‹ MémoiresChapitre 95 sur 172 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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tant toujours quelque petit présent et permettant même, à ce que l'on disoit, qu'un seigneur Andréa, Napolitain, qui étoit à lui, demeurât avec elle pour la réjouir de la musique de sa voix et de ses instruments ^ Mais enfin il cessa de la voir plus que tort rarement, lorsque tant de fâcheuses humeurs de sa femme lui donnèrent lieu de prendre crédit de soimême en l'esprit de la Reine, dont elle pensa désespérer et vint à tel point de fureur vers lui, et lui vers elle, qu'ils ne se parloient plus qu'avec imprécations mutuelles : pronostics secrets du malheur prochain qui leur de voit arriver.

Heureux- et l'un et l'autre s'ils eussent vécu en l'amour et en la confiance qu'ils se dévoient, et que ou le

1. Cet Andréa n'est autre qu'André de Lizza, abbé de Hautefontaine et de Livry. Né dans le royaume de Naples en 1579, il vint en France en 1608 avec le cardinal du Perron, dont il était aumônier depuis Tannée 1606 environ. En 1612, il entra au service de la Galigaï qui appréciait particulièrement sa voix et son talent de joueur de luth. Il lui servait d'aumônier et s'entretenait avec elle de longues heures. Lors de son procès, on accusa la maréchale d'avoir employé ces entretiens à faire de la magie. Depuis le début de l'année 1616 environ, Lizza était comme intendant des biens de la maréchale. En juin 1616, étant tombé malade, il se retira à son abbaye de Livry. L'année suivante, en juillet, il fut traduit devant l'official et accusé de sodomie; le tribunal l'acquitta.

2. Le passage est très abrégé dans les manuscrits M et H et ainsi rédigé : « Heureux et l'un et l'autre s'ils eussent vécu en l'amour et en la confiance qu'ils se dévoient et qu'ils ne se fussent pas laissé emporter à la passion de leur effrénée ambition qui enfin les a plongés dans le dernier malheur. On croyoit voir finir la persécution avec la vie de cette misérable, mais comme il est malaisé de modérer une puissance injustement acquise, etc.. »

mari eût, par une déférence bienséante, déféré aux conseils de sa femme lorsqu'elle lui faisoit dire qu'il levoit trop de voiles pour un si petit vaisseau, et se fût résolu de descendre de ce haut ciel de faveur où il étoit élevé, en une sphère plus basse et y fournir la carrière de sa fortune en restreignant sa course en des cercles de moindre grandeur, ou qu'elle, de sa part, interprétant avec simplicité les désirs de son mari et n'y prévoyant pas à l'avenir de mauvais desseins contre elle, eût consenti que sa nièce eût épousé Luynes', attachant par cette ancre sacrée sa fortune flottante dans le port de salut.

Mais Dieu, qui vit qu'au lieu du service de leur maîtresse leur seul intérêt les conduisoit en toutes choses, voulut que ce même intérêt d'un chacun d'eux en particulier fût enfin cause de la perte du bien commun et de la vie de tous les deux.

On croyoit que la persécution devoit finir avec la vie de cette pauvre misérable; mais, comme il est malaisé de modérer une puissance injustement acquise, elle n'est pas si tôt morte qu'elle passe de la servante à la maîtresse.

La nouvelle de sa mort donna une grande affliction à la Reine qui étoit à Blois, et du mal qu'on faisoit à la favorite on jugeoit bien qu'on ne faisoit pas passer dans l'esprit du Roi la maîtresse pour exempte de manquement.

Tous les autres serviteurs qui lui restoient à la cour, ou, pour mieux dire, ceux qui avoient fait profession de l'être et qui ne parloient pas maintenant contre elle

1. Ci-dessus, p. 175, il est parlé déjà de ce projet de mariage.

assez imprudemment, rece voient tous, chacun à leur condition, peu favorable traitement. De sorte que, s'il y avoit autrefois presse à mendier ses bienfaits, il y en avoit maintenant davantage à dénier qu'on en eût reçu; et si quelqu'un, touché de compassion du changement qu'on voyoit en elle, làchoit quelque parole à son avantage, le bruit n'en venoit pas si tôt aux oreilles de ceux qui la craignoient qu'ils imputoient tels sentiments à crime et l'accusoient de ne pas approuver les actions du Roi, donnant ainsi à entendre qu'elle gagnoit par faction et cabale secrète les langues et les cœurs des personnes qui se portoient à la plaindre par raison.

