‹ MémoiresChapitre 35 sur 172 · Var. : Que cela fut su (H · texte numérisé non relu

Var. : Que cela fut su (H

2. Voyez le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 200 : « On fît aussi sortir tous ceux qui étoient dans la cour du Louvre. »

3. Pierre Conty, seigneur d'Argencourt, fut lieutenant du gouvernement de Montpellier, maréchal de camp en 1637, lieutenant général en 1653 et mourut en 1655.

4. L'hôtel de Guise, devenu en 1697 l'hôtel Soubise, est actuellement le palais des Archives nationales.

chemin de la porte Saint- Antoine et envoya Ghambray * à M. de Mayenne le prier de lui vouloir venir dire un mot à deux cents pas de ladite porte où il l'attendoit. M. de Mayenne y alla tout à l'heure et lui dit qu'il avoit prié M. de Guise de l'attendre chez lui. Ils se résolurent de l'aller trouver tous deux, en dessein d'amasser avec lui tout ce qu'ils pourroient de noblesse de leurs amis et se faire voir par les rues de Paris, essayant d'émouvoir le peuple et y faire des secondes barricades. Mais, comme ils furent sur le point d'entrer dans la ville, ils considèrent qu'ils ne se pourroient facilement rendre maîtres de la porte Saint- Antoine, pour, si leur dessein manquoit, avoir la retraite libre, et que la porte du Temple^ étoit plus aisée et à s'en saisir et à la garder. S'y étant acheminés, Argencourt les y vint trouver de la part de M. de Guise pour les en empêcher et leur dire que M. de PrasUn l' étoit venu trouver de la part de LL. MM., pour lui commander de les venir trouver, dont néanmoins il s'excuseroit, et échapperoit, s'il pouvoit, dès le soir même, pour les aller trouver à Soissons, qu'il jugeoit devoir être le lieu de leur retraite.

Gette nouvelle refroidit toute la compagnie, qui crut pis de M. de Guise qu'il n'y en avoit, et, se voyant divisés, n'osèrent entrer dans la ville, mais prirent le

1. Louis de PierrebufiBère, seigneur de Chambray, combattit à Ivry avec Henri IV. Il était gouverneur de Saint- Yrieix-la- Perche et lieutenant général en Limousin.

2. Il était en effet difficile de s'emparer de la porte Saint- Antoine dominée par la Bastille. La porte du Temple était située à l'extrémité de la rue du Temple, à peu près à l'emplacement actuel de la caserne du Château-d'Eau.

chemin de Bondy, envoyèrent à Paris pour savoir ce qui s'y passoit, et particulièrement de M. de Vendôme ; mandèrent au cordonnier Picard qu'ils étoient prêts d'entrer dans la ville avec cinq cents chevaux, et que, de son côté, il essayât de les assister, émouvant le plus de peuple qu'il pourroit*.

Incontinent après que Monsieur le Prince fut arrêté, une grande foule de noblesse vint au Louvre pour se montrer et donner assurance de sa fidélité; tel le faisant sincèrement, tel avec intention et désir tout contraires ; mais il n'y en avoit pas un qui n'approuvât ce que S. M. avoit fait; beaucoup même témoignoient envier la fortune du sieur de Thémines, qui avoit eu le bonheur d'être employé en cette entreprise ; mais, en effet, la cour étoit si corrompue pour lors, qu'à peine s'en fût-il trouvé un autre capable de sauver l'État par sa fidélité et son courage.

Le duc de Guise, ni le cardinal^ son frère, n'y osèrent venir, mais y envoyèrent le prince de Joinville^, pour faire bonne mine et découvrir s'ils étoient ou non de ceux qu'on devoit arrêter. Il ne manqua de donner de grandes assurances à LL. MM. de ses frères

1. Les iWéwoi/'es reproduisent ici assez exactement le récit des Mémoires d'Estrées qui suit l'arrestation de Condé (éd. Michaud, p. 414 et 415).

2. Louis III de Lorraine (1575-1621), cardinal-diacre en 1615, archevêque de Reims. Il épousa en secret Charlotte des Essarts, l'une des maîtresses de Henri IV, et en laissa cinq enfants. Richelieu donne ce mariage clandestin comme un fait certain [Mémoires, éd. Petitot, t. II, p. 134).

3. Claude de Lorraine (1578-1657), fils de Henri de Lorraine, duc de Guise, et de Catherine de Clèves, prince de Joinville, et duc de Chevreuse en 1612 ; il épousa la veuve du duc de Lu} nés,

et de lui. La Reine, assez grave de son naturel et peu caressante, et alors encore lassée de la presse qui étoit au Louvre et de la chaleur qu'elle causoit, lui répondit peu de chose et lui fit assez froid. Ce qui lui ayant été remontré et que cela peut-être leur donneroit l'alarme, elle fit appeler M. de PrasUn, qu'elle sa voit être des amis pai^ticuliers dudit duc de Guise, et lui commanda de l'aller trouver et l'assurer, lui et ses frères, que le Roi avoit confiance en eux et les estimoit ses fidèles serviteurs ^ Cet envoi tint le duc de Guise en son irrésolution ordinaire et l'empêcha de prendre déterminément parti avec les autres princes et les laisser venir chez lui, où il eût fallu lier la partie avec eux, qu'il eût bien voulu laisser agir sans y paroître. Mais ce qu'il leur manda les empêcha de pousser plus avant le dessein qu'ils avoient d'entrer dans Paris, où, s'ils fussent venus, il y a beaucoup d'apparence qu'ils eussent pu chaudement émouvoir le peuple qui ne manquoit que de chef et de quelqu'un qui osât commencer le premier.

