‹ MémoiresChapitre 11 sur 47 · TOMI IV · texte numérisé non relu

TOMI IV

de vieille date qui, à Londres, fréquentait les personnages marquans dévoués à la cause des Bourbons. J'en avais fait la connaissance chez le prince de Condé,où il allait chasser avec M. Quenet, attaché à la maison du prince. Nous nous voyions souvent. Je lui avais déjà procuré, en fait de licences , quelques faveurs par le moyen de M. Beckett , sous-secrétaire d'État , qui mettait à m'obliger l'empressement le plus gracieux pour mieux me faire oublier la persécution dont j'avais été la victime , et dont il avait été plus à portée que tout autre de reconnaître l'injustice : aussi rien n'égala depuis la noblesse de ses procédés à mon égard. Cependant le voyage de Neuchâtel à Londres, en passant par Paris, n'était pas sans danger pour ma fille, et même pour M. Gilles, mon ami, qui l'accompagnait. Il ne pouvait partir de Paris pour Londres sans se présenter à la préfecture de police avec ma fille , pour en obtenir un passe-port. Elle fut interpellée de déclarer si elle était la fille de Fauche-Borel. Mélanie eut la présence d'esprit, toute jeune qu'elle était, de répondre avec assurance , « qu'elle connaissait « M. Fauche-Borel de nom; qu'il était un de ses « parens ; mais qu'elle ne l'avait pas vu depuis « nombre d'années.» M. Piis, qui l'interrogeait, ne voulut pas lui accorder un passe-port , dans la

crainte de se compromettre, tant le nom de Fauche-Borel était réprouvé à la police; mais mon ami Gilles employa un autre moyen , afin de conduire ma fille en Angleterre , pour ainsi dire en fraude.

À l'arrivée de Mélanie , je la plaçai dans une des premières maisons d'éducation de Londres, et je témoignai à M. Gilles toute ma gratitude de ce qu'ayant bien voulu lui servir de père depuis Neuchâtel , il me l'avait ramenée , reconnaissante elle-même de ses attentions et de tous ses soins. Ma fille fit dans son pensionnat la connaissance intime de la belle mademoiselle Délia Tudor, aujourd'hui l'épouse de l'amiral Stuart, aux États- Unis. Leur amitié , malgré l'éloignement, n'a fait que se fortifier : ces deux tendres amies sont mères des plus aimables enfans.

Ne pouvant plus douter de mon extrême désir à l'obliger en toute occasion, M. Gilles m'engagea à employer mon crédit à l'effet de lui procurer une licence complète pour le navire le Jean- Baptiste, appartenant à madame veuve Manchon de Caen, qui avait elle-même obtenu de Napoléon une licence an succès de laquelle mon ami s'intéressait beaucoup. Il me donna l'instruction que, si j'obtenais cette licence, je devais la déposer maison Macculoch et

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Clansie. Je m'adressai encore , à cet effet , à l'excellent M.* Beckett , qui , n'oubliant pas les vexations auxquelles j'avais été en butte, saisit avec empressement l'occasion de me donner un nouveau témoignage d'intérêt de la part de lord Sydmouth. Malgré l'extrême difficulté qu'il y avait à obtenir des licences , qui n'étaient accordées qu'à la plus haute faveur, M. Beckett, en me la remettant, me dit que c'était en témoignage de la satisfaction que le ministère avait éprouvée de mes services; qu'il était bien aise de faire ainsi pour moi une chose agréable et lucrative, et que je devais en tirer parti. En effet, à la Bourse on les vendait à un si haut prix, que j'aurais pu en retirer de quinze cents à deux mille livres sterling; mais ma délicatesse ne me permit pas de la négocier , puisque je l'avais promise à M. Gilles, qui d'ailleurs m'en faisait espérer, en société avec lui, de très gros bénéfices.

Par une intrigue vraiment déloyale, cette licence fut envoyée par la maison Macculoch et Clansie directement à madame Manchon , qui , s'en emparant dans ses intérêts, fit elle seule un bénéfice, m'a-t-on assuré, de douze à quinze cent mille frl La seule maison Bossange lui paya trente mille francs pour le fret d'une partie de librairie que cette maison fit charger sur ce même navire le

Jean-Baptiste. Toutes mes démarches et celles de M. Gilles pour entrer dans notre part de bénéfices n'eurent aucun succès. Je fus la dupe d'une femme ; mais j'avais rempli ma promesse envers mon ami : non seulement je n'eus rien sur cette brillante affaire dont j'avais été redevable à la bienveillance du ministère anglais, mais j'en fus encore pour mes frais de bureau et de poursuite, c'est-à-dire pour la somme de plus de deux cents louis que j'y dépensai en pure perte.

