TOME IV
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seulement. Âpp es beaucoup de discussions , le bill de régenée passa en -loi le 5 février 1 8 1 1 . Ce J>ill fut accepté par le prince de Galles, qui conserva le ministère en place, et parut regarder ses fonctions de chef de l'État dans cette régence temporaire, comme étant de forme plutôt que réelles. Ge prince si éclairé et si courtois montra dans cette circonstance solennelle un grand sens et le Sentiment exquis des convenances. Il exprima avec une grâce touchante, 'à la commission «les deux chambres, ses regrets de ce qu'on ne lui - avait pas donné .l'occasion de faire connaître la conduite que le devoir et l'affection lui auraient dictée envers* son père et son souverain'.
Bien que le régent, se regardant comme investi seulement d'un pouvoir limité et temporaire, eût refusé de prendre en main la direction des affaires publiques, et qu'il eût laissé les ministres qu'il avait trouvés en place , suivre leurs plans sans y intervenir en rien , toutefois un acte/ qui suivit de près son avènement à. l'autorité, fut sans aucun doute l'effet de sa volonté spontanée: je veux parler de la réintégration du duc d'Yorck dans son emploi de commandant en chef de l'armée.
Cette mesure décela tout d'abord le tact exquis et les sentimens patriotiques du Prince-Ré-
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gent : elle eut l'assentiment de la grande majorité des* membres du. Parlement , et le duc d'York reprit la direction de l'armée avec le suffrage à peu près universel du public. Ce prince n'est plus ; mais l'histoire ne ' mettra point en otibK les services ëminens qu'il rendit aux armées britanniques, et combien il contribua puissamment, de concert avec son auguste frère , à l'affranchissement du continent européen!
Mais je ne concevais pas que cet affranchissement pût arriver sans le* concours de l'intérieur. Je communiquai à M. le duc d'Havre, pour être mis sous les yeux du Roi , des informations curieuse$ que je Tenais de recevoir sur l'état politique et moral de la France à cette époque. « Il « est impossible, m'écrivit M. Te duc d'Havre à « cette occassion * , qu'une nation qui est dans les « fers, qui est dans des souffrances continuelles, « et dans Finquiétude et dans la terreur que prp- « duit un gouvernement aussi despotique, ne « soit pas généralement mécontente de se trouce ver sous une telle férule. Il y a long-temps que «j'ai ouï dire que l'espionnage était organisé en « France de manière à ce que, même dans son « intérieur et parmi les siens il fallait être sur
* Lettre du n août i8u
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« la réserve, et que non seulement il y avait une « police , mais plusieurs autres pour s'espionner « mutuellement. Mais si d'un côté l'état de la « France est toujours forcé et incertain ; de « l'autre , je sais que sa manière de faire la guerre « n'est point onéreuse , parce qu'elle vit sur « l'étranger de rapines et de pillage. A la vérité ; «la guerre d'Espagne, qui fait exception, doit lui « coûter beaucoup ; qu'on y ajoute les réquisi- « tions qui'font jeter les hauts cris dans les <sam- « pagnes* Mais dans les villes, on souffre en silence « et par crainte de l'ostracisme, par la compres- « sion des esprits , par l'habitude du régime de la « terreur. J'avoue que d'après la connaissance « que l'on doit avoir du caractère du dominateur « de la France , je suis toujours étonné qu'on se « flatte encore qu'il se fatiguera et que l'expé- « rience , d'accord avec la raison , ne fasse pas « sentir que l'état de guerre est nécessaire à un a usurpateur, et que la guerre seule peut le maince tenir. L'état d'anarchie ne saurait être à craindre « pour une nation qui, si elle a bien su se lever a en masse pour dissoudre les liens sacrés qui « l'attachaient à son roi, doit trouver une facilité « double. pour se placer dans la' même situation, « et rappeler l'autorité légitime dès que le mo- « ment deviendra propice Il me paraît impos-
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« sible que la nation française ôpblie la maison « des Bourbons.' M. le marquis de Wellesley, qui « joint à «de grands talens du caractère et de « l'énergie, a sûrement. de bonnes raisons pour « dire que le moment n'est pas arrivé. Qui peut a en cette .matière être meilleur juge que* le mite nistre d'une nation qui soutient à elle *eule, « comme Atlas, le poids du. globe? II faut donc <t prendre patience, et sentir que c'est en général a le moment que l'on saisit à point qui.décide les
« plus grandes affaires Je vous remercie des
« détails que vous voulez bien me donner sur ce a qui vous regarde. J'ignorais c€ qui s'était passé « entre M. le prince de Condé e"t vous, et je suis <t bien' aise de l'apprendre. Votre réponse au Roi « est très noble et touchante.... Mais vous devez ce compter sur ses bontés, sur son intérêt et sûr a la mémoire que Sa Majesté a présente de vos « bons et loyaux services..... Ce que vous me « mandez du général Sarrazin m'est revenu de « plusieurs parts : il est sûr qu'il met un bien haut « prix à ses services. » .
