‹ MémoiresChapitre 14 sur 47 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

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général. Après avoir fait connaître l'issue de la fameuse campagne de 1812, j'indiquerai également les événemens extraordinaires et du plus haut intérêt qui eurent lieu sur le grand théâtre de la guerre dès l'ouverture de 1 8 1 3. Je crois par là mettre les lecteurