‹ MémoiresChapitre 74 sur 172 · Var. : Ne sachant que répondre (M, H · texte numérisé non relu

Var. : Ne sachant que répondre (M, H

3. La lettre adressée à cet effet, dès le 24 avril, à tous les gouverneurs de provinces, a été imprimée dans le Mercure français, t. IV, année 1617, p. 201.

demeuré demi -heure dans mon logis que j'appris qu'il avoit été arrêté dans l'antichambre du Roi, qu'on lui avoit demandé les sceaux et que, par après, on l'avoit renvoyé chez lui, sans user d'autre rigueur en son endroit. J'appris ensuite que le sieur Barbin avoit des gardes en son logis et que personne ne parloit à lui.

Il avoit appris cette nouvelle sur les onze heures, comme il étoit descendu de son cabinet pour aller au Louvre au conseil des affaires. Des Portes-Baudouin*, secrétaire du Conseil, le vint trouver là et lui dit premièrement qu'il y avoit du bruit au Louvre, et, voyant qu'il s'avançoit pour y aller, lui dit que c'étoit le maréchal d'Ancre qui y avoit été tué ; puis ajouta que c'étoit le Roi qui l'avoit fait faire, pensant par cet avis le détourner d'y aller. Mais il lui dit que, s'il étoit absent de Paris, il y viendroit en poste à cette nouvelle et qu'il n'avoit point fait d'actions qui demandassent les ténèbres, et, en parlant ainsi, s'avança vers le Louvre. Mais, voyant qu'il n'y pou voit entrer à cause que la porte étoit fermée, il entra chez le premier écuyer de la Reine, où j'ai dit que je l'avois trouvé, et ne voulut pas retourner chez lui, quoique ledit Des Portes l'en pressât, pour mettre ordre à ses papiers; à quoi il répondit qu'il avoit servi le Roi de sorte qu'il vouloit que non seulement on vît ses papiers, mais son cœur. Quelqu'un lui vint dire alors qu'il y avoit un carrosse à six chevaux de l'autre côté

1. Pierre Baudouin, dit Des Portes-Baudouin, secrétaire des finances en 1595, puis du conseil d Etat le 18 juillet 1617, remplaça Déageant comme intendant des finances en mai 1618 et quitta cette place en 1627.

de l'eau qui l'attendoit pour remmener où il voudroit; mais il fit réponse qu'il ne vouloit aller autre part qu'au Louvre; et, se voulant mettre en état d'y aller à son tour, un exempt des gardes du corps vint avec des archers et le ramena chez lui^ où il vit incontinent entrer deux commissaires pour saisir ses papiers, savoir est Gastille^, intendant des finances, et Aubery, maître des requêtes et président du Grand Conseil^, dont l'un ne sa voit point le pouvoir de l'autre. Ils entrèrent en contestation dès la porte du logis et se donnèrent quelques coups de poing à qui entreroit le premier, soit d'affection qu'ils avoient à faire leur charge ou par la vanité de leur rang. Ils trouvèrent force lettres du maréchal d'Ancre, bien éloignées du style qu'ils pensoient, et d'autres papiers, desquels ils n'y a voit aucun qui servît à leur dessein, mais au contraire étoient tous à l'honneur dudit Barbin.

Incontinent après que le maréchal fut tué, M. de Vitry alla à la chambre de la maréchale, qui étoit proche de celle de la Reine, l'arrêta prisonnière et se saisit de tout ce qu'elle avoit dans la chambre, or, argent,

1. « Le capitaine Bourgongne, exempt des gardes, vint dire à M. Barbin qu'il avoit commandement du Roi de le mener en son logis. Il ne s'est jamais vu plus grandes insolences que celles dont on usa envers M. Barbin » [Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 293).

2. Pierre Jeannin de Castille (1581-1629), sieur de Blancbuisson, conseiller au Grand Conseil (1601), grand rapporteur en la Chancellerie (1604), maître des requêtes ordinaire de l'hôtel (1611), ambassadeur en Suisse (1611-1616), conseiller d'État, contrôleur général et intendant des finances (1616-1622).

3. Jean Aubery, reçu maître des requêtes le 16 février 1607, (ut fait conseiller d'État en 1621.

bagues et meubles. Elle portoit sur elle les bagues de la couronne, tant elle étoit en crainte perpétuelle qu'il lui arrivât quelque désastre, qu'elle ne pensoit pas être en sûreté si elle n'avoit sur soi des trésors pour se racheter. Elle ne pou voit porter néanmoins ceux-là sans faute; car, outre qu'elle sembloit se les vouloir approprier, les choses de cette nature doivent toujours être gardées en un lieu stable et sûr et non sur une personne où elles couroient plusieurs sortes de hasards.

Le maréchal de Vitry se saisit desdites bagues et mena ladite maréchale en la même chambre où Monsieur le Prince avoit été mis prisonnier. A l'instant même, on envoya aussi au logis dudit maréchal se saisir de ses meubles et papiers; mais, le plus de bien qu'il avoit, fut trouvé sur sa personne, ayant sur lui des promesses pour dix-neuf cent mille livres. Une partie de sa maison fut pillée, et entre les autres la chambre du fils^ dudit maréchal, que ledit sieur de Vitry mit en la garde de quelques soldats jusques à ce que le Roi en eût ordonné. Son père le faisoit appeler comte de la Pêne, qui est une bonne maison d'Italie, de laquelle il disoit être descendu. G'étoit un jeune garçon de douze ans, bien nourri, qui promettoit quelque chose de bon et qui méritoit une meilleure fortune; car, quant à sa fîlle^, dont nous avons tant parlé es années précédentes, de laquelle il espéroit faire une grande alliance, elle étoit morte quelque temps auparavant^. Dieu, ayant pitié de l'infirmité de

Page 1