Au sortir de Paris, je l'accompagnai, recevant plus de consolation en la part que je prenois en son affliction que je n'en eusse pu recevoir en la communication que ses ennemis me voulurent faire de leurs biens. J'en voulus avoir une permission expresse du Roi par écrit, de peur qu'ils me rendissent puis après coupable de l'avoir suivie et soutinssent que je l'avois fait de mon mouvement^. Je savois bien l'épineuse

1. Le Roi manda à Richelieu, par lettre de Paris, du 6 mai 1617, contresignée par Loménie a que la Reine sa mère lui ayant fait entendre le désir qu'elle a que ledit sieur de Luçon l'accompagne à Blois, il sera bien aise qu'il parte et se tienne près d'elle, s'assurant tellement en sa probité et affection que là et partout ailleurs il le servira en homme de bien et comme un bon et fidèle sujet et serviteur ». Ce passage est tiré d'un « Extrait des lettres du Roi à Monsieur de Luçon » écrit par Charpentier et utilisé par les Mémoires (Aff. étr., France 771, fol. 338). La lettre originale de Louis XIII est conservée dans le vol. 244 du fonds France aux Affaires étrangères, fol. 1. Richelieu a mis au dos : « Portant commandement d'aller à Blois. »

charge que ce m'étoit de demeurer auprès de la Reine ; mais j'espérois me conduire avec tant de candeur et de sincérité que je dissiperois toutes les ténèbres de la malice conjurée contre moi; et, pour m'aider à y parvenir, je conseillai incontinent à la Reine d'envoyer quérir le P. Suffren^ personnage de grande piété et de simplicité, éloigné de menées et d'artifices, et qui n'en laisseroit pas prendre la pensée seulement à la Reine jusques à l'extrême nécessité. Le bon Père néanmoins ne vint pas trop tôt, comme il avoit été mandé, mais seulement quelques mois après.

Je ne manquai point aussi, dès que nous fûmes arrivés à Blois, en donnant avis au sieur de Luynes^, de lui mander que je prévoyois assurément qu'il auroit tout contentement d'elle et que ses actions n'auroient autre but que le bien des affaires de S. M.; que la mémoire des choses passées n'a plus de lieu en son esprit et que je n'eusse pas cru que si peu de temps l'eût entièrement guérie comme elle étoit^. Puis, de

1. Le jésuite Jean Suffren ou Souffran (1565-1641), né à Salon (Bouches-du-Rhône), fut, à partir de 1615, confesseur de la reine Marie de Médicis, puis confesseur du Roi et publia divers ouvrages de piété, dont le plus connu est l'Année chrétienne en six volumes in-4°, imprimé en 1641.

2. La lettre par laquelle Richelieu donnait cet avis à Luynes était du 8 mai 1617; elle a été analysée par Avenel, t. VU, p. 927.

3. Le volume 771 du fonds France des Affaires étrangères (fol. 385 et 386) contient un document de la main de Charpentier, au dos duquel Sancy a écrit le mot « Employé » et intitulé : « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon à M. de Luynes. » Ces extraits ont été utilisés pour les Mémoires. Ainsi, le début de ce paragraphe est emprunté à un extrait d'une lettre de Richelieu à Luynes, écrite de Blois, le 8 mai : « Il lui

temps en temps, je lui rendois un compte exact des actions de la Reine ^ afin qu'il ne lui pût rester aucun doute qui le fit entrer en soupçon.

La Reine, m'ayant fait chef de son Conseil^, je ne voulus pas accepter cette charge sans l'en avertir et en avoir permission du Roi, assurant S. M., et le sieur de Luynes particulièrement, que toutes mes actions feroient connoître que l'envie et la rage de tous ceux qui me traversoient ne peuvent en rien altérer un homme de bien comme j'étois ; que si Dieu m'a donné quelque esprit, il ne doit pas m'être imputé à crime, en usant bien, comme les bons et les mé-

