‹ MémoiresChapitre 31 sur 172 · On remarquera que cette longue phrase reste en suspens · texte numérisé non relu

On remarquera que cette longue phrase reste en suspens

2. Quelques Mémoires racontent cette anecdote d'une manière différente et assez vraisemblable. S'il faut les en croire, dans un repas auquel assistait le prince de Condé avec ses affidés, on apporta un billet de Barbin : Le Coigneux, après l'avoir lu, donna au signataire le sobriquet de Barabbas ; et Condé, trouvant la plaisanterie bonne, ajouta : Erat autein Barabbas latro. Le mot fut répété plusieurs fois pendant le repas et rapporté aussitôt après à Barbin. Plusieurs personnes s'efforcèrent de persuader à la Reine que c'était un mot de ralliement qui cachait les intentions les plus criminelles. Voyez Histoire des princes de la maison de Condé, par le duc d'Auraale, t. TIT, p. 78.

qu'elle n'en pût douter, par M. de Guise, M*"^ de Longueville, les ducs de Sully et de Rohan de ce qui se machine; l'archevêque de Bourges même S qui étoit le principal instrument de Monsieur le Prince, lui avoit déclaré tout ce qu'il en savoit ; et tous ces avis qu'elle recevoit de toutes parts aboutissant à ce point que le dessein des conjurés est de la mettre en un monastère, pour, ayant ôté au Roi sa protection et sa défense, s'emparer de son esprit et de sa personne pour la faire agir à leur mode^ et se cantonner par toutes les provinces du royaume, nonobstant toutes leurs belles paroles qui, ne sonnant autre chose que le service de S. M. et le bien de l'État, prétextes accoutumés en toutes les guerres civiles, n'ont pour fin que la ruine de l'un et de l'autre, elle crut qu'elle manqueroit au Roi et à soi-même, et seroit plus coupable que les coupables de sa perte, si elle n'y apportoit promptement l'unique remède qui lui restoit pour dissiper ce grand corps de rébellion, qui étoit d'arrêter Monsieur le Prince, qui en étoit le chef, et, avec lui, ceux qu'elle pourroit des principaux d'entre eux. Elle communiqua son dessein au maréchal de Thémines^, sur lequel elle jeta les yeux, à cause de sa fidélité et de son courage, pour l'assister en l'exécution d'icelui. Il n'eut pas plus tôt connoissance du dessein de la

1. Voyez pour ce passage, qui commence par « La Reine jugeant », la note de la page 66.

2. Les neuf mots qui vont suivre ont été ajoutés après coup par Sancy sur le manuscrit B.

3. Pons de Lauzières (1553-1627), marquis de Thémines, sénéchal du Quercy, maréchal de France en 1616, gouverneur de Bretagne en 1627.

Reine qu'il ne s'y portât fort franchement. S. M. le choisit parce que plusieurs fois le feu Roi son seigneur, qui prenoit plaisir à l'instruire des diverses humeurs des seigneurs de son royaume, lui avoit dit qu'il étoit homme à ne reconnoître jamais que le caractère de la royauté , ce qu'il témoigna bien en cette occasion qui devoit sembler fort périlleuse, non seulement à cause de la qualité de Monsieur le Prince, mais principalement à raison du grand nombre de princes et de seigneurs qui étoient de son parti. Mais^, s'il servit bien, aussi crut-il bien l'avoir fait ; car depuis il ne put être content, quelques récompenses qu'il eût reçues de la Reine. Elle le fît maréchal de France, lui donna comptant cent et tant de mille écus, fit son fils aîné^ capitaine de ses gardes, donna à Lauzières^, son second fils, la charge de premier écuyer de Monsieur, et avec tout cela il crioit et se plaignoit encore; tant les hommes vendent cher le peu de bien qui est en eux et font peu d'estime des bienfaits qu'ils reçoivent de leurs maîtres.

Barbin, qui étoit et celui qui avoit le plus animé la Reine à ce conseil et le principal conducteur de cette affaire, lui demanda de la part de la Reine combien de gens il avoit dont il se pût assurer en un effet si important. Il leur dit qu'il avoit ses deux fils et sept

1. Toute la fin de ce paragraphe a été ajoutée en marge dans le manuscrit B.

2. Antoine de Lauzières, comte de Thémines, fils de Pons, marquis de Thémines, et de Catherine Ebrard de Saint-Sulpice, tué au siège de Montauban en 1621.

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