieu que jusqu'à présent il avoit été mon ennemi. Je lui répondis que je tiendrois à faveur de le servir, mais non pas aux dépens de mon maître; que, pour son amitié, j'avois bien connu que je n'étois pas assez heureux pour la pouvoir avoir à conditions raisonnables, et que je n'étois pas aussi assez fol pour la vouloir acheter à un prix injuste^, comme celui de la perte des bonnes grâces de la Reine; mais que je m'emploierois auprès d'elle pour qu'elle le traitât en sorte que chacun reconnût qu'il auroit sujet de se louer d'elle.

Et de fait, je m'en allai de ce pas proposer à la Reine de lui donner cent mille francs pour reconnoissance de ce qu'il pensoit avoir contribué à son service : ce

Page 1