‹ MémoiresChapitre 23 sur 172 · Ci-dessus, p. 24 et suivantes · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 24 et suivantes

fiance, la supplia de laisser ces pensées si contraires au bien public et à la sûreté de son maître; qu'elle avoit trop d'intérêt en la conservation de ces deux choses pour en abandonner le soin, en une saison où rien n'empêchoit de faire mal que le respect de son nom et la générosité de ses conseils.

Peut-être que les maux qui sembloient se préparer dans l'État lui faisoient croire la subsistance^ de la Reine nécessaire, principalement dans le peu d'expérience qu'il avoit des affaires ; peut-être aussi qu'il ne désiroit pas qu'elle s'éloignât de la sorte, en laquelle, demeurant près du Roi, elle auroit toujours plus d'autorité que son ambition et ses desseins ne pouvoient pas souffrir qu'elle eût.

A quelque fin qu'il lui parlât, elle se soumit à ce que le Roi désira d'elle par sa bouche, et lui dit qu'elle ne pouvoit dissimuler que, bien qu'il y eût beaucoup de peine au maniement des affaires, beaucoup d'ennemis à acquérir pour son service, rien ne l'avoit dégoûtée de cet emploi que la jalousie qu'on lui avoit voulu donner de son gouvernement et les inventions dont l'on usoit pour lui rendre ses actions moins agréables ; mais que, s'il vouloit qu'elle fît avec contentement ce quelle n'entreprenoit que par obéissance, elle désiroit à l'avenir partager avec lui les fonctions de la charge, en prendre la peine et lui en laisser la gloire, se charger des refus et lui donner l'honneur des grâces ; qu'elle le prioit, à cette fin, de disposer de son mouve-

1. Au sens de « maintien en fonctions ». Le scribe, inattentionné ou peu intelligent, avait écrit sur le manuscrit B substance à la place de subsistance. La correction a été faite probablement par Sancy.

ment des charges qui viendroient à vaquer, et d'en gratifier les personnes dont la fidélité et l'affection lui étoient connues; que si, entre autres, il vouloit récompenser les soins que M. de Luynes apportoit auprès de lui par de nouveaux bienfaits, il n'avoit qu'à commander, et ce avec d'autant plus de liberté que la franchise dont il useroit lui seroit une preuve qu'il avoit satisfaction de sa conduite; que, quelque opinion qu'on lui veuille donner de ses déportements, elle ne manquera jamais à ce que doit une reine à ses sujets, une sujette à son Roi et une mère au bien de ses enfants.

Luynes, faisant semblant de croire ses* paroles au Roi pleines de sincérité, vint en particulier lui en faire des remerciements avec des protestations de vouloir dépendre absolument de ses volontés, ou, s'il les crût, les faveurs qu'il venoit de recevoir ne le rendirent pas meilleur, mais bien celle qui les avoit faites moins prévoyante. Au lieu de veiller sur ses actions, elle se fia sur les promesses ; elle crut l'avoir gagné par bonté, au heu de l'éloigner par prudence. En un mot, elle pensa l'avoir attaché par l'intérêt à son devoir, l'avoir rendu homme de bien par la maxime des méchants ; mais elle n'eut pas le loisir de vieillir en cette créance, comme nous verrons ci-après.

Pour revenir aux princes^, ils n'étoient pas d'accord en leurs opinions dans les assemblées qu'ils faisoient la nuit contre S. M.^; car, selon que les uns et les autres étoient plus ou moins violents en leurs passions et

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