Le, c'est-à-dire le maréchal d'Ancre
4. Var. : Que Monsieur le Prince donnoit au maréchal de le défendre contre toutes les entreprises (H).
Un jour qu'il fit un festin solennel à l'ambassadeur extraordinaire d'Angleterre*, le maréchal, ne se doutant de rien, le vint visiter; tous ces princes y étoient et en si grande compagnie qu'ils se pouvoient rendre maîtres de sa personne pour en faire ce que bon leur sembleroit. Ils en pressèrent Monsieur le Prince, lui représentant que l'occasion ne s'offroit pas toujours si belle; mais ils ne l'y surent jamais faire résoudre, et il remit la partie à une autre fois^.
Barbin, qui avoit lors crédit dans l'esprit de la Reine, voyant cette grande liaison de tous les princes, qui étoit si publique qu'on ne s'en cachoit plus, conseilla à la Reine d'essayer à retirer M. de Guise d'avec eux et le conserver au service du Roi, duquel il croyoit avoir sujet de mécontentement par l'abandon que le maréchad avoit fait de son amitié pour rechercher celle de Monsieur le Prince.
Il l'alla trouver de sa part, lui dit que S. M. se ressouvenoit des services qu'il lui avoit rendus en l'occasion dernière; que, si elle oublioit les desser-
1. James Hay, comte de Carlisie en 1622. Les Mémoires (ï Estrées, racontant un incident auquel il fut mêlé en 1616, l'appellent le comte de Carlisie , ce qui prouve que ces Mémoires ont été rédigés après 1622; or, on le sait, ils le furent en partie sur l'ordre de Richelieu, et on a vu combien celui-ci y fit d'emprunts. Il est donc permis d'en conclure que cette partie des Mémoires du Cardinal est d'une rédaction postérieure à 1622. Cette remarque, jointe à quelques autres du même genre faites au coui's du tome I, vient confirmer l'hypothèse émise sur la date à laquelle les Mémoires furent commencés : voyez Rapports et Notices sur Védition des Mémoires du cardinal de Richelieu, t. I, p. 59.
vices de ceux qui s'étoient dévoyés* du droit chemin pour le bien de la paix qu'elle vouloit conserver à quelque prix que ce fût, elle se souviendroit à jamais qu'il étoit quasi le seul des princes qui étoit demeuré dans le devoir ; qu'elle savoit qu'il avoit des différends pour divers sujets avec aucuns d'eux ; qu'elle le prioit de passer les choses le plus doucement qu'il pourroit, mais que, s'il étoit question d'en venir à rupture, il fût assuré qu'elle ne l'abandonneroit point.
Le duc de Guise reçut cet office avec un grand témoignage de ressentiment, après avoir fait quelque plainte de ce que, les autres princes ayant pris les armes contre le Roi, on s'étoit servi de lui et, la paix faite, on ne l'avoit plus regardé, et eux, au contraire, avoient toute autorité, et, ayant différend avec lui pour les rangs, lui feroient l'un de ces jours une querelle d'Allemand et lui joueroient un mauvais tour. Le lendemain, il alla trouver la Reine et lui fit mille protestations de sa fidélité envers et contre tous.
Gela ne le retira pas de la mauvaise volonté qu'il avoit contre le maréchal d'Ancre, ni peut-être de tout le mécontentement qu'il avoit de la Reine, à laquelle il ne pouvoit attribuer les actions du maréchal et de la maréchale, mais au moins lui fit-il perdre une partie de l'aigreur qu'il avoit.
Étant assemblé, à quelques jours de là, avec les conjurés, Monsieur le Prince proposa qu'il se falloit hâter de faire ce qu'ils avoient entrepris et se chargea de l'exécuter lui-même ; mais il ajouta que, comme c' étoit une action qui auroit beaucoup de suites, il