Mais comme l'intérêt particulier ne l'emporta jamais daqs mon esprit ni dans mon cœur sur l'intérêt général , je n'en revins qu'avec plus d'ardeur et de zèle , malgré ce désappointement , à la cause à laquelle je m'étais depuis si long-temps dévoué. Ce qui attirait alors toute l'attention de l'Europe , c'était la guerre d'Espagne et de Portugal. Là une armée anglaise luttait avec honneur et habileté contre les troupes les plus vaillantes de l'univers ; aussi cette grande lutte excitait en Angleterre l'intérêt national au plus haut degré. ,

Au mois d'octobre 1810, lord Wellington, se mettant en retraite devant le général Masséna , avait occupé la forte position de Torrès-Védras , à douze lieues de Lisbonne. Là il tint son adversa> *•« en £chec pendant tout l'hiver , et le brava

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dans des lignes fortifiées d'une manière formidable. Ayant dans sa retraite entièrement dévasté la province de Beira et l'Estramadoure au nord du Tage, brûlé les maisons, entraîné la population et les bestiaux , il attendait en sûreté les effets que devaient produire sur l'armée française une longue disette et une détresse générale. En adoptant ce système , il avait mieux saisi le caractère de Napoléon que celui-ci n'avait discerné le sien. Le grand objet que se proposait le général anglais était de se soutenir en Portugal en dépit d'une invasion menaçante, et d'occuper en même temps une partie considérable des .forces que Napoléon tenait en Espagne, et qui, sans cet obstacle , en auraient achevé la conquête. Wellington avait aussi pour objet d'aguerrir les troupes et les milices portugaises , et d'en former des auxiliaires d'autant plus utiles , qu'ils pouvaient balancer par leur nombre les forces destinées à l'expulser de la Péninsule. Aussi Masséna, ne pouvant ni l'entamer dans ses lignes ni l'attirer en rase campagne , fut réduit à commencer sa retraite d'un pays où ses troupes ne pouvaient plus se maintenir ni combattre avec avantage. Voilà "comment Wellington, après avoir rélevé le drapeau britannique, sauva non seulement le Portugal,. mais l'Espagne. Ainsi éèhoua cette

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campagne de 1810 et de rôtr* entreprise par Napoléon pour chasser du Portugal les auxiliaires de la maison de Bragance , campagne à l'ouverture de laquelle il s'était vanté qu'il planterait ses étendards sur les tours de Lisbonne.

Je jugeai que le temps était venu d'ébranler sa puissance, et, dominé par cette pensée, je rédigeai la note suivante, que. je me proposai de présenter aux ministres de Sa Majesté Britannique.

« Il est avéré que toutes les fois qu'on s'est « adressé à des généraux français au nom et de la « part du Roi on les a toujours trouvés disposés à « servir la cause de la légitimité. Les généraux « Pichegru et Moreau ont donné des preuves de « cette vérité. Le directeur Barras avait aussi fait « faire des propositions au Roi. S'il calcula depuis «sur le retour de Buonaparte d'Egypte, on sait « comment celui-ci trompa ses espérances. Le roi « de Suède fit aussi une tentative auprès du gé- « néral Brune, et il en fat écouté.

«Le généml Macdonald avait envoyé M. Paulet , « son instituteur, au général Pichegru dans l'objet « de ée concerter avec lui sur ce qui pouvait être « fait peu avant la conjuration si mal ourdie du « général Georges , qui compromit les plans et les « projets du général Moreau et de ses amis; ce qui « obligea le général Macdonald à donner sa dé-

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« mission , afin de ne pas se trouver impliqué dans « une affaire où on l'aurait fait figurer en l'accu- « sant d'y avoir trempé , d'après les lettres que lui a et Barthélémy adressaient à Londres au général « Pichegru , et qui furent saisies sur l'abbé Da- « vid , arrêté à Calais , ce que les pièces justifient « complètement.

