‹ MémoiresChapitre 22 sur 172 · Petite ville forte entre Laon et Saint-Quentin · texte numérisé non relu

Petite ville forte entre Laon et Saint-Quentin

3. Tout ce qui précède, depuis Car le duc de Mayenne, a été écrit en marge du manuscrit B par Sancy. Voyez le fac-similé qui est donné de ce passage dans le tome I des Rapports et Notices sur la présente édition, après la page 106, planche VI.

blesse qu'ils avoient éprouvée en ses conseils jusques alors.

La Reine, ayant reconnu, es mouvements passés, qu'en matière de soulèvement de peuples, les bruits les plus faux sont bien souvent plus vraisemblables que les véritables, et particulièrement que ce qui se dit en faveur des séditieux est plus facilement cru que la vérité qui est^ rapportée en faveur du prince, vouloit patienter jusques à l'extrémité, pour ne leur donner aucun jour à publier, avec la moindre apparence du monde, qu'ils eussent été obligés, pour leur défense, à prendre les armes contre le Roi.

Si cela portoit d'un côté quelque préjudice à l'opinion qu'on devoit avoir de la puissance royale, qui en étoit moins estimée, de sorte que plusieurs parloient mal des affaires du Roi et en désespéroient, cela lui apportoit d'autre part un avantage bien plus considérable, qui étoit que les princes prenoient une telle assurance en leurs forces, qu'ils ne pensoient plus à sortir de la cour et croyoient pouvoir exécuter tout ce qu'ils voudroient entreprendre contre S. M., ne sachant pas ni que sous main elle eût mis ordre à la sûreté de ses affaires, ni que ceux-là même d'entre eux à qui ils se fioient le plus, jouoient à la fausse compagnie et l'avertissoient d'heure à autre de tout ce qu'ils faisoient.

La Reine, voyant cette grande cabale des princes qui étonnoit tout le monde, voulut prendre cette occasion de reparler encore au Roi comme elle avoit fait aupa-

1. Est avait été sauté par le scribe; Sancy l'a ajouté en interligne sur le manuscrit B.

ravant\ et dit à Barbin qu'elle voyoit les choses si désespérées, qu'elle croyoit qu'il seroit de son honneur d'en remettre entièrement la conduite entre les mains du Roi. Mais ledit Barbin lui fit toucher au doigt qu'elle ne devoit pas seulement penser à sortir volontairement des affaires, mais employer tout son soin à empêcher que le Roi en fût chassé avec force et infamie ; qu'elle étoit plus obligée à maintenir la succession de ses enfants qu'à chercher son repos; que toute l'Europe l'accuseroit d'avoir manqué de naturel et de courage, quittant le gouvernement en un temps où on prévoyoit une si grande tempête.

Ces considérations la persuadèrent, mais à condition qu'elle en parleroit encore une fois au Roi : ce qu'elle fit en présence des sieurs Barbin, Mangot et de Luynes, où elle le conjura de reprendre en main la conduite de ses affaires; qu'il étoit déjà grand et pourvu des qualités nécessaires pour régner heureusement ; qu'il avoit un Conseil composé de personnes portées avec passion à l'affermissement de son autorité, ou, en cas qu'il y désirât apporter quelque changement, un État abondant en hommes; que ce lui seroit une gloire immortelle si, à la sortie de son enfance, il s'occupoit à commander à des hommes, si, en l'âge où les autres suivent les plaisirs défendus, il s'abstenoit même de ceux qui sont honnêtes et permis, pour faire valoir sa puissance que Dieu lui avoit commise.

Luynes, en qui le Roi avoit déjà une entière con-

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