‹ MémoiresChapitre 76 sur 172 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

principalement^ ayant volonté de suivre la piste du maréchal d'Ancre ; l'insolence duquel parut bientôt après avoir plutôt changé de sujet, passant dudit maréchal en lui, que non pas cessé d'être, la taverne, comme dit peu après le maréchal de Bouillon, étant toujours demeurée la même, n'y ayant eu autre changement que de bouchon.

On a parlé diversement de ce conseil qu'il donna au Roi : les uns le louant comme un conseil extrême en un mal extrême et l'estimant juste, nonobstant qu'il soit contre les formes, à cause que toutes les lois et les formes de la justice résidant comme en leur source en la personne du Roi, il les peut changer et en dispenser comme il lui plaît, selon qu'il le juge à propos pour le bien de l'État et la sûreté de sa personne, en laquelle tout le public est contenu. Mais cette opinion n'est guère dissemblable à celle du flatteur Anaxarque^, qui disoit à Alexandre qu'on peignoit la justice et l'équité aux deux côtés de Jupiter^, pour montrer que tout ce que les rois vouloient étoit juste, et à celle des conseillers de Perse à leur roi barbare, auquel ils dirent qu'il n'y avoit point de lois qui permissent un inceste qu'il vouloit commettre, mais bien y en avoit-il une par laquelle il étoit permis aux rois de faire ce qu'ils vouloient. Mais elle est bien

1. Le moi principalement a été ajouté sur le manuscrit B par Charpentier.

2. Philosophe grec, disciple de Démocrite, qui accompagna Alexandre en Asie.

3. Le copiste du manuscrit B avait écrit : aux deux côtés de justice. Ce non-sens a été coi^igé par Charpentier qui a remplacé le dernier mot par Jupiter.

éloignée et de tout ce que les hommes sages de l'antiquité ont dit que les actions des rois ne sont pas justes pour ce qu'ils les font, mais pour ce que leur vie étant l'exemplaire de leurs peuples, ils la règlent selon la justice et l'équité, et, pour bien commander aux hommes qui leur sont sujets, obéissent à la raison, qui est un rayon ou une impression que nous avons de la divinité, et à la loi de Jésus-Christ, qui nous enseigne que Dieu est le roi primitif et les rois ne sont que les ministres de son royaume, de l'administration duquel ils lui doivent rendre compte et être jugés de lui avec plus de rigueur et de sévérité que ne seront pas les peuples qui leur sont sujets; joint qu'il étoit aussi aisé au Roi de le faire prendre prisonnier dans le Louvre qu'il lui avoit été d'y faire arrêter Monsieur le Prince, qui avoit toute la cour et tout le peuple et tous les parlements en sa faveur, ce que celui-ci n'avoit pas; joint que la Reine sa mère, qui, de longtemps, avoit volonté de le renvoyer en Italie, eût tenu à grande faveur du Roi qu'il l'y eût renvoyé s'il eût été arrêté prisonnier. Et, partant, ce fut un conseil précipité, injuste et de mauvais exemple, indigne de la majesté royale et de la vertu du Roi, qui n'eut point aussi de part en cette action ; car il commanda simplement qu'on l'arrêtât prisonnier et qu'on ne lui méfit point, si ce n'étoit qu'il mît le premier la main aux armes, de sorte qu'on ne le pût arrêter qu'en le blessant.

Dès le jour même, je fis savoir à la Reine par Roger \ son valet de chambre, la douleur que je res-

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