« D'après la connaissance de ces faits , Macdo- « nald ayant pris de nouveaiuun grand comman- « dément en Espagne , sans doute de l'avis et sur « les instances de ses amis et de ceux toujours « attachés à Moreau , dont il était l'ami le plus « affectionné , ne trouverait-on pas convenable et « très utile dé renouveler auprès des généraux «français en Espagne ce qui fut fait avec succès «dans des époques plus difficiles, et lorsque le «peuple et l'armée étaient encore enthousiasmés « de la répubUque ? Aujourd'hui que le principe « monarchique est reconnu par la , nation et l'arec mée , que toutes les anciennes institutions sont a rétablies en France , il ne serait pas étonnant « de voir un ou- plusieurs généraux se réunir « pour chercher à secouer le joug de l'usurpa- « teur , qui , par sa haute dignité actuelle , a mis «une si grande distance entre lui et ses anciens «.camarades. Fatigués de faire une guerre injuste « et interminable , ne pourraient-ils pas se; con-

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« certer et réunir leurs moyens afin de replacer « le souverain légitime sur son trône, et procu- <crer ainsi, la paix et la tranquillité au monde, fc incompatibles avec l'existence du tyran ?

« Le rapprochement de Moreau , que Buona- « parte a exilé en Amérique pour un temps in- « défini , produirait une grande sensation dans « l'armée française, s'il se trouvait placé, conve- « nablement et en mesure d'accueillir ceux qui « ne désirent que les occasions de déserter les « drapeaux de Napoléon , mais qui , ne sachant « où aller, sont forcés de tuer ou de se faire tuer ; « car les Allemands et les Suisses peuvent seuls « espérer du service dans les armées anglaises et « espagnoles. Le général Moreau arrivant en « Espagne (où déjà il est estimé, ce qui est assez « prouvé par l'accueil qui lui fut fait à Cadix «lorsque Buonaparte le força de s'expatrier) , s'il « y arrivait avec un prince français , aidé des « moyens de Y Angleterre , il réussirait à désorgaa niser l'armée de Buonaparte, en se ménageant «la facilité de se réunir à ses anciens amis et « partisans les généraux Macdonald , Dessoles , « Suchet, Spuham et autres, qui entraîneraient «immanquablement le général M asséna pour peu «qu'on lui offrît les moyens de rivaliser avec a Buonaparte , qu'intérieurement il déteste.

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« Je pourrais donner verbalement des détails « précieux sur ce que me confia Moreau pendant « mon séjour au Temple avec lui , et on pourrait « tirer de ces détails des lumières applicables à la « situation actuelle des affaires en Espagne.

« Le général Dessoles, qui y est aussi employé, « est l'ami le plus particulier de Moreau , dont il « était le chef d'état-major en Allemagne. Il rap- « Relierait à lui certains généraux encore disgrâce ciés, tels que Brune, Lecourbe , " Delmas et « autres, qui ne manqueraient pas de venir joina dre Moreau.

« La circonstance de l'Espagne et une lettre de « la main du Roi à Moreau décideraient ce gé- « néral à quitter l'Amérique. Le gouvernement « mettrait à sa disposition une frégate pour le a transporter lui et sa famille en Angleterre , ou « directement à Gibraltar, à la volonté du gé- « néral. L'envoyé , qui devrait inspirer confiance « au général , aurait pour instrilbtion de ne re- « mettre la lettre du Roi et de ne lui faire part de « sa mission qu'après avoir sondé le général et « s'être assuré de ses dispositions.

« Je proposerais à cet égard mon frère , ne « pouvant , par" prudence , y aller moi-même. Il « se rendrait en .Amérique sous le prétexte d'y « visiter notre frère aîné , .établi aux États-Unis

« depuis vingt-sept ans; il verrait le général Mo- « reau à New- York , et il jugerait dans quelles « dispositions il est touchant les affaires du conti- « nent, et s'il aurait l'ambition d'y remplir un rôle « que ses amis aspirent à lui voir jouer. Combien , « d'ailleurs, ne serait-il pas intéressant, dans les « circonstances actuelles, de savoir au juste l'opi- « nion d'un homme tel que Moreau sur la situa- « tion politique et militaire de l'Europe ! Elle « serait d'un grand poids pour ce qui teste encore « à faire.

