Louis de Bourbon : tome I, p
3. Peut-être est-ce ce « gentilhomme de Champagne, nommé Menillet, capitaine dans un régiment de gens de pied », sur lequel Tallemant des Réaux raconte une anecdote assez verte (t. V, p. 210).
4. Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, grand échanson de France, chevalier des ordres du Roi, mort en
5. Ce sont actuellement deux chefs-lieux de canton du département de la Charente-Inférieure, arrondissement de Rochefort.
6. Voyez, au sujet de ces difficultés entre les habitants de la Rochelle et le duc d'Epernon, le Mercure francois, t. IV,
avons laissé entre les mains de M. de Thémines, qui le mena en la chambre qui lui avoit été préparée pour le garder, il fît difficulté de manger quand l'heure de dîner fut venue, et demanda que les siens lui apprêtassent ses viandes, ce qui lui fut accordé. Le sieur de Luynes lui fut envoyé de la part du Roi, pour le consoler et l'assurer qu'il recevroit tout bon traitement ; la Reine mère lui envoya aussi un autre de sa part*. Il fit telle instance de voir Barbin que la Reine lui commanda d'y aller. Dès qu'il le vit, il lui parla de plusieurs choses tout à la fois, tant il étoit hors de lui et transporté de passions différentes, qui aboutissoient néanmoins au désir de sa liberté. Il lui demanda si M. de Bouillon étoit pris; et, sachant qu'il ne l'étoit pas, il dit plusieurs fois qu'on avoit tort de ne l'avoir pas arrêté et qu'en vingt-quatre heures il lui eût fait trancher la tête; soit qu'ayant été cause de le mettre en cet état, le regret du mal qu'il en avoit reçu le portât à en parler ainsi ; soit que la malice de la nature de l'homme se fît voir en ses paroles, laquelle fait que nous voudrions que tout le monde pérît pour nous et que nous portons envie à ceux qui ne sont pas participants à notre mal.
Il le pria en même temps de supplier la Reine de le mettre en liberté, et la maréchale de se jeter à ses pieds pour l'obtenir : tant les grands croient que tout leur est dû, quelque mauvais traitement qu'ils fassent
année 1616, p. 272-303, que les Mémoires ont pu utiliser. Voyez aussi Arcère, Histoire de la ville de la Roc/ielle, p. 143 et suivantes.
1. Le sieur de la Motte, d'après le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 205.
aux hommes, et que leurs offenses ne désobligent point.
Il lui dit que, si on lui pensoit faire son procès, il ne répondroit point; et, une autre fois encore qu'il désira parler à lui, il lui répéta la même chose; mais, que, si la Reine lui vouloit faire donner parole de sa délivrance par le maréchal d'Ancre et le sieur de Thémines, il découvriroit toutes les cabales que lui et ceux de son parti avoient faites contre le Roi : ce qui ne témoignoit pas tant de générosité et de courage qu'une personne de sa condition devoit avoir.
La Reine fit une réponse sage et digne d'elle : qu'elle n'en vouloit pas apprendre davantage qu'elle en savoit et qu'elle aimoit mieux oublier le passé que de s'en rafraîchir la mémoire ^
Il dit une autre fois au maréchal de Thémines, qui le rapporta à la Reine, qu'elle ne l'avoit prévenu que de trois jours et que, si elle eût attendu davantage, le Roi n'auroit plus la couronne sur la tète : ce qui, dit en l'état auquel il se trouvoit, témoignoit assez l'audace qu'il avoit conçue en celui auquel il étoit auparavant et les pernicieux desseins qu'avoient ceux
1. Le Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 204 et 205, est très sobre de détails. On y lit : « Le sieur de Thémines, ses fils et d'Elbène entretenoient Monsieur le Prince. On lui demanda s'il vouloit manger, il le refusa, et enfin dit qu'il ne mangeroit point si ses officiers ne lui en apportoient. On le contenta sur cela; on lui fit venir un des siens qui, sans sortir, le servoit des viandes que ses officiers lui apprêtoient et apportoient à la porte de la chambre. Le sieur de Luynes le fut voir de la part du Roi et le sieur de la Motte de la part de la Reine mère. Il demanda si le maréchal de Bouillon étoit pris et dit plusieurs choses de lui. »
de son parti. Et toutes ces paroles ensemble montroient les diverses passions qui agitent l'esprit des grands, quand ils se voient réduits en une extrémité à laquelle ils ne s'étoient pas attendus, et le peu de générosité qu'ont en leur adversité ceux qui n'ont pas eu la force de se contenir, quand ils ont été en meilleure fortune.
Le même jour qu'il fut pris', les sieurs du Vair, garde des sceaux, Villeroy et le président Jeannin vinrent trouver la Reine, où se trouva M. de Sully, et lui dirent que les choses étoient en telle extrémité, que l'État s'en alloit perdu si elle ne faisoit relâcher Monsieur le Prince; soit qu'ils parlassent ainsi par inexpérience, comme le sieur du Vair, ou par la timidité naturelle de leur esprit, comme le sieur de Villeroy, qui a voit toujours gouverné de sorte que, cédant aux orages, il s'étoit plutôt laissé conduire aux affaires qu'il ne les avoit conduites; ou, pour ce qu'ils affectionnoient les princes, comme le président Jeannin, qui espéroit toujours bien d'un chacun et croyoit qu'il pouvoit être ramené à son devoir. M, de Sully, violent et peu considéré, le feu de l'esprit duquel ne s'appliquoit qu'au présent, sans rappeler le passé, ni considérer de bien loin- l'avenir, ajouta à ce que les autres avoient dit que quiconque avoit donné ce mauvais conseil à la Reine avoit perdu l'État. La Reine, animée de se voir reprise d'une chose qu'elle avoit résolue et
1. Arnauld d'Andilly [Journal, p. 206-208), qui rapporte ces mêmes détails, dit que le Conseil où se produisirent ces discussions eut lieu le 3 septembre.
2. Les mots de bien loin ont été substitués par Sancy au mot beaucoup sur le manuscrit B.
exécutée après une si mûre délibération, lui répondit qu'elle s'étonnoit qu'il lui osât parler ainsi, et qu'il falloit bien qu'il eût perdu l'esprit, puisqu'il ne se souvenoit plus de ce qu'il avoit dit au Roi et à elle il n'y avoit que trois jours^, dont il resta si confus qu'il se retira incontinent, au grand étonnement de tous les seigneurs qui étoient là présents. Sa femme-, puis après, essaya de l'excuser, disant que le transport de crainte dans lequel il étoit lui avoit fait parler ainsi, d'autant qu'on lui venoit de dire présentement que ces princes et seigneurs du parti de Monsieur le Prince étoient résolus de le faire tuer, le croyant être auteur de l'arrêt dudit sieur le Prince, par les avis qu'il avoit donnés de leurs desseins.
La Reine, assurée par autres de ses serviteurs èsquels elle avoit confiance, et par la grande foule de noblesse qu'elle voyoit venir au Louvre faire protestation de leur fidèle service au Roi, ne pensa pas à changer de dessein, mais seulement aux moyens convenables pour affermir celui qu'elle avoit pris, et remédier à tous les inconvénients qui en pourroient survenir.
Elle fit changer Monsieur le Prince de chambre et le fit mettre dans une plus assurée et grillée, dans le