Var. : Déviés (M), déniés (H
falloit penser plus avant et prévoir à ce qu'ils feroient pour se défendre de la Reine, laquelle demeureroit si mortellement offensée qu'infailliblement elle se vengeroit d'eux et le pourroit faire sans difficulté, ayant toute l'autorité royale en sa puissance, et ne manquant pas de serviteurs qui le lui conseilleroient et l'enhardiroient s'il en étoit besoin ; que quant à lui, qu'il n'y voyoit qu'un remède, qui étoit de l'éloigner d'auprès du Roi, quand ils auroient fait le coup. Tel eût bien été de son avis qui n'osa pas lâcher la parole comme lui; d'autres trouvèrent la proposition étrange, et tous ne répondirent que du silence et du chapeau. Le duc de Guise seul prit la parole et dit qu'il y avoit grande différence de se prendre au maréchal d'Ancre, homme de néant, l'opprobre et la haine de la France et la ruine des affaires du Roi, ou perdre le respect qu'on devoit à la Reine, mère du Roi, et faire entreprise contre sa personne ; quant à lui, qu'il haïssoit le maréchal, mais qu'il étoit très humble serviteur de S. M.
Cette réponse faisoit assez paroître que M. de Guise étoit serviteur de la Reine ; mais la haine qu'il témoigna avoir du maréchal fît que les autres ne se cachèrent pas de lui. Monsieur le Prince seulement s'en refroidit un peu, craignant que, quand ils se seroient défaits du maréchal, le duc de Guise en recueillit seul tout l'avantage et le profit et entrât seul dans la confiance de la Reine, dans l'aversion et haine de laquelle ils demeureroient tous^. Il ne laissa
1. Le début de ce paragraphe et le précédent sont à rapprocher des Mémoires cï Estrées, p. 413.
pas de poursuivre néanmoins'. L'audace de lui et des siens croissoit de jour en jour , de sorte que la Reine recevoit souvent des paroles trop hardies de ceux de son parti, jusques à lui oser dire de sa part, une fois qu'elle avoit fait bon visage à quelques seigneurs de la cour, qu'il ne trouvoit pas bon qu'elle lui débauchât ses amis; et, une autre fois, il lui manda, sur le sujet de M. de Guise, qu'il vouloit bien qu'elle sût que lui et ses frères étoient si étroitement liés à lui qu'il n'étoit pas en sa puissance de les en séparer.
Mais, si les serviteurs de Monsieur le Prince lui parloient si insolemment, il y en avoit assez d'autres, de ceux auxquels il se fioit le plus, qui lui venoient donner avis de tout ce qui se passoit; et, entre les autres, MM. l'archevêque de Bourges- et de Guise l'en faisoient avertir très soigneusement, et ce à heures particulières et de nuit, afin de n'être point reconnus. Enfin ils commencèrent à dire à la Reine qu'ils jugeoient les affaires en tel point et en si grand péril pour le Roi, qu'ils ne croy oient plus qu'il fût possible d'y donner remède.
M. de Sully demanda audience à la Reine pour lui parler seul d'affaires qu'il disoit importer à la vie de LL. MM. Elle avoit pris médecine; mais, sur un sujet si important, elle ne jugea pas devoir différer à le voir. Le Roi s'y trouva par hasard ; les sieurs Mangot et Barbin y furent aussi. Lors, il fit un long discours