Var. : Fut de faire mourir Travail (H
2. Déageant, dans ses Mémoires, p. 73-74, accuse nettement Travail d'avoir voulu faire empoisonner la Reine mère et parle également du rôle joué par Bressieux dans cette intrigue. Mais il ne fait aucune allusion au projet prêté ici à Travail d'attenter à la vie de Luynes.
les morts, et qui donnoit à connoître qu'on n'en vouloit pas au gouvernement de la Reine, mais à ceux qui, au préjudice de l'État, avoient abusé de sa bonté et de sa patience.
Luynes et Bressieux, contre la vérité et leur conscience, s'offrirent à servir de témoins contre lui, tous deux pour leur intérêt, l'un pour la sûreté de sa vie, l'autre sur la croyance qu'il eut que, pour la perte d'une personne, il en acquerroit deux, les bonnes grâces du favori et celles de sa maîtresse.
Sur le sang de ce misérable, à l'exemple des païens qui juroient leur alliance sur les victimes, ces Messieurs se protestèrent une éternelle fidélité. Luynes disposoit entièrement de l'esprit du Roi, Bressieux prétendoit se rendre maître de celui de sa maîtresse, et tous deux, par une commune correspondance, se jouer de la fortune de cet État.
Il seroit difficile d'exprimer les sentiments de cette princesse affligée quand elle apprit qu'un de ceux qui avoient contribué à sa ruine l'avoit voulu délivrer; qu'un de ses domestiques, par sa perfidie, en avoit empêché l'effet; que son ennemi capital avoit abusé du respect de son nom pour venger ses querelles propres et particulières. On ne peut douter qu'elle n'eût reçu avec plaisir la liberté dont elle étoit privée, mais la recevoir d'une si mauvaise main n'eut pas peu modéré sa joie ; elle n'avoit pu voir sans étonnement que trois personnes de peu eussent été cause de sa chute ; mais qu'un de ses serviteurs l'ait empêchée de se relever, elle ne le put ouir sans une extrême douleur.
La mort du Ti^avail, vu le mal qu'il lui avoit fait,
ne pouvoit être qu'agréable à une <^rande princesse et Italienne, offensée jusques au point qu'elle étoit; mais, quand elle sut qu'il étoit mort pour l'avenir et non pour le passé, par vengeance et non par justice, qu'elle en étoit le prétexte et Luynes le sujet, elle cessa de s'en réjouir et ne put souffrir sans regret que son nom eût servi à une si mauvaise cause. Mais il y a des temps où tout conspire à augmenter le mal et diminuer le plaisir des remèdes, où la fortune commence et ne peut achever son ouvrage, où, si on donne quelque espérance de liberté, c'est pour rendre la prison plus amère.
Ce misérable avoit fait profession des armes et étoit huguenot en sa jeunesse; depuis, s'étant rendu catholique, il se fît capucin, où l'austérité de la religion n'ayant pas eu la force de dompter la rudesse de son esprit, que le feu de la première ferveur avoit amolli durant le temps du noviciat, il commença à leur faire tant de peine qu'ils* furent obligés d'en venir aux remèdes de la sévérité, par lesquels effarouché et aigri encore davantage, il s'en alla à Rome, l'an 1 607, faire des plaintes de ses supérieurs à Sa Sainteté, où, ayant le cardinal Monopoli ^ contraire, pour ce qu'il aimoit la religion des capucins, de laquelle il avoit été tiré et promu au cardinalat, il fit des accusations atroces contre lui-même à Sa Sainteté et les soutenoit avec tant d'impudence que ce bon prélat, qui mourut en même temps, fut jugé en être mort de regret. Il obtint enfin de Sa Sainteté absolution de son vœu et