Var. : Avec deux mille hommes (M, H
2. Les cinq lignes qui précèdent ont été substituées, dans le manuscrit B, par Sancy aux mots : que si Leurs Majestés venaient en Champagne, il iroit au-devant d'elles avec dix mille hommes.
3. Le sens de ce membre de phrase est peut-être : il n'avait pas en effectif dans ses troupes de quoi garder... Il se peut aussi que le copiste du manuscrit B ait sauté quelques mots.
4. Louis Lefèvre, seigneur de Caumartin (1552-1623), fut conseiller au Parlement, maître des requêtes, conseiller d'Etat, ambassadeur et garde des sceaux.
5. André Le Fèvre, seigneur d'Ormesson (1577-1665), fut successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant à Lyon, conseiller d'Etat et directeur des finances.
les avis des gouverneurs des villes de cette province et protestations qu'ils faisoient, il avisât, en son Conseil, à ce qui étoit à faire pour le bien de son service et le repos de son État.
La chose étant mise en délibération, le garde des sceaux fut d'avis qu'il falloit renvoyer l'affaire au Parlement. M. de Villeroy, quoiqu'il fût soupçonné de favoriser les princes, dit que ce n'étoit point une affaire du Parlement; et, le président Jeannin, donnant un conseil moyen de diviser l'affaire et renvoyer au Parlement la saisie féodale, il lui repartit courageusement que ce seroit mettre un gentilhomme en procès avec un prince pour avoir servi le Roi. Le sieur Mangot, secrétaire d'État, prenant la parole et l'affirmative pour la défense du marquis de la Vieuville, le sieur Barbin lui dit qu'il oublioit une chose, laquelle mettoit tout à fait M. de Nevers en son tort, qui étoit que la saisie féodale n'avoit été faite que plusieurs jours après la prise de sa maison*.
Le garde des sceaux, que l'on voyoit bien qui ne faisoit qu'à regret délibérer de cette affaire et qui montroit dans son visage la peine de son esprit, éclata lors et dit à Barbin qu'il se trompoit s'il pensoit le rendre ministre de ses conseils violents. L'autre lui répondit assez modestement qu'il étoit homme de bien, qu'il disoit son avis, qu'ils étoient tous assemblés pour cela, et qu'il falloit prendre les opinions. A quoi le garde des sceaux dit qu'il n'en feroit rien, jusques à ce qu'il fût avec des gens qui entendissent les
1. Le Mercure français, t. IV, année 1616, p. 306-309, donne des détails semblables sur l'affaire qui mit aux prises le duc de iVevers et le marquis de la Vieuville.
affaires. Barbin se leva et lui dit : « Je suis seul qui peut-être ne les entend pas; tous ces messieurs qui restent ici les entendent, et il y en a plusieurs entre eux qui les entendoient très bien lorsque vous n'en aviez encore jamais ouï parler^. » Et, cela dit, il s'en alla au Louvre, où il raconta ce qui s'étoit passé à LL. MM.^.
Cependant, l'heure du conseil des affaires arrivant, le garde des sceaux*^ vint au Louvre. La Reine lui demande si on avoit vu le procès-verbal de l'exempt et s'il étoit à propos de le lire devant tous les princes et seigneurs qui étoient là. Ledit garde des sceaux n'en étant pas d'opinion, Barbin fit instance qu'on le lût, afin que chacun connût l'insolent procédé du duc de Nevers. Étant lu, il n'y eut personne qui ne le blâmât et qui n'avouât que LL. MM. en dévoient témoigner du ressentiment. La Reine demanda au garde des sceaux ce qui lui en sembloit; il recula un pas en arrière sans rien dire^ : elle, étonnée, le lui redemanda encore jusques à trois fois, sans qu'il lui répondit aux deux suivantes autrement qu'à la première. Ce que le
1. Var. : Tous ces messieurs qui restent ici les entendoient très bien lorsque vous n'en aviez jamais ouï parler (M, H).
2. Pontchartrain, dans ses Mémoires (éd. Michaud, p. 376 et 377), rapporte les faits mentionnés par Richelieu aux pages précédentes. Il paraît improbable que les Mémoires y aient puisé des renseignements ; mais il faut remarquer une certaine concordance entre les deux textes et noter que Pontchartrain est le seul avec Richelieu qui soit entré dans de tels détails au sujet de ces événements.