donne avis... qu'il prévoit assurément qu'il auroit tout contentement d'elle et que ses actions n'auront autre but que le bien des affaires de S. M., que la mémoire des choses passées n'a plus de lieu en son esprit et que je n'eusse pas cru que si peu de temps l'eût entièrement guérie comme elle étoit. » Les corrections de style ont été faites par Sancy sur l'extrait. On entrevoit par cet exemple le mode de travail, adopté quelquefois pour la rédaction des Mémoires; dans le cas présent, il semble que Charpentier ait été chargé de faire des résumés ou des extraits des pièces destinées à être employées dans les Mémoires. Peut-être, d'ailleurs, n'a-t-il écrit ces extraits que sous la dictée. Sancy aurait choisi les passages intéressants et y aurait apporté les modifications nécessaires. Il faut aussi remarquer entre le document utilisé et le texte des Mémoires des différences d'un autre ordre, que nous avons déjà signalées. Ainsi, on lit sur l'extrait écrit par Charpentier : « Il lui donne avis qu'il prévoit ». Les Mémoires disent « que je prévoyois ».

1. On trouve dans Avenel, t. VII, p. 386 et suiv., plusieurs des lettres que Richelieu adressa à Luynes à cet effet.

2. Dans une lettre écrite vers le 10 mai 1617, Richelieu témoigna à Luynes sa reconnaissance de ce que le Roi avait agréé sa nomination de chef du conseil de la Reine mère (Avenel, t. VII, p. 386).

chants seront contraints par mes actions de le reconnoître.

J'appelai M. de la Curée à témoin si je ne lui avois pas dit qu'ayant à honneur de servir la Reine, je n'accepterois aucune charge que le Roi ne l'agréât, ce (jue ledit sieur de Luynes voyoit maintenant par effet ; que, s'il considéroit mon procédé par lui-même et non dans les artifices des personnes mal affectionnées, il ne me condamneroit pas^ ; que les actions de la Reine étoient toutes si saintes que, s'il arrivoit quelque mauvais événement en sa conduite, il le faudroit attribuer, non à elle, mais à ceux à qui elle a quelque créance; que j'étois sûr que le Roi auroit contentement de ses actions et de ceux qui sont auprès d'elle ; que, pour mon particulier, je ne désirois autre chose, sinon qu'on ne prît point l'ombre pour le corps, et qu'ouvrant les yeux pour voir clairement quelles sont les actions de S. M. et de ceux qui, en servant le Roi, la servent, on ferme l'oreille à tous mauvais rapports^.

Mais toutes ces précautions ne purent empêcher les

1. Le paragraphe précédent et le début de celui-ci sont empruntés au même « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon à M. de Luynes ». Les lettres à la marge, indiquant le commencement et la fin d'un passage destiné aux Mémoires, s'y trouvent bien. Sancy a corrigé le passage emprunté.

2. Ce passage des Mémoires, depuis « que les actions de la Reine », est tii^é d'un « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon à des particuliers », écrit par Charpentier (Affaires étrangères, France 771, fol. 337). Certaines parties en ont été corrigées par Sancy. Ce feuillet porta, au temps de Richelieu, d'abord le n» 1 d'une pagination ancienne, puis le n" 103. Avenel a analysé cette lettre dont Charpentier a écrit l'extrait (t. VII, p. 927).

effets de leur mauvaise volonté contre moi, d'autant que le défaut de sincérité n'étoit pas ce qu'ils craignoient en moi ; ce qui les travailloit étoit leur propre crime et ce qu'ils craignoient étoit le peu d'esprit que Dieu m'avoit donné. Je recevois par toutes leurs lettres des nouvelles des avis qu'on donnoit, disoientils, au Roi contre moi; ils me mandoient qu'à toute heure ils avoient les oreilles battues de ne se pouvoir pas assurer en moi, d'autant que j'étois du tout porté à cabaler ' ; que le sieur de Luynes essayoit de faire voir la fausseté de ces beaux avis et faire fermer la bouche aux inventeurs et porteurs de ces bruits, mais qu'il n'en pouvoit venir à bout^; une autre fois, qu'on

1. Ce dernier membre de phrase est tiré de 1' « Extrait des lettres du sieur Déageant à Monsieur de Luçon » écrit par Charpentier et qui porte au dos le mot « Employé » de la main de Sancy (AfF. étr., France 771, fol. 391). La lettre est de Paris, du 10 mai. Elle est conservée en original dans le même volume du fonds France, fol. 112. Voici le passage de 1' « extrait » : « Je ne vous tairai point. Monsieur, qu'à toutes les heures l'on a les oreilles battues de ne se point assurer de la personne à laquelle vous savez que j'ai voué tout service et veut-on persuader qu'elle est du tout portée à cabaler. J'essaye autant qu'il m'est possible à faire voir la vanité de ces beaux avis, en espérance d'en venir à bout, quels artifices que l'on apporte au contraire, pourvu que vos conseils soient suivis par delà. » Certaines expressions de cette phrase se retrouvent, quelques mots plus loin, dans les Mémoires.

