‹ MémoiresChapitre 98 sur 172 · Cet incident est rapporté dans le Mercure français, t. V · texte numérisé non relu

Cet incident est rapporté dans le Mercure français, t. V

Mais, parce que je ne voyois point que de la part de l'Église il fût apporté aucun remède au mal qui se glissoit dans les âmes par la lecture de ce livre pernicieux, dont les huguenots taisoient leur coryphée, se vantant que les catholiques ne s'en pouvoient défendre, j'employai le loisir de ma solitude à y répondre, et le long temps qu'il y avoit que j'étois diverti de l'exercice de ma profession m'y fit travailler avec tant d'ardeur et de courage que dans six semaines j'achevai cet ouvrage*, dont, pour ne rien dire de moi-même, je laisse le jugement à ceux entre les mains desquels il est parvenu-.

Plus cette action me donna de réputation, plus elle me chargea d'envie, et, bien qu'il fût aisé à connoitre par là qu'aucuns desseins de la Reine n'occupoient point mon esprit, mes ennemis ne laissèrent pas néanmoins de le craindre et ne me firent pas donner permission de la retourner trouver.

année 1617, p. 55-57, et l'arrêt du conseil d'État y est donné in extenso, p. 57.

1. Ce livre était intitulé : Les principaux points de la foi de l'Eglise catholique, défendus contre l'écrit adressé au Roi par les quatre ministres de Charenton, jouxte la copie imprimée à Poitiers par Antoine Mesnier; Paris, Denys Moreau, 1618, in-12; voyez Avenel, t. I, p. Lxxn et 552, et VII, p. 413. Pendant son exil, Richelieu écrivit encore un autre ouvrage ayant pour titre : Instruction du chrétien.

2. Richelieu fait allusion à ce travail dans une lettre au Roi dont la minute est dans le volume France 771, fol. 320 : « Sire, je ne manquerai pas d'observer religieusement les commandements de V. M. Je les ai reçus en ce lieu [àCoussay], où, ayant mes livres, j'ai été retenu jusques à présent par un travail que j'ai entrepris contre l'hérésie » (voyez Avenel, t. I, p. 552).

Ce qui étoit plus déplorable en la misère de la Reine, c'est que la plupart de ceux dont elle devoit recevoir plus d'assistance pour les grands biens, charges, dignités et honneurs qu'elle leur avoit départis pendant sa puissance, étoient ceux qui se portoient plus hardiment contre elle, de peur qu'on ne les privât de ce qu'ils tenoient de sa bonté, chose ordinaire aux âmes basses, mais du tout indignes de bon courage.

On la prive de la jouissance d'une partie de son bien : s'il vaque quelque bénéfice, il ne lui est pas permis d'en gratifier un de ses serviteurs ; si quelque capitainerie qui dépende de ses domaines est à donner, celui qu'elle aime le moins est celui qui en est pourvu par les personnes qui la haïssent pour l'avoir offensée.

On fit davantage : on lui envoie le sieur de Roissy * en ma place, introduisant près d'elle des personnes dont on se veut servir à sa ruine, en la place de ses principaux ministres qu'on avoit chassés. Elle ne le veut souffrir; on l'établit, contre son gré, proche d'elle, pour épier toutes ses actions.

Nul n'entre chez elle qu'il n'en veuille avoir connoissance; nul ne lui parle qu'il ne s'enquière du sujet ; si elle a quelque domestique qu'elle affectionne peu, c'est celui qui a part en leur faveur; ceux qu'on estime les plus capables de faire faux bond à leur conscience pour servir aux passions injustes sont ceux qu'on trouve les meilleurs. On ne veut près d'elle que des personnes qui en aient le cœur éloigné; ceux

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