Var. : De poursuivre néanmoins sa pointe (H
2. André Frémjot (1573-1641), conseiller au Parlement de Dijon en 1599, archevêque de Bourges de 1603 à 1621, et ambassadeur à Rome en 1626. Il était frère de sainte Jeanne de Chantai.
des mauvais desseins que ces princes avoient et du mal inévitable qu'il en prévoyoit pour le Roi. Les sieurs Mangot et Barbin lui dirent que ce n'étoit pas assez, mais qu'il étoit besoin qu'il dit les remèdes plus propres à y apporter; à quoi il ne fit autre réponse, sinon que le hasard étoit grand, et qu'infailliblement on en verroit bientôt de funestes effets.
S'étant retiré du cabinet, il y remit une jambe avec la moitié de son corps, disant même ces paroles : « Sire, et vous. Madame, je supplie Vos Majestés de penser à ce que je vous viens de dire ; j'en décharge ma conscience. Plût à Dieu que vous fussiez au milieu de douze cents chevaux! je n'y vois autre remède; » puis s'en alla^
La Reine, qui ne vouloit venir qu'à l'extrémité aux derniers remèdes, après avoir jeté plusieurs larmes de s'y voir quasi contrainte, voulut encore auparavant
1. Bassompierre, en un récit qui présente avec celui-ci beaucoup d'analogie, rend compte de cette audience du duc de Sully chez la Reine. D'après lui, elle eut lieu le vendredi soir 26 août [Mémoires, t. II, p. 78-79) : « M. de Sully... fit voir que les choses ne pouvoient encore subsister huit jours en l'état où elles étoient réduites, et qu'au balancement où elles étoient, il étoit infaillible que toute l'autorité tomberoit entre les mains de Monsieur le Prince ou qu'elle deraeureroit aux siennes si elle la savoit retenir; que deux puissances si grandes ne se pouvoient compatir; que les grands et le peuple penchoient du côté de Monsieur le Prince; que son autorité diminuoit depuis l'entreprise de M. de Longueville et le partement du maréchal d'Ancre et toute la puissance à Monsieur le Prince dans les affaires et Conseil. Finalement, qu'il ne la tenoit pas assurée dans Paris et qu'elle seroit mieux avec mille chevaux à la campagne, avec ses enfants, que dans le Louvre, en l'état où étoient les esprits des grands et du peuple; qu'il avoit cru être de son devoir et
essayer un remède de douceur, par lequel elle fît voir à tous les peuples le désir qu'elle avoit que les affaires pussent souffrir une conduite bénigne, et à tous les princes qu'ils n'en étoient pas encore où ils pensoient, et que la plupart de ceux qui leur promettoient étoient en leurs cœurs serviteurs du Roi et les abandonneroient quand ce viendroit au point d'exécuter l'entreprise qu'ils avoient faite.
Elle parla à tous les seigneurs de la cour l'un après l'autre et leur fît voir le procédé qu'elle avoit tenu dans son gouvernement jusques alors, combien elle avoit relâché de l'autorité du Roi pour maintenir les choses en paix, le mésusage que de mauvais esprits en avoient fait. Il n'y en eut quasi un seul de tous ceux à qui elle parla qui ne revînt de bon cœur à vouloir servir le Roi et ne l'assurât de sa fidélité envers et contre tous.
Ces choses, qui étoient publiques, ne pouvoient pas être celées à Monsieur le Prince et aux siens ; mais les choses en étoient venues si avant, et ils croyoient leur parti si fort, qu'ils ne désistèrent point pour cela, et la résolution et le courage que la Reine montra ne leur fît point de peur.
Comme néanmoins la difficulté des entreprises paroît
des obligations qu'il avoit au feu Roi de lui remontrer ce que dessus, ne pouvant y apporter avec sa vie un autre remède; qu'il l'emploieroit volontiers si, par sa perte, il pouvoit sauver le Roi, elle et l'Etat. Et ensuite il prit congé d'elle, la suppliant de penser à ce qu'il lui venoit de dire, et qu'en cas qu'elle n'y apportât le remède convenable, il protestoit de tout le mal qui lui en adviendroit et qu'à elle seule en seroit la faute, puisqu'elle en avoit été avertie et que ce mal étoit prévu. »
plus grande, quand on est sur le point de les exécuter, qu'elle ne paroissoit à la première pensée que l'on a eue, et d'abondant que l'esprit de Monsieur le Prince étoit irrésolu et avoit peu de fermeté, il se trouva en telle perplexité, quand le temps arriva de faire ce qu'il avoit promis aux siens, que, s'étant retiré à Saint- Martin* seul, il envoya quérir Barbin et lui dit qu'il étoit en la plus grande peine où il s'étoit jamais trouvé, et qu'il y avoit trois heures qu'il ne cessoit d'épandre des larmes, d'autant que ces princes le pressoient de conclure ou le menaçoient de l'abandonner; ce que, s'ils faisoient, il savoit bien que la Reine le mépriseroit incontinent ; qu'à la vérité, il étoit en un tel état qu'il ne lui restoit plus qu'à ôter le Roi de son trône et se mettre en sa place; que c'étoit trop, mais aussi que d'être abaissé jusques au mépris il ne le pouvoit souffrir, joint qu'il voyoit les affaires à un tel point et une si grande conjuration de tous les princes contre le Roi, qu'il ne croyoit pas, quand même il se mettroit du parti de S. M. , qu'il fût le plus fort.
Barbin lui répondit que sa qualité et sa naissance le garantissoient d'être méprisé, que la Reine lui avoit témoigné l'estime qu'elle faisoit de lui, qu'elle auroit toujours volonté de lui augmenter plutôt que de diminuer sa puissance ; quant au parti du Roi, qu'il n'étoit point si foible qu'il s'imaginoit, que tous ceux qu'il pensoit être liés avec les princes ne l'étoient pas, que le seul nom de roi étoit extrêmement puissant, que tout ce qu'on entreprendroit contre son autorité seroit un feu de paille qui ne dureroit point.