2. Ce membre de phrase est emprunté à une autre lettre de Déageant à Richelieu (Paris, 15 mai 1617), résumée dans r « Extrait » écrit par Charpentier, ci-dessus mentionné. L'original porte : a Ce que je vous ai écrit que j'essaierois à dissiper les bruits que l'on faisoit courir contre Luçon, ne s'entendoit en façon quelconque du Roi ni de Luynes ; car, de ce côté-là, je vous assure qu'il n'y reste rien à désirer pour Luçon. Le donneur de celle-ci l'en pourra assurer de bouche, suivant la

a voit avis des brouilleries et menées de plusieurs, sous le nom et en faveur de la Reine, dont le Roi et Luynes ne croyoient rien, mais qu'il falloit que j'y veillasse, de peur que, si cela étoit, il en arrivât du malheur ^ Rref, toutes leurs lettres ne chantoient autre chose.

Je leur mandois que je m'obligeois au Roi, sur ma tête, d'empêcher toutes cabales, menées et monopoles, ou, si je ne pouvois, que je m'engageois non seulement de lui en donner avis, mais du temps pour y apporter remède ; que tout ce que je désirois d'eux étoit qu'ils prissent une entière confiance en moi, comme je l'avois auprès de la Reine, afin que mes

prière que Luynes lui en a faite. Ce que j'ai donc entendu par ma lettre a été que je mettrois peine à faire tout-à-fait fermer la bouche aux inventeurs et porteurs de ces bruits, à quoi j'espère, avec l'aide de Dieu, de parvenir, dans peu de temps, par des moyens que j'ai en main et qui commencent de se pratiquer » (Aff. étr., France 771, fol. 118). — On voit que, dans ses Mémoires, Richelieu prête à Luynes des intentions que Déageant avait seul. Ainsi, Déageant dit pouvoir espérer fermer la bouche en peu de temps à ceux qui colportaient des bruits fâcheux contre Richelieu , et les Mémoires laissent entendre que Luynes s'y efforçait sans y parvenir.

1. Ceci est emprunté à un autre passage de I' a Extrait ». La lettre était du 19 mai 1617 ; voici une partie de 1' « Extrait » : « A toutes heures, l'on a des avis des brouilleries et menées de plusieurs sous le nom et en faveur de la Reine. Quoique l'on die, je soutiens toujours que c'est au désu de la Reine; ce que le Roi et Luynes se persuadent sans ajouter foi à tout ce que l'on rapporte contre la bonne opinion qu'ils en ont conçue. Mais il faut, s'il vous plaît, Monsieur, que Luçon continue à veiller, parce que si l'on ne demeuroit dans les termes que nous avons espérés, il n'en pourroit arriver que malheur... » (AfT. étr., France 771, fol. 123).

ennemis ne me pussent faire aucun mauvais office* ; que j'étois sûr qu'il ne se faisoit ni se feroit rien contre le Roi; que je rendrois ma vie caution de mes paroles; que je ne pouvois empêcher les calomnies, mais que mes actions confirmeront le sieur de Luynes au bon jugement qu'il fait de moi et feront honte à ceux qui, contre leur conscience, tiennent des langages à mon préjudice; que j'étois combattu de toutes parts, mais qu'armé de mon innocence je supportois tout avec patience^; que j'étois bien empêché, ayant à me défendre en divers lieux, présent et absent, de diverses personnes foibles et puissantes; qu'il fâche véritablement à un homme de bien qui n'a autre but devant les yeux que le service de son prince de voir qu'on veuille mettre tous les jours son honneur en compromis; mais [que] ce qui me consoloit étoit que je

1. Le début de ce paragraphe est tiré d'un « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon au sieur Déageant » écrit par Charpentier et au dos duquel Sancy a écrit la mention « Employé » (France 771, fol. 389 et 390). Voici le passage utilisé : « Qu'il [Richelieu] s'oblige au Roi sur sa tête d'empêcher toute cabale, menée et monopole, ou, s'il ne le peut, non seulement il s'oblige à lui en donner avis, mais lui donner temps pour y apporter remède. Que tout ce qu'il désire est que le Roi et M. de Luynes prennent une entière confiance en lui comme il l'a auprès de la Reine, afin que ses ennemis ne lui puissent faire aucun mauvais ofiice. « La minute de la lettre dont nous donnons cet extrait de Charpentier est au même volume du fonds France des Affaires étrangères, fol. 293; elle est en partie chiffrée.

