Aloph de Wignacourt, grand maître de 1601 à
2. L'ambassadeur de l'ordre de Malte était Don Louis Mendez Vasconcellos, bailli d'Acre. Le jour de son audience, il fut au Louvre, accompagné de vingt-deux carrosses; le Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 140 et suiv., donne le texte du discours qu'il prononça et celui de la réponse du Roi.
3. Var. : Quatre sont françoises (M, H). — Il n'y avait que trois langues françaises : Provence, Auvergne et France.
des grands maîtres sont de leur nation; et que non seulement le grand maitre en recevroit diminution en sa dignité, mais tout l'ordre y seroit intéressé, en ce que la noblesse françoise ayant un grand maître dans le royaume, auquel elle se pourroit engager de vœu, même sans exercice de la guerre, aimeroit mieux prendre cette condition que d'aller à Malte avec tant de difficulté et de dépense ; dont ils voient l'expérience en l'ordre Teutonique, qui avoit ruiné la langue d'Allemagne, autrefois la plus belle des sept; joint qu'il ne seroit peut-être^ pas expédient au service du Roi qu'un prince, son sujet, eût un si grand moyen de lier à lui et s'obliger un grand nombre de noblesse, laquelle considération a fait que les rois d'Espagne, qui sont savants en matière de gouvernement, ont réuni à leur couronne toutes les grandes maîtrises qu'ils ont dans leurs États.
S. M. donna de bonnes paroles à l'ambassadeur et lui promit de ne point préjudicier à leur ordre, ains au contraire de commander à son ambassadeur à Rome^ de leur faire tous bons offices sur ce sujet auprès de S. S.
En ce temps-là arrivèrent au Roi les nouvelles de la prise de Péronne, que M. de Longueville enleva au maréchal d'Ancre sur un faux donné-à-entendre que ledit maréchal y vouloit mettre garnison, ce qui émut ce peuple de telle sorte, qu'ils résolurent d'envoyer au Roi pour supplier S. M. de leur vouloir entretenir ce
1 . Peut-être a été ajouté en interligne par Charpentier sur le manuscrit B.
2. C'était François Jouvenel des Ursins (1569-1650), marquis de Traînel.
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que le feu Roi son père leur avoit* accordé, lorsque, du temps de la Ligue, ils se remirent en son obéissance, qu'ils n'auroient point de gouverneur étranger. Tandis qu'ils envoyèrent à S. M. pour cela, M. de Longueville paroissant aux portes, elles lui furent ouvertes, et, peu de temps après, ceux qui étoient dans le château de la part du maréchal d'Ancre le remirent en la puissance dudit duc^.
Cette nouvelle affligea la Reine tout ce qui se pouvoit, pour ce qu'elle vit bien que les princes ne donnoient point de bornes à leur mauvaise volonté^, que la douceur dont elle avoit usé jusques alors étoit inutile, qu'ils en abusoient, qu'ils tiroient avantage d'avoir profité de leurs brouilleries passées, que l'espérance qu'elle avoit eue que sa patience les ramèneroit à la raison et que le bon traitement qu'ils recevoient les gagneroit étoit vaine, et qu'enfin elle seroit contrainte de repousser leurs mauvais desseins par la force des armes, dont la pensée seule lui faisoit horreur^.
Monsieur le Prince, ayant eu avis de cette affaire
1. Le scribe du manuscrit B avait mis leur çouloit accorder. Charpentier a corrigé en leur avoit accordé.
2. Les Péronnais ouvrirent leurs portes au duc de Longueville et mirent hors leur ville le sieur de Favols, gentilhomme gascon, lieutenant du maréchal d'Ancre, gouverneur particulier de Péronne, Roye et Montdidier, le 15 août 1616 [Mercure français, t. IV, année 1616, p. 179 et suiv.).
3. On lisait d'abord sur le manuscrit B : « ... que les princes voulaient pousser leur mauvaise volonté jusques à t extrémité. » Sancy a corrigé ainsi le passage : « ... que les princes ne donnoient point de bornes à leur mauvaise volonté... »
4. Voyez ce que disent les Mémoires d'Estrées sur l'affaire de Péronne, p. 413.
avant la Reine, d'autant qu'elle ne s'étoit pas faite sans son consentement, s'en alla à l'heure même en une terre qu'il avoit achetée près de Melun^ soit afin que son absence retardât le conseil que l'on auroit à prendre en cet accident et en fit le remède plus difficile, soit afin de laisser évaporer^ le premier feu de la colère que la Reine en auroit, et ne laisser luimême échapper aucune parole qui pût donner soupçon qu'il eût part en cette action ; mais, la Reine ayant dépêché vers lui en diligence pour le convier de venir, il ne s'en put excuser. Toutefois, il ne laissa pas en venant de faire une nouvelle faute ; car, quelqu'un des siens l'étant venu avertir que M. de Bouillon l'attendoit chez M. de Mayenne, il passa par là avant que d'aller au Louvre, quoique les plus sages lui conseillassent d'aller voir la Reine auparavant.
Les siens parloient si insolemment de cette affaire qu'ils témoignoient assez y avoir eu part. La Reine crut que, selon la maxime commune, ceux qui ont fait les fautes étant les plus propres à les réparer, il étoit bon d'envoyer à M. de Longueville M. de Bouillon, qui étoit l'oracle du parti, pour lui faire reconnoître l'offense qu'il avoit commise et l'obliger à satisfaire à S. M. en remettant la chose en son entier. Il sembla partir si peu volontiers et avec si peu d'espérance de son voyage, que, quoique LL. MM. lui dissent, quand il prit congé d'elles, des paroles qui
1. Ce détail est également donné dans le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 188.
2, Évaporer a été rais par Sancy à la place de pousser sur le manuscrit B.
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pouvoient gagner un autre cœur que le sien, ceux qui le connoissoient ne crurent pas en devoir attendre aucun fruit, et ne furent pas trompés en leur opinion. Car le duc de Mayenne y * ayant, par son avis, envoyé tambour battant et enseignes déployées, des gens de guerre des garnisons de Soissons, Noyon et Ghauny^, il y mena aussi des capitaines et des ingénieurs pour défendre la place, qui étoit une action bien éloignée de la charge cju'il avoit prise de la remettre en l'obéissance du Roi^ : ce qui contraignit enfin la Reine d'y envoyer le comte d'Auvergne, avec une partie du l'égiment des Gardes et quelques compagnies de cavalerie, pour investir cette place.
On savoit bien que ce n'étoit pas des forces suffisantes pour la prendre; mais on le faisoit à dessein, premièrement, de reconnoître si les princes avoient résolu de faire la guerre, puis de leur faire paroître que le Roi étoit délibéré de s'y opposer avec plus de vigueur que par le passé, comme aussi de leur ôter le sujet d'être à Paris en alarme du Roi, lequel, par ce moyen, étoit destitué d'une bonne partie des forces dont il avoit accoutumé d'être accompagné, et de leur donner lieu de faire éclore plus tôt leurs mauvais desseins, s'ils en avoient, contre lesquels S. M. s'étoit sous main préparée sans qu'ils s'en donnassent de garde, d'autant qu'ils l'avoient en mépris par la foi-