iVP"® la princesse de Condé la mère^ eut bien le

la favorite d'Anne d'Autriche, célèbre par ses intrigues pendant le règne de Louis XIII et la minorité de Louis XIV. Depuis 1612, il avait le titre de duc de Chevreuse ; les Mémoires le désigneront ainsi dans la suite.

1. On lit dans le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 204, ces lignes qui ont dû servir à la rédaction de ce passage : « Le duc de Guise envoya M. le prince de Joinville vers Leurs Majestés pour en apprendre la cause [de l'arrestation de Condé]. On vit peu après le sieur de Praslin de la part du Roi aller du Louvre à l'hôtel de Guise et retourner au Louvre. »

2. Charlotte-Catherine de la Trémoïlle, seconde femme du prince Henri I", qui l'avait épousée le 16 mars 1586; elle mourut en août 1629.

cœur de sortir de sa maison et de s'en aller jusques sur le pont Notre-Dame, criant partout aux armes, et que le maréchal d'Ancre avoit fait tuer le prince de Gondé son fils. Chacun l'écoutoit avec étonnement et pitié ; mais, comme elle étoit seule, elle ne les encourageoit pas à ce qu'ils eussent bien désiré s'ils eussent été assistés. Le cordonnier Picard, excité par ce que lui avoient mandé les princes, fit seul quelque effet et commença une émotion en son quartier; mais, pour ce qu'il n'y avoit aucun homme de qualité pour conduire cette multitude de peuple confuse, l'orage qu'il émut ne tomba que sur la maison du maréchal d'Ancre^ et celle de son secrétaire Corbinelli-, qui,

1. L'hôtel du maréchal d'Ancre était situé rue de Tournon. — Il n'est pas certain que le pillage fut une conséquence de l'émeute excitée par ce Picard, qui habitait rue de la Harpe. Arnauld d'Andilly et le Mercure françois attribuent l'idée du pillage à « quelques-uns des domestiques et de la suite du prince de Condé » qui avaient animé des maçons et manœuvres occupés à construire près de là le palais du Luxembourg. Le Mercure françois rapporte, comme les Mémoires^ que la mère du prince de Condé alla jusque sur le pont Notre-Dame avec l'intention de « faire émouvoir le peuple. Ce que firent aussi quelques gentilshommes, des domestiques du dit sieur Prince qui crioient : « Aux armes, Messieurs de Paris, le maré- « chai d'Ancre a fait tuer M. le prince de Condé, premier « prince du sang! Aux armes, bons François ! Aux armes ! »

2. Raphaël Corbinelli, d'origine florentine, était venu en France, en 1597, à l'âge de quinze ans. Il était entré au service de M. d'Attichy, intendant de Marie de Médicis, et resta quinze ans sous ses ordres; puis il devint en 1612 secrétaire de Léonora Galigaï et quitta son service en juin 1616, s'il faut l'en croire. Au moment où sa maison fut pillée, il n'était donc plus secrétaire de la dame d'atours. Il redeviendra plus tard secrétaire de la Reine. Sa demeure était située à deux maisons près

avec une extraordinaire furie, furent pillées sans qu'il y restât que les pierres et le bois, le pillage continuant encore le lendemain tout le jour, outre que le bon ordre qui fut mis dans Paris modéra le feu en la plupart des esprits judicieux; cai\ premièrement, elle [la Reine] fit donner avis au Parlement de ce qui s'étoit passé, envoya quelques seigneurs de la part du Roi par les rues de la ville pour empêcher le désordre et fit désabuser le peuple par le lieutenant civil, leur mandant que Monsieur le Prince étoit en sûreté, qu'on ne lui avoit point fait de mal et qu'on s'étoit seulement assuré de sa personne pour quelques raisons nécessaires qu'ils sauroient par après*.

Mais, nonobstant que M. de Guise n'eût pas voulu que MM. de Mayenne et de Bouillon le fussent venus trouver en sa maison pour suivre leur dessein, il ne s'assura néanmoins pas tant dans Paris qu'il n'en sortît dès le jour même et ne s'en allât à Soissons, avec telle diligence qu'il y arriva le premier d'eux tous^.

On crut à la cour que le sieur de Praslin avoit fait un office tout au contraire de celui qu'on lui avoit commandé, et l'avoit conseillé de se retirer, au lieu de lui donner des assurances de la part de LL. MM., étant indigné de ce qu'on s'étoit plutôt fié en M. de

de l'hôtel du maréchal d'Ancre [Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 201 et suivantes, et Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 205).