2. Passage tiré de 1' « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon à M. de Luynes » par Charpentier (Ibid., fol. 385). La lettre est du 8 juin. Le texte établi par Charpentier a été corrigé par Sancy; la lettre a été publiée par Avenel, t. VII, p. 399.

savois l'opinion que S. M. et le sieur de Luynes ont de moi, et que j'étois sûr que la fin couronnera l'œuvre; que la créance qu'il avoit plu à la Reine prendre en moi m'avoit donné des envieux et des ennemis; que les intentions qu'on savoit que j'avois, toutes portées au service du Roi, m'en donnent d'autres, y ayant force gens qui voudroient avoir l'honneur que j'avois par la confiance de la Reine pour en user autrement que je ne ferai jamais, quoiqu'il leur fût impossible, l'esprit -de S. M. étant tellement retenu dans les bornes du contentement et du service du Roi que nul ne sauroit le porter à en sortir'.

La maréchale envoya à la Reine le capitaine Benche, qui avoit été autrefois à son mari ; mais la crainte que l'on eut de déplaire à ces Messieurs fit que S. M. ne fit point de réponse. Depuis, le duc de Montéléon désira que l'ambassadeur de l'Empereur, qui avoit vu le Roi, vît la Reine à Blois, et en écrivit sur ce sujet; la Reine, pour s'en exempter, fit la malade et ne le vit point^.

Mais toutes ces choses ne les contentoient point

1. Toute cette fin du paragraphe, depuis « que j'étois bien empêché », est tirée du même extrait de lettres, corrigé par Sancy (Ibidem, fol. 385 v°). La minute de la lettre, à laquelle cette fin de paragraphe est en partie empruntée, a été écrite par Le Masle, prieur des Roches, qui fut employé par Richelieu comme secrétaire, surtout pendant les pi^emières années de son ministère (Ibid., fol. 310). Voir, dans le fascicule IV des Rappoi'ts et notices^ planche XXV, un fac-similé de l'écriture de Le Masle.

2. Ce paragraphe est tiré de 1' « Extrait des lettres de Monsieur de Luçon au sieur Déageant » déjà cité (Ibid., fol. 389). Les passages des minutes des lettres utilisées sont aux fol. 293 et 296 du même volume 771 du fonds France.

encore ; à quelque prix que ce fût, ils ne me vouloient point voir auprès de cette princesse : ils eussent bien désiré m' éloigner d'auprès elle; mais leur timidité et leur inexpérience, qui leur faisoit tout craindre, les empêchoient d'oser prendre résolution de me faire commander par S. M. de m'en retirer. Leur ruse suppléa à leur défaut de hardiesse ; ils firent que quelqu'un donna avis à mon frère qu'on me dépêcheroit bientôt un courrier pour ce sujet. Incontinent il me le mande; je le crus, et, jugeant qu'il m'étoit mieux séant de le prévenir, je demandai congé à la Reine de m'en aller pour quelque temps à Goussay*, qui est un prieuré que j'ai auprès de Mirebeau^, où, dès que je fus arrivé, ils prirent occasion de m' envoyer une lettre du Roi du 15^ juin par laquelle S. M. me témoignoit être bien aise de la résolution que j'avois prise de m'en aller en mon évéché, et que j'y demeurasse, ou en mes bénéfices, jusques à ce que j'eusse autre commandement d'elle^.