3. Les mots le garde des sceaux ont été écrits par Sancy sur le manuscrit B en remplacement du mot il.
4. Les gens de robe, sauf le Chancelier, assistaient au Conseil debout.
no IIÉMOIRES [1616]
Roi trouva si mauvais, outre qu'il étoit déjà mécontent de la rudesse de son esprit, de son peu d'expérience dans les affaires, de voir que la plus saine partie du clergé se plaignoit de lui et qu'il étoit en réputation d'être peu affectionné à la religion, que S. M., de son propre mouvement, se porta à dire à la Reine qu'il le falloit éloigner, lui envoya, dès le soir*, redemander les sceaux, et les donna au sieur Mangot, et m'honora de la charge de secrétaire d'Étatque ledit sieur Mangot exerçoit lors. Peu de jours auparavant, j'avois été nommé pour aller en Espagne ambassadeur extraordinaire, pour terminer plusieurs affaires, auxquelles le comte de la Rochefoucauld^ fut désigné après moi. Par mon inclination, je désirois plutôt la continuation de cet emploi, qui n'étoit que pour un temps, que celui la fonction duquel étoit
1. Le 24 novembre 1616 [Mercure françois, t. IV, année 1616, p. 309). Le Roi accorda les sceaux à Mangot par lettres patentes du 25 novembre.
2. La commission nommant l'évêque de Luçon secrétaire d'État portait la date du 30 novembre 1616. Elle a été imprimée dans Aubery, Mémoires pour l'histoire du cardinal de Richelieu, 1. 1, p. 11. Une autre commission, en date du même jour et imprimée dans le même recueil (p. 15), accordait à Richelieu, en sa qualité d'évêque, la préséance sur les autres secrétaires d'État. « Monsieur de Luçon », écrit Pontchartrain [Mémoires, p. 377), « entre en possession de cette charge, avec un grand mépris qu'il fait de tous les autres secrétaires d'Etat, sur lesquels même il se fait expédier lettres de préséance » .
3. François V, comte de la Rochefoucauld : tome I, p. 295. Né en 1588, chevalier des ordres du Roi en 1619, gouverneur du Poitou, reçu au parlement de Paris en 1637 et mort en 1650; il avait épousé en 1611 Gabrielle du Plessis-Liancourt. De cette union naquit l'auteur des Maximes.
ordinaire. Mais, outre qu'il ne m'étoit pas honnêtement permis de délibérer en cette occasion, où la volonté d'une puissance supérieure me paroissoit absolue, j'avoue qu'il y a peu de jeunes gens qui puissent refuser l'éclat d'une charge qui promet faveur et emploi tout ensemble ^ J'acceptai donc ce qui me fut, en ce sujet, proposé par le maréchal d'Ancre^ de la part de la Reine, et ce d'autant plus volontiers que le sieur Barbin, qui étoit mon ami particulier, me sollicitoit et m'y poussoit extraordinairement.
1. Richelieu ii"a fait jusqu'ici aucune allusion à deux autres charges qui venaient de lui être accordées peu de mois auparavant et qui ne lui attribuaient d'ailleurs aucune autorité politique, celles de grand aumônier de la Reine et de conseiller d'Etat. Il avait également reçu du Roi, par brevet du 29 août 1616, une pension de six mille livres [Lettres et papiers d'État, t. I, p. 188-189, et G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, t. II, p. 90 et suiv.). Le silence gardé dans les Mémoires de Richelieu sur ces trois faits, qui, eu 1616, durent avoir cependant une certaine importance à ses yeux, apporte une nouvelle preuve que ces Mémoires durent être rédigés à une époque où le Cardinal, déjà comblé d'honneurs, jugeait inutile de mentionner en détail les premières faveurs qu'il reçut.
