Jean de Bonsy : tome I, p
3. « Je mourrai, écrivait la Reine mère à Luynes, plutôt qu'endurer qu'avec la permission que le Roi Monsieur mon fils m'a donnée de le retenir près de moi, que mes ennemis eussent le pouvoir de me faire un si grand affront qui me seroit du tout insupportable » (Avenel, t. VII, p. 404j.
de lui faire des affronts qu'elle aimeroit mieux mourir qu'endurer, et son esprit pourra être en repos, ce qu'elle désire avec telle passion qu'après le bien de son service elle ne souhaite autre chose en ce monde ^. Elle mande quant et quant au sieur de Luynes que cette action lui fait croire qu'on ne se méfie pas de moi, mais d'elle; que c'est faire tort à son intégrité que de s'imaginer qu'elle veuille se servir de moi pour brouiller, vu que, quand elle et moi aurions ce dessein, mon absence y seroit plus propre que ma présence; que, voulant mettre ordre en ses affaires particulières, elle désire se servir de moi, me reconnoissant capable de ce faire et ne voyant rien en moi qui puisse donner de l'ombrage à ceux qui, poussés d'une grande animosité, se veulent forger en l'esprit ces imaginations, quoique en conscience ils reconnoissent le contraire ; quand il seroit vrai que j'aurois de mauvais desseins étant auprès d'elle, sa personne répondroit de mes actions, étant entre les mains du Roi quand il voudroit ; que c'est faire tort à une personne de juger de ses intentions à l'avenir et de l'en punir avant la faute commise ; qu'il ne doit pas préférer l'animosité de quelques particuliers à son contentement, autrement elle auroit occasion de croire qu'elle
1 . Divers extraits des lettres de la Reine mère à Luynes, reproduits dans ce passage des Mémoires, se trouvent, écrits par Charpentier, dans le volume France 771, fol. 393. Au dos du folio figure la mention « Employé » griffonnée par Sanc} . Des extraits ont été également publiés par Avenel, t. VII, p. 404. Les modifications de style qui n'ont été effectuées ni sur ces extraits, écrits au style indirect, ni sur le manuscrit B, ont dû être faites sur un manuscrit intermédiaire qui fait défaut pour la partie des Mémoires allant de 1600 à 1624 et de 1631 à 1638.
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ne pouiToit rien espérer que ce que la pure rigueur de la justice lui donneroit ; que ce lui est un préjugé que, tous les jours, sous de faux donnés-à-entendre, on lui donnera de semblables mécontentements, ce qui la feroit enfin résoudre de supplier le Roi de lui permettre de sortir hors du royaume, pour ne donner sujet de croire qu'elle fît des cabales, comme on la vouloit calomnier; que, puisque le Roi lui fait l'honneur de le croire, il est obligé, en conscience, de lui remontrer qu'il ne doit point craindre de déplaire à quelques particuliers pour donner du contentement à sa mère, qui consiste au repos et tranquillité d'esprit qu'elle désire par-dessus toutes les choses du monde et ne le peut avoir pendant que le Roi continuera de changer si soudainement ce qu'il lui a une fois accordé ; et qu'enfin, s'il ne peut quitter le doute qu'il a que je voulusse brouiller, elle lui répondoit de moi-même, et que la réponse d'une reine étoit suffisante pour un criminel, et que, cependant, puisqu'elle ne m'avoit point renvoyé en ma maison, comme elle voyoit qu'on en vouloit prendre le prétexte, mais m'avoit seulement donné congé pour huit jours, elle m'avoit déjà mandé de la revenir trouver et que le lendemain je serois auprès d'elle ^
Ces lettres si affectionnées et si pleines de raisons ne servirent à autre chose qu'à faire qu'elle ne reçut
1. Tout ce paragraphe est tiré de 1' « Extrait des lettres de la Reine au Roi et à M. de Luynes, touchant le retour de Monsieur de Luçon ». Ces extraits ont été écrits par Charpentier (France 771, fol. 393 et 394), et Sancy en a partiellement préparé quelques passages pour leur entrée dans les Mémoires. Voyez Avenel, t. VII, p. 406 et 407.
pas un refus déterminé de ce qu'elle demandoit, mais seulement un délai, Luynes lui mandant qu'on avoit tant dit de choses au Roi contre moi qu'il ne pouvoit pas si tôt lui faire agréer mon retour; que tous les diables étoient déchaînés, ce n'étoit que médisances atroces, chacun pari oit contre moi ; qu'il n'en croyoit rien, mais que, néanmoins, cela faisoit impression en l'esprit de plusieurs et qu'il falloit lui donner loisir de prendre son temps ^
Il me payoit de semblable monnoie en réponse des lettres^ que je lui écrivois, s'avouoit mon obligé, promettoit de m'assister, se plaignoit des ennemis que j'avois qui me faisoient tout ce mal, disoit être marri de ne pouvoir pas si tôt dissiper ces nuages, promettoit de le faire et de m'envoyer la permission du Roi de retourner. Autant m'en écrivoit Déageant et ceux de sa cabale, et que, dès qu'ils verroient le temps à propos, iP enverroit vers la Reine l'avertir de me demander au Roi; mais surtout qu'il ne falloit pas témoigner dans sa maison qu'elle désirât ardemment me faire retourner; car on feroit contre moi comme on avoit fait jusques alors ^
1. Ce paragraphe est en partie tiré de 1' « Extrait des lettres de M. de Luynes à la Reine et à Monsieur de Luçon », écrit par Charpentier (France 771, fol. 384). Voyez Avenel, t. VII, p. 405.
2. La plupart de ces lettres se trouvent aux archives des Affaires étrangères, France 771, fol. 300 et suivants.