Vnr. : De donner à Liivnes (H
les moins sérieuses étoient suspectes. Il a voit accoutumé de s'entretenir avec Luynes chez la concierge des Tuileries et dans un lieu dérobé où eux seuls faisoient le nombre des espions et des traîtres; il y reprend les mêmes assignations avec lui, y porte le même visage, mais un cœur fort différent; lui donne, pour augmenter sa confiance, des avis importants à sa réputation et à l'établissement de sa fortune. Gomme il vit son esprit assuré et hors de soupçon qu'il eût aucun sentiment de l'offense qu'il avoit reçue, il fait provision d'un cheval, qu'il recouvre par l'entremise de Breauté* et de Montpinçon^, achète une épée, large de quatre doigts et fort courte, pour qu'il la pût aisément cacher sous la soutane, résolu de lui ôter la vie au lieu même où la mort du maréchal avoit été conclue.
Son dessein étant en état d'être exécuté, afin que
1. Ce personnage est peut-être Adrien-Pierre de Breauté, seigneur de Neville, vicomte de Hotot, baron de Cany, né en 1599, premier écuyer de la reine Marie de Médicis, tué devant Breda en octobre 1624; ou encore l'oncle de ce dernier, Adrien de Breauté, qui passa en Hollande en 1600 et mourut en 1658. Il avait épousé en 1603 Françoise de Roncherolles.
2. On trouve sur ce personnage la note suivante à la Bibliothèque nationale, Cabinet des titres, Dossier bleu 430 : « Charles Martel, seigneur de Montpinçon, Béville, Hanouart, etc., sage et vaillant et très savant en toutes les belles sciences, mestre de camp pour Monsieur le Prince au voyage de Bayonne, négocia la paix du Pont-de-Cé avec l'évêque de Luçon; affectionné de M. d'Orléans, moyenna son premier mariage. Le cardinal de Richelieu l'ayant, par jalousie, fait mettre à la Bastille, le roi le tira quatre mois après. Il épousa, en octobre 1628, Alphonsine de Balsac, dame de Champsemé et Courfatou en Brie, mourut cinq ans trois mois après et gît à Champsemé. »
la Reine lui siit {^ré de ce service, il désira de lui faire entendre qu'il ne s'étoit porté à cette extrémité que pour la compassion de la misère où elle étoit réduite. Pour cet effet, il s'adresse et se découvre au sieur de Bressieux, premier écuyer de S. M., gentilhomme de bonne maison, et que souvent il avoit sondé et oui plaindre son malheur.
Bressieux s'engagea de faire valoir cette action, lui hausse le courage, lui promet une entière assistance; mais, au lieu de lui tenir promesse, s'imaginant qu'il avoit en main une occasion de faire sa fortune, il en avertit le sieur de Luynes, qui lui en témoigna telle obligation qu'il appréhendoit n'avoir pas assez de puissance pour reconnoître dignement cet office.
C'est le style des Provençaux d'être faciles à promettre et difficiles à tenir ; mais, sur les preuves que Luynes a données de son infidélité, on peut dire que sa personne l'a enchéri au dessus de sa nation. Luynes consulte cette affaire avec Déageant et autres personnes intéressées en son établissement ; le résultat de la conférence fut de le faire mourir^ en changeant l'espèce de son crime.
A même temps, il est pris et accusé d'avoir attenté sur la vie de la Reine ^, prétexte honorable pour se défaire d'un dangereux ennemi, pour apaiser le peuple irrité des inhumanités commises contre les vivants et