‹ MémoiresChapitre 158 sur 172 · Le Mercure français, t. VI, année 1619, p · texte numérisé non relu

Le Mercure français, t. VI, année 1619, p

résolu de donner à Monsieur le Prince ; car elle savoit bien qu'ils ne la lui rendoient que pour lui opposer, et que leur premier dessein avoit été de les arrêter tous deux, espérant que, les tenant l'un et l'autre en leur puissance, il n'y avoit personne dans le royaume qui osât entreprendre quelque chose dans le royaume contre leur contentement. Et, dès qu'ils eurent nouvelle de sa sortie de Blois et qu'ils perdirent espérance de la pouvoir tenir arrêtée, ainsi qu'ils eussent désiré, lors, craignant que les partisans de Monsieur le Prince se missent du côté d'elle, pour éviter ce péril ils l'envoyèrent incontinent assurer qu'aussitôt que les affaires seroient accommodées avec elle, ils l'ôteroient de prison, et firent publier ce dessein par tout le royaume ^ ; ce qui étoit proprement armer Monsieur le Prince de haine contre elle et sembler l'obliger non seulement à les aimer, mais à les servir avec animosité en tous leurs injustes intérêts contre elle. Elle ne témoigna néanmoins pas avoir désagréable cette action-là, mais se remit à eux et au Conseil qui étoit auprès du Roi à juger de cette affaire, reconnoissant que ce n'étoit pas aux personnes éloignées comme elle étoit à donner son avis en une chose

donne un long récit des solennités qui eurent lieu à Angers pour fêter l'entrée de la Reine mère.

1. Déageant, dans ses Mémoires, donne ce même renseignement dans les termes suivants : « S. M. fit entendre à Monsieur le Prince qu'elle désiroit de la contenter, mais que, pour le bien de ses affaires, il étoit nécessaire qu'il patientât jusques à l'accomplissement du traité qui se faisoit avec la Reine sa mère et que sa liberté s'obtînt par son entremise, parce que S. M. désiroit les réconcilier. »

si importante, pour laquelle délibérer il falloit être averti ponctuellement de l'état de toutes les affaires du dedans et du dehors, ce qu'elle n'étoit pas; au reste, qu'elle ne fait point de doute qu'on ne puisse, en un temps, avec prudence changer les conseils qu'on a pris, en un autre, avec juste considération.

Monsieur le Prince est ensuite délivré le 210^ octobre et vint saluer le Roi à Chantilly. Si MM. de Luynes lui procurèrent avec affection la liberté, la Reine la sollicita non moins justement pour Barbin, que, depuis un an, ils avoient resserré dans la Bastille avec des rigueurs incroyables, nonobstant l'arrêt donné contre lui, un an auparavant, à leur poursuite, par lequel il avoit été condamné à être bannie Ils reconnoissoient en cet homme une si forte passion au service de la Reine, une si grande intégrité en son procédé durant le temps de son administration, un courage si ferme et une si grande liberté de parler, avec un si vif ressentiment des injustices qu'ils lui avoient faites, qu'ils avoient résolu de le laisser mourir en la Bastille. Mais la Reine fit tant d'instances pour lui qu'ils ne s'en purent enfin dégager et commandèrent qu'après lui avoir encore une fois lu son arrêt, on lui ouvrît les portes de la Bastille.

Barbin se plaignant du mauvais traitement qu'il avoit reçu, Maillac, lieutenant de la Bastille, lui montrant une lettre du sieur de Brantes, par laquelle il lui donnoit charge de lui faire ses recommandations et lui dire que c'étoit tout ce que le sieur de Luynes et

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