1. Coussay, commune du département de la Vienne, canton de Monts. Le prieuré de Coussay valait 4,500 livres.

2. Mirebeau, chef-lieu de canton du département de la Vienne, à vingt-six kilomètres nord-ouest de Poitiers.

3. Il y a ici, sur le manuscrit B, toute une page barrée qu'un copiste avait dû transcrire par erreur. On la retrouve plus loin. On lit dans 1' « Extrait des lettres du Roi à Monsieur de Luçon », écrit par Charpentier, ces mots : « Il [le Roi] lui mande [à Richelieu] qu'ayant appris qu'il s'est retiré d'auprès la Reine et se résout de retourner faire sa charge en son évéché, il lui dépêche un gentilhomme exprès pour lui témoigner combien il agrée sa résolution et qu'il n'ait à partir de son évéché ou autres ses maisons et bénéfices sans autre commandement de lui, bien qu'il ne doute nullement qu'en quelque lieu qu'il soit il ne procure toujours le bien de son service » (Aff. étr., France 771, fol. 338). L'original de cette lettre, datée de Fontainebleau, le 15 juin, est

Je fis réponse (|ue, n'ayant jamais eu ni ne pouvant avoir autre intention que de servir S. M. et obéir à ses commandements, je n'avois rien à répondre à la lettre que S. M. m'avoit fait l'honneur de m'écrire, sinon que j'observerois religieusement ce qui étoit de ses volontés; qu'en quelque part que je fusse, S. M. recevroit des preuves de mon affection et fidélité, n'ayant jamais eu et ne pouvant avoir autre but devant les yeux que son service; que je sa vois bien que quelques-uns tâchoient de lui persuader le contraire, mais que, S. M. daignant considérer mes actions, ils ne viendroient pas à bout de leur dessein; que je croyois qu'en me gouvernant de la façon que j'avois fait, non seulement je demeurerois exempt de blâme en la bouche de tout le monde, mais même que mes actions seroient approuvées de ceux qui me voudroient le moins de bien ; que, n'ayant pas eu, ce bonheur, je

dans le volume France 244, fol. 2. — Avenel, qui a recueilli avec grand soin tous les renseignements relatifs à cet épisode de la vie de Richelieu, donne à ce sujet de minutieux détails dans les Lettres et papiers d'État, t. VU, p. 401 et suivantes. Voici, d'après lui, exactement ce qui était arrivé : une accusation de pratiques séditieuses et de levée de gens de guerre, imputée à Marie de Médicis, qui aurait obéi aux suggestions de l'évêque de Luçon, ayant été lue dans le conseil des dépêches, il fut résolu que l'on conseillei^ait au Roi d'ordonner à Richelieu de se rendre dans son diocèse. Châteauneuf, membre de ce conseil, en avisa le marquis de Richelieu, et celui-ci, sans attendre d'autre éclaircissement ou qu'une résolution fût prise, en avertit l'évêque de Luçon. Celui-ci, ne voulant pas attendre l'effet de la menace, écrivit immédiatement à Luynes qu'il demandait permission à la Reine mère de se retirer en Poitou, et il partit aussitôt. Déageant confirme ces indications dans ses Mémoires (p. 104-105].

tàcherois de l'acquérir, continuant à si bien faire que ceux qui me rendroient de mauvais offices se fermeroient la bouche d'eux-mêmes, suppliant Dieu ne me faire point de miséricorde si j'avois jamais eu aucune pratique ni pensée contraire à son service ^

Dès que la Reine en eut avis, elle dépêcha au Roi l'évêque de Béziers^ et lui manda qu'elle ne pouvoit supporter^ ce dessein qu'elle voyoit qu'on avoit pris de m'éloigner d'auprès d'elle, pour lui faire déplaisir et au préjudice de la permission qui lui avoit été donnée de me retenir, ce dont elle étoit d'autant plus étonnée qu'elle savoit très certainement que, depuis ce temps-là, je ne pou vois lui en avoir donné aucun sujet ; que, soupçonnant ceux qui sont auprès d'elle, c'est vouloir croire qu'il soit possible de lui mettre en l'esprit quelque chose contre le devoir d'une mère envers son fils; que, s'il désire faire paroître qu'il n'ajoute point foi à ces calomnies, elle supplie S. M. de ne lui pas dénier la continuation de la faveur qui lui est faite de me retenir près d'elle ; que c'est une des plus grandes obligations qu'elle lui puisse avoir; car aussi il l'assura que, lui ayant une fois accordé quelque chose, ses ennemis n'auroient pas le pouvoir

1. Ce paragraphe est tiré d'une minute de lettre adressée au Roi par Richelieu le 18 juin 1617 (Aff. étr., France 771, fol. 320- 321). La minute est de la main de Charpentier. Elle a été publiée par Avenel, t. VII, p. 411.

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