‹ MémoiresChapitre 41 sur 172 · Ci-dessus, p. 43 et suivantes · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 43 et suivantes

nouvelle de la prise de Monsieur le Prince, et non seulement s'arrêta, mais eut bien l'audace d'écrire au Roi, sur ce sujet, des lettres* qui étoient bien au delà du respect que lui et autres plus relevés que lui dévoient à S. M. La Reine dissimula pour lors le mécontentement qu'elle en devoit recevoir; mais, néanmoins, voyant sa mauvaise volonté, donna ordre qu'on ne le reçût en aucune des villes fortes de son gouvernement. Ensuite de quoi, voulant entrer dans Ghâlons^ avec dessein de s'en saisir, on lui en ferma les portes, dont il fut tellement outré de déplaisir que, sans plus de retenue, il se déclara^ tout ouvertement et manda aux princes assemblés à Soissons qu'il vouloit être des leurs*.

Cependant les députés du Roi arrivèrent à Villers- Gotterets"' et, n'ayant pas charge d'aller jusques à

1. On trouve dans le Mercure francois, t. IV, année 1616, p. 249 et suiv., le texte de la lettre écrite à cette occasion par le duc de Nevers au Roi. Il y en a une copie dans le volume 770 du fonds France des archives des Affaires étrangères, fol. 181.

2. Il semble qu'il y ait ici une erreur. L'entrée de la ville de Châlons fut refusée au duc de Nevers avant qu'il eût écrit au Roi, et c'est précisément cette mesure qui le porta à donner un pareil éclat à son mécontentement : voyez Mercure francois, t. IV, année 1616, p. 249-250, et Journal cV Arnauld d'Andilly, p. 213-214.

3. La première version, corrigée après coup par Sancy sur le manuscrit B, était : outré de déplaisir quil n'eut pas de crainte de se déclarer.

4. Les six derniers paragraphes ont certainement été rédigés à l'aide des Mémoires d'Estrées, p. 416.

5. Villers-Cotterets, chef-lieu de canton du département de l'Aisne, au sud-ouest de Soissons.

iOO MÉMOIRES [1616]

Soissons, convinrent, avec les princes, d'une ferme nommée Gravançon*, distante d'une lieue de Soissons, où ils se trouvèrent ensemble la première fois.

Ils commencèrent par essayer de détacher tout à fait M. de Guise d'avec eux, croyant qu'ils en auroient plus aisément la raison des autres. Le sieur de Champvallon, comme ayant charge des affaires et résidant pour le service de M. de Lorraine auprès de S. M., avoit beaucoup de crédit en son esprit ; mais le secrétaire du duc de Montéléon^, ambassadeur d'Espagne, y en eut davantage pour le persuader, lui faisant entendre, de la part de son maître, qu'il se rendoit caution de la parole qu'on lui donneroit, sachant bien qu'il lui étoit difficile de prendre assurance sur celle du mai^échal d'Ancre^, lequel étoit bien averti de ce qu'avec les autres il avoit tramé contre lui.

A toutes ces choses aidoit bien l'armée du Roi qui étoit forte et avancée auprès de Villers-Gotterets et prête à les mettre en état de ne pouvoir plus longtemps contester, ni prétendre de recevoir de grands avantages. Ils proposèrent néanmoins beaucoup d'articles, plus pour la forme et faire bonne mine, que pour espérance de les obtenir ; mais ce qu'ils recher-

1. La ferme de Cravançon était située à environ deux lieues au sud-ouest de Soissons sur la route de Villers-Cotterets. Ces mêmes détails sont donnés dans les Mémoires d'Estrées, p. 416 et 417.

2. Hector Pignatelli (1574-1622), duc de Monteleone, fils de Camille Pignatelli et de Hiéronyme Colonna, grand d'Espagne en 1613.

3. Le scribe du manuscrit B, que Sanc}- a corrigé, avait mis : qu'il lui étoit difficile de la prendre de celle du maréchal d'Ancre.

chèrent le plus fut de n'être point obligés de tout l'hiver d'aller à la cour et d'avoir du Roi de quoi entretenir leurs garnisons*.

Ils demandoient que le traité de Loudun fût entretenu^; que les sièges mis devant le château de Chinon et la tour de Bourges fussent levés, et ceux qui commandoient dans lesdites places maintenus en leurs charges; que les garnisons des places du duc de Mayenne fussent augmentées de deux cents hommes de pied; que le paiement de ses pensions, garnisons, compagnies de cavalerie, et autres gratifications qu'il plaisoit à S. M. de lui accorder, fût assigné sur la recette générale de Soissons; qu'on envoyât au duc de Vendôme la commission pour tenir les États en Bretagne; que sa compagnie de chevau-légers servit où il seroit par lui ordonné; qu'il lui fût entretenu cent hommes de pied pour tenir garnison à la Fère; que S. M. fît raser les fortifications de Blavet^ et ôtàt les garnisons des places où elle en avoit envoyé depuis la détention de Monsieur le Prince, et considérât s'il étoit expédient qu'elle tînt sur pied son armée ^.

M. de Guise, qui ne désiroitplus que de retourner

2. Sancy a écrit ce membre de phrase sur le manuscrit B, à la place du suivant : « Ils demandoient que le traité de Loudun fût entretenu, que les garnisons des places du duc de Mayenne fussent augmentées de 200 hommes de pied. » Cette dernière partie de la phrase se retrouve plus loin, ajoutée par Sancy sur le manuscrit.

3. Blavet, aujourd'hui Port-Louis, à l'embouchure du Blavet : tome I, p. 267. La ville tomba entre les mains des Espagnols au temps de la Ligue et fut restituée à la paix de Vervins (1598).

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