1. Les Mémoires contiennent plus de développement sur le pillage de l'hôtel de Concini que les Mémoires d'Estrées. Mais on retrouve, éparses çà et là dans le récit, des phrases de ce dernier : voyez p. 415.

2. Le Journal d'Arnauld d'Andilly donne ce même détail, p. 203.

Thémines pour prendre Monsieur le Prince qu'à lui. Et ce qui donna plus de fondement à cette créance fut, outre la malice ordinaire des courtisans où il y a peu de fidélité, que MM. de Guise partirent incontinent après qu'il leur eut parlé et que M""'' de Guise, mère et femme, et la princesse de Gonti, assuroient qu'ils ne s'étoient retirés que sur la crainte qu'on leur avoit donnée qu'il y avoit dessein contre eux, et quelqu'une d'elles dit à Barbin qu'elle lui nommeroit un jour celui qui leur avoit donné le conseil de s'éloigner, et qu'il l'eût cru de tout autre plutôt que de celui-là ^ .

M. de Vendôme s'étoit esquivé dès auparavant. On dit à la Reine, dès que Monsieur le Prince fut arrêté, qu'il étoit chez lui, où il faisoit quelque assemblée. Saint-Géran étoit un de ceux qui le lui dirent et quelques autres encore qui étoient de ses plus confidents, lesquels- s'offrirent eux-mêmes à s'aller saisir de sa personne. On leur en donna la commission; mais il les prévint, sortit par une porte de derrière et s'en alla en diligence. On le poursuivit quelque peu; mais, l'envie qu'il avoit de se sauver étant plus grande que n'étoit pas à le prendre celle de ceux qu'on y avoit

1. Le Mercu?'e français, t. IV, année 1616, p. 204, dit, en parlant des allées et venues de Praslin du Louvre à l'hôtel de Guise, qu' « on ne savoit à quoi tendoient toutes ces choses, ni pourquoi, sinon que, sur les quatre heures du soir, lesdits duc et prince suivirent leur cousin, le duc de Mayenne, sortirent de Paris, allèrent passer à Soissons, d'où ils se rendirent en leur maison de Marchais par Liesse ».

2. Lesquels a été ajouté par Sancy en interligne sur le manuscrit B.

envoyés, ils ne le purent attraper ; il gagna Verneuilau-Perche^ place qui étoit entre ses mains, et de là passa à la Fère~. Quelques-uns soupçonnèrent qu'au même temps que Saint-Géran, qui fut envoyé pour le prendre, investissoit le devant de sa maison, il le fit avertir de sortir par un autre côté^.

Il fut le seul après qui la Reine envoya, ayant cru que MM. du Maine et de Bouillon s'étoient sauvés trop tôt pour pouvoir être atteints. Et quant à M. de Guise, comme elle n'avoit eu aucun dessein de le faire arrêter, elle ne l'eut aussi de le faire poursuivre, tant parce qu'il avoit été de ceux qui avoient découvert le péril où étoient LL. MM., que parce qu'elle ne se vouloit pas attaquer à tant de gens, et qu'elle et le Conseil connoissoient bien que, si la légèreté de ce prince l'avoit rendu capable de prêter l'oreille aux mauvais desseins des autres, cette même raison empêcheroit qu'il ne pût demeurer dans leur union, joint que ses intérêts, dont la plupart des grands sont fort curieux, se trouvoient à servir le Roi.

1. Verneuil, chef-lieu de canton du département de l'Eure, à 40 kil. sud-ouest d'E\Teux.

2. La Fère, chef-lieu de canton du département de l'Aisne, à 24 kil. nord-ouest de Laon.

3. Voici ce que rapporte le Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 200, de la fuite du duc de Vendôme : « Ceux qui allèrent pour se saisir de M. de Vendôme trouvèrent qu'en venant au Louvre il avoit été averti et s'étoit sauvé par le derrière de l'hôtel de Mercœur, qui est au faubourg Saint- Honoré, tenant le chemin de la Fère (ville qui lui appartient comme bien patrimonial de la maison de Vendôme), et ce en telle diligence que ceux qui le poursuivirent ne purent l'atteindre. »

Madame la Comtesse^ fit aussi sortir son fils-, et ainsi la cour se trouva vide de beaucoup de grands et le Roi presque sans aucun prince auprès de lui.

Rochefort, favori de Monsieur le Prince, s'en alla à Chinon et y mena Le Menillet^ pour s'y enfermer avec ceux qu'il pourroit amasser des serviteurs de Monsieur le Prince et défendre cette place contre le Roi. Les huguenots de Sancerre prirent cette occasion de se saisir de leur château, dans lequel, depuis quelques années, le comte de Sancerre^ étoit rentré par le moyen du curé et des catholiques, et le gardèrent depuis avec permission du Roi, qui ne leur voulut pas donner prétexte de se soulever contre son service pour cela. Ceux de la Rochelle se saisirent de Rochefort-sur- Charente; mais le duc d'Épernon amassa aussitôt des troupes et mit garnison dans Surgères et Tonnay - Charente ^ , pour arrêter leurs mauvais desseins^.

Mais, pour retourner à Monsieur le Prince, que nous

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