2. La part prise par Concini à l'élévation de Richelieu au poste de secrétaire d'Etat est très formellement reconnue par celui-ci dans une lettre qu'il adressa au maréchal au moment même de sa nomination, le 29 novembre 1616 : voyez Avenel, t. I, p. 194. Dans le procès qui fut fait à la mémoire du maréchal d'Ancre et à sa veuve devant le parlement de Paris, cette lettre fut alléguée comme une preuve « de l'usurpation de Conchine sur l'autorité royale et de la destitution faite par les menées dudit Conchine et de sa femme des anciens serviteurs du Roi pourvus des plus grandes et importantes charges, et établissement de nouveaux, contre les formes gardées et observées de tous temps en cet Etat » (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 89).
Incontinent que je fus en cette charge, le maréchal me pressa fort de me défaire de mon évêché, qu'il vouloit donner au sieur du Vair. Mais, considérant les changements qui pouvoient arriver, tant par l'humeur changeante de ce personnage* que par les accidents qui pouvoient arriver à sa fortune, jamais je n'y voulus condescendre, ce dont il eut du mécontentement, quoique sans raison. Je lui représentois qu'il étoit bien raisonnable que, quoiqu'il arrivât, je me trouvasse en l'état que j'étois entré en cette charge, où, ne voulant rien profiter, il étoit plus que juste que je ne me misse en hasard de perdre tout.
Je lui représentois encore que, si je me défaisois de mon évêché, il sembleroit que j'eusse acheté et me fusse acquis l'emploi de la charge où il me mettoit, au prix d'un bénéfice, ce qui ne se pouvoit en conscience, ne seroit pas honorable ni pour lui ni pour moi. Mais toutes ces raisons ne le contentèrent point, et le sieur Barbin, qui étoit plus pratique de son humeur que moi, me dit que, quoique je pusse faire, il ne seroit pas satisfait s'il ne venoit à ses fins, parce que son intention étoit, en me dépouillant de ce que j'avois, me rendre plus nécessairement dépendant de ses volontés. En quoi il me témoigna être véritablement mon ami, en me fortifiant sous main la résolution que j'avois prise de ne me défaire pas de mon évêché.
Quant au sieur du Vair, jamais homme ne vint en cette charge avec plus de réputation et ne s'en
1. Var. : Les mots de ce personnage ont été rayés et remplacés par du maréchal (H).
acquitta avec moins d'estime; si bien que le choix qu'on fit de sa personne ne servit qu'à faire connoître la différence qu'il y a entre les palais* et les cours, entre rendre la justice aux particuliers et la conduite des affaires publiques. Il étoit rude en sa conversation, irrésolu es moindres difficultés et sans sentiment des obligations reçues.
MM. de Bouillon et du Maine avoient un tel pouvoir sur son esprit, qu'il ne pouvoit s'empêcher d'en embrasser ouvertement les intérêts. Un jour il reprocha à la Reine, en leur présence, comme nous avons dit ci-devant-, le peu de confiance qu'elle avoit en eux et que, si elle continuoit ses soupçons, elle leur donneroit occasion de chercher ailleurs leur appui, sans considérer les sujets qu'elle avoit de se défier d'eux, qui n'avoient rien oublié à faire, durant la minorité, pour changer le gouvernement des affaires et décrier sa conduite; qu'ayant redoublé leurs appointements dès le commencement de sa régence, et les ayant gratifiés de pensions excessives, pensant les retenir par leurs intérêts en leur devoir, ils s'étoient servis du bien qu'elle leur avoit fait pour lui faire mal, avoient gagné les uns par argent, les autres par espérance, fait cabales dans la cour, pris les armes à la campagne, perdu le respect qu'ils dévoient à leur souverain, troublé la tranquillité publique; que tous les gens de bien désiroient voir leur insolence châtiée, et cependant, contre leurs vœux, ils avoient profité de la rébellion qui les devoit ruiner, et la Reine avoit