« Je ne crains pas d'ajouter qu'il n'acceptera « jamais ni place ni dignité sous Buonaparte, et « que les bruits répandus qu'il était créé duc de « Hohenlinden sont le fait seulement de l'intrigue a de gens qui n'aiment pas Moreau, et qui ser- « vent Buonaparte au-dehors.

« Moreau étant l'ennemi irréconciliable de « Buonaparte, il n'y a pas de doute qu'il ne se « déterminât à entreprendre quelque chose s'il « était mis en position de combattre son ennemi « personnel à la tête d'un parti de Français , qu'il « aurait bientôt formé , à l'aide des secours que « lui faciliteraient les généraux mécontens ses « amis.

a Que n'y aurait-il pas à gagner pour la bonne « cause, en provoquant et en amenant la désor-

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« gaDisation de l'armée de Buonaparte , ce qu'on a ne peut espérer d'obtenir, qu'en excitant la « rivalité et la jalousie entre ses généraux?»

>lement une expédition de Louis XVIIt , par lJinterméd'Havré , dont rien n'égalait sentimens honorables. Nos ient fréquentes, n'ayant plus ■e que lui auprès de Sa Majesté, dont je souhaitais avoir l'approbation dans cette circonstance.

« Le Roi , m'écrivit-il • , partageant la confiance « que parait avoir le marquis de Wellesley dans « les talens du général Moreau, et la vôtre dans « la sincérité de son désir du rétablissement de « l'autorité légitime , sera fort aise qu'il soit ap- « pelé par le gouvernement britannique, dont Sa a Majesté me semble approuver les arrière-penusées sur l'Espagne : elle donne la même adhé- « sion à vos réflexions sur le parti qu'il y aurait à « en tirer pour sa cause et pour la cause géné- « raie qui n'en font qu'une seule. Je crois aussi « pouvoir vous assurer que Sa Majesté vous ver- « rait, avec satisfaction , chargé par le ministère « de cette mission importante, et j'ai de plus la

■ Lettre datée d'Hartwell, le 7 juillet 1811.

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« ferme persuasion que si vous faisiez la course , a le Roi vous chargerait d'une lettre pour le gé- « lierai Moreau. Je sens combien ce témoignage «flatteur de la façon de penser de Sa Majesté a pour lui, serait un « d'accélérer son dépa « cute puissant pour d « des sentimens que v( « Ne perdez donc pas

« communiquer cette note au ministère. Comme « vous le dites , les momens sont précieux : le a tout est de savoir l'accueil qu'elle recevra du « marquis de Wellesley ; et comme ce que vous a « dit M. Hamilton, donne lieu de présumer que « cet accueil sera favorable , je pense que s'il « croyait qu'une lettre du Roi et une démarche « directe de ce prince, à M. de Wellesley, pût en a presser l'effet, Sa Majesté ne se refuserait pas

« de lui écrire sur ce point »

Je portai en conséquence ma note à M. Smith, sous-secrétaire d'État , qui la mît sous les yeux du marquis de Wellesley, et elle parut fixer l'attention de sa seigneurie. M. Smith fut chargé de me dire de sa part , que ma note contenait de bonnes vues, et qu'on y reconnaissait bien les sentimens dont j'étais animé ; qu'il serait peut-être possible un jour d'en faire usage ; mais que ce n'était pas

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encore le moment; et qu'en attendant , sa seigneurie garderait précieusement ma note.

Deux motifs politiques décidèrent le marquis de Wellesley à cet ajournement, et je crois pouvoir les indiquer ici» Avec sa sagacité ordinaire, sa seigneurie jugea que les succès qui accompagnaient alors les opérations de son frère, lord Wellington , dans' la Péninsule , ne devaient pas tarder à placer dans ses mains la dictature de cette guerre, c'est-^-dire à réunir sous sa seule direction les forces anglo-hispano-portugaises, qui recevraient alors l'impulsion politique et militaire qui pourrait le mieux convenir au gouvernement britannique ; or, dans ce cas , le concours du général Moreau paraissait non seulement inutile , mais embarrassant au marquis de Wellesley. Sa seigneurie pensa que le moment d'appeler Moreau en Europe n'était pas encore venu. Mais il crut pourtant que ce moment pourrait arriver, et qu'alors il serait possible de faire usage de ma note, entrevoyant cette possibilité dans le renouvellement déjà pressenti de la guerre continentale. Déjà même sa seigneurie, guidée par la sûreté de son tact en politique, en jugeait l'époque comme n'étant pas très éloignée.

