Le cardinal Ubaldini : tome I, p
3. Comparez ce que les Mémoires d'Estrées disent (p. 414) du rôle de M. de Thiange dans cette affaire.
Cependant le Roi et Monsieur étoient avec la Reine dans son cabinet. S. M. étoit peu auparavant entrée dans sa chambre et avoit parlé aux gentilshommes qui assistoient les sieurs de Thémines et d'Elbène, les assurant qu'il se souviendroit du service qu'ils lui rendoient cette journée-là. Saint-Géran vint à demander à parler à LL. MM., et leur dit qu'il venoit de rencontrer sur le pont Notre-Dame M. de Bouillon qui se retiroit en grande diligence dans un carrosse à six chevaux, avec nombre de cavalerie qui avoient tous le pistolet, et que M. de la Trémoïlle^ galopoit après lui. Il ne l'avoit pas vu; mais on lui avoit rapporté qu'on l'avoit vu passer : car le duc de Bouillon, ne voulant pas aller au Lou^Te et faire la faute qu'il voyoit bien que Monsieur le Prince commettoit, avoit pris occasion d'aller dès le matin à Charenton, avec bon nombre de ses amis et quelques soldats de ses gardes 2.
On vint aussi dire à LL. MM. que M. de Mayenne s'étoit retiré; ce qui n'étoit toutefois pas; car il ne partit de plus d'une heure après. Néanmoins, cela fut cause qu'on n'attendit pas davantage, croyant qu'ils ne viendroient pas.
Au sortir du Conseil, Thiange se jeta à l'oreille de Monsieur le Prince et lui dit ce qu'il avoit charge de M. de Mayenne, et qu'il n'avoit pu lui dire plus tôt
1. Henri de la Trémoïlle (1599-1674), duc de Thouars, prince de Talmont, fils aîné de Claude et de Charlotte-Brabantine de Nassau. Il était protestant et se joignit peu après au parti des Princes.
2. Les mêmes détails sont donnés dans les Mémoires cl'Estrées, p. 414.
parce qu'il n'étoit arrivé que lorsque le Conseil étoit déjà cominencé. Monsieur le Prince pâlit entièrement à cette nouvelle et lui dit que, si on avoit quelque dessein contre lui, il n'y avoit plus moyen de s'en garantir, et continua son chemin par la salle basse des Suisses, pour gagner le petit degré et monter en la chambre de la Reine, pour entrer au conseil des affaires qui se tenoit d'ordinaire à onze heures. Il trouva à la porte deux gardes du corps, dont il s'étonna, et crut alors assurément, mais trop tard, ce qu'il ne s' étoit pas jusque-là voulu persuader'. Dès qu'il fut entré, il demanda plusieurs fois le Roi et la Reine, qui étoient là auprès, en un lieu qui pour lors servoit de cabinet à la Reine. LL. MM., sachant qu'il étoit venu, et croyant que tous les autres étoient évadés, estimèrent qu'il ne falloit plus différer davantage et commandèrent au sieur de Thémines de l'arrêter, ce qu'il fît sans aucune résistance de la part de Monsieur le Prince, qui étoit tout seul ; seulement fît-il quelque peu de refus de donner son épée et appela M. de Rohan, qu'il vit là, et [qui] demeura muet sans lui répondre.
Gomme on le menoit en la chambre qu'on lui avoit préparée, il aperçut d'Elbène, et, le voyant avec quelques-uns de ses compagnons, tous la pertuisane en la main, il dit qu'il étoit mort ; mais l'autre lui répondit qu'ils n'avoient nul commandement de lui méfaire et qu'ils étoient gentilshommes^.
2. On lit dans le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 199 : « Entrant dans la salle préparée pour le mettre et voyant d'Elbène (qu'il n'airaoit pas) avec tant de gens, la hallebarde au poing, il dit : « Hélas ! je suis mort ! » Il eut lors une
Il ne fut pas plus tôt arrêté qu'il lut su^ par toute la ville; car on fit incontinent sortir tout le monde du Louvre^. Les premières nouvelles en furent portées aux princes de son parti par ceux qui y étoient intéressés, dont les uns se retirèrent chez M. de Guise, les autres chez le duc de Mayenne, qui ne faisoit que de retourner de chez le nonce, qu'il étoit allé visiter. Le marquis de Gœuvres fut le premier qui y arriva. Peu après, Argencourt^ le vint trouver de la part de M. de Guise, qui, n'ayant point eu avis de ce dessein du Roi, craignoit d'y être enveloppé avec les autres, auxquels le péril commun le sembloit obliger de se tenir uni, et lui envoyant demander s'il vouloit qu'il l'allàt trouver, ou s'il lui feroit l'honneur de passer par l'hôtel de Guise*, pour prendre ensemble une même résolution. Le duc de Mayenne, qui avoit avec lui cent ou deux cents gentilshommes, lui manda qu'il l'attendit et qu'ils passeroient tous incontinent chez lui.
Dès que le marquis de Gœuvres lui eut porté la nouvelle, trois ou quatre gentilshommes partirent pour en aller avertir le duc de Bouillon, qui étoit allé à Gharenton, et, sans perdre temps, reprit droit le
grande appréhension de mourir, laquelle ledit sieur d'Elbène calma en lui disant que tous ceux qu'il voyoit étoient gentilshommes et non pas des meurtriers, lesquels n'avoient autre commandement du Roi que de le veiller et garder. »