En effet, ce général supposait aux plans qu'il venait de fournir au gouvernement anglais, une valeur, de soixante mille livres sterling f environ un million cinq cent mille francs : évaluation extravagante. Le ministère jugea qu'il surfaisait, et
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iparchanda. Il alla' jusqu'à lui offrir vingt-cinq mille .livres sterling comptant, et une pension de mille cinq cents livres. Le général SarFazin eut l'inconcevable prétention d'exiger «que le capital fût calculé de manière à lui compléter une somme annuelle de deux mille cinq cents livres sterling (soixante- (Jeux mille cinq cents francs) , formant les appointemens de lieutenant-général , grade que, disait-il, le gouvernement anglais lui avait déjà reconnu , lors de son échange en 1 798 ; mais grade dont il ne jouissait que provisoirement à cette époque , et qui ne fut pas confirmé, par son propre gouvernement , puisque, au moment même de sa désertion en Angleterre, il n'était que maréchal* de-camp. Les ministres refusèrent; l'affaire en resta là; le général Sarrazin n'eut rien du tout; mais après la restauration, il eut le plaisir de se déchaîner et d'écrire contre» le gouvernement britannique, qui n'avait pas voulu lui donner un million cinq cent mille francs pour des plans dont il n^ELvait pas besoin.
Lés ministres anglais sentaient parfaitement que ce n'était plus par des mouvemens partiels et isolés qu'on parviendrait à délivrer le continent, et qu'il fallait opposer à la puissance de Napoléon un ensemble de résistance et de répulsion qui pût l'ébranler malgré sa force gigantesque. On
comptait aussi sur le délire de son ambition , et * ce calcul se trouva le plus juste.
Son plan de ruiner les finances de l'Angleterre, en coupant ses communications commerciales avec le continent, aurait exigé' un concours franc et universel, c'est-à-dire impossible, pour le succès des mesures acerbes qu'il imposait avec tant d'arrogance. Le commerce anglais importait trop à la Russie pour qu'elle y renonçât volontairement. Les grands, de Fempire russe, d'ailleurs tiraient une partie de leui*s revenus de la vente des productions dont l'Angleterre était le marché principal : Ieè baisons entre les négociant des de«x pays avaient toujours été très intimes. Voilà
pourquoi les marchandises anglaises n'avaient point été livrées aux flammes en Russie, coraçae dans tous les pays soumit à l'influence directe de Napoléon. Les denrées des colonies anglaises étaient admîtes ouvertement dans les ports russes quand eUes venaient par des bâtimens neutres. Là présence d'une flotte anglaise dans la Baltique pendant l'été de. 1811, occasionna aussi encore
plus de relâchement dans le système d'exclusion
commerciale, ce qui causa beaucoup d'ombrage à Napoléon. Qu'on y ajoute les autres cafesesdedifférends dont j'ai déjà parlé, et on ne sera pas étonné que toute l'année 181 1 se soit passée en discus-
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sion «entre les. deux cours de Saint-Pétersbourg et de Paris, et que les dispositions de la Russie fussent à la fin de l'année plus favorables à l'Angleterre qu'à la France.
La. cour de Vienne, humiliée, s'occupait principalement de rétablir ses finances. Dans le reste de l'Allemagne, tout était soumis à la volonté de Napoléon. La Prusse était réduite à une dépendance presque entière. Mon malheureux et noble souverain avait .été obligé de mettre un nombre considérable de ses trtmpes sous les ordres des commanda ns français, sur les côtes de la Baltique, et de se joindre* à la Confédération du Rhin. L'état politique de la Suède depuis l'abdication forcée de Gustave, était équivoque et irrégulïer. L'inimitié du Danemarck contre. l'Angleterre continuait à se manifester sans relâche. Tandis que la Péninsule était en proie- aux invasions , et le théâtre d'une lutte acharnée , l'Amérique espagnole était livrée aux horreurs de la guerre civile. Si d'un côté la FYance régnait sur le continent européen , de l'autre , l'Angleterre régnait sur toutes les mers. La fin de l'année fut remar-
quable par des tempêtes épouvantables, qui, sur mer, causèrent de grandes pertes, surtout dans la marine anglaise. '
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