En effet, la réunion récente à l'empire fran-

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çais de la Hollande, des villes A nséa tiques et de tout le cours de l'Elbe ; en outre la prise de possession du duché d'Oldembourg * , spoliation que Napoléon ne pouvait justifier qu'en alléguant qu'elle convenait à sa politique, venait de mécontenter vivement l'empereur de Russie, attaché par les liens du sang et de l'affection au prince dépossédé. Une extension si démesurée de territoire d'ailleurs, disposa naturellement le cabinet de Saint-Pétersbourg à se rapprocher de l'Angleterre. Voilà quel fat le premier mohile de cette fameuse guerre de Russie, qui, l'année suivante > devait entraîner la chute de Napoléon et de sa puissance.

Et ici j'observerai que les hopames d'état de l'époque, qui jugèrent de l'avenir de l'Europe d'après le caractère de Napoléon, montrèrent bien plus de tact et de véritable profondeur, que ceux qui ne prirent pour guides , dans leur prévision , que des spéculations ou des théories inr certaines.

3e fis part à M. le duc d'Havre de la réponse que venait de faire faire à ma noteie marquis de Wellesley , c'est-à-dire de l'ajournement du rappel de Moreau en Europe , dans le but d'ébranler

1 Premier de janvier et fin de février 1811.

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le pouvoir de Hapoléon. Voici ce que m'écrivit à ce sujet M. le duc d'Havre * : « Sa Majesté pense , « Monsieur, que le gouvernement vous ayant fait « cette sage réponsie , ne Fa faite qu'avec connais- « sance de cause , et qu'ayant des moyens d'être ce instruit beaucoup mieux que nous, étant d'ail- « leurs le seul qui tienne tête à l'orage, et du- « quel nous puissions raisonnablement attendre a aide et assistance, étant le seul enfin sur qui, « comme sur Atlas , le monde repose , il faut « déférer à ses conseils , et attendre , pour des « démarches et opérations ultérieures, les mo- « mens que jugeant propices il réglera dans sa « sagesse. Les meilleures choses faites à contre- « temps et prématurément , peuvent tourner à « mal. Il faut donc ( et c'est l'avis du Roi ) se « tenir tranquille et ne rien faire. Il est naturel , » et on ne peut douter que , lorsque M. le mar- « quis de Wellesley et le nfinistère jugeront le « temps de l'action arrivée, ils avertiront le Roi « pour qu'il se concerte avec eux , et c'est alors « qu'il sera temps de songer aux dispositions , et « de combiner tout d'accord avec lui.... Du reste, «l'espoir que laisse M. Smith doit ranimer vos « espérances; mais on ne peut se dissimuler que

1 Lettre datée d'Hartwell, le 29 juillet 181 1.

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« Fétat précaire de Sa Majesté britannique ne « jette de l'incertitude sur toutes les affaires poli- «tiques, ce qui occasionne des retards fâcheux, «mais inévitables/... *

M. lé duc d'Havre faisait ici allusion à l'état où se trouvait alors Georges H! ,• monarque vénérable, qui paraissait gagner davantage encore l'affection de ses sujets, à mesure que son âge avancé, et ses infirmités excitaient en quelque sorte pour lui un sentiment de compassion. Non seulement ce prince avait presque entièrement perdu ht vue , mais la fin de l'an il ée précédente avait été marquée par le retour d'un malheur domestiqué; et ce malheur produisit dans le gouvernement un changement qui fait époque dans les annales de ce long règne. Le Roi,' par suite de la douleur profonde que lui causèrent les souffrances de la princesse Amélie, sa plus jeune fiHe, souffrances. qui se terminèrent par sa mort ,.fut attaqué de nouveau de la maladie mentale qu'il avait déjà essuyée ; or, il devint nécessaire Au remplir par une régence la lacune que le défaut de la branche executive laissait d^ns le gouvernement. Le Parlement s'était occupé entièrement de l'affaire importante d'établir la régence dans la personne du prince de Galles, avec certaines réserves et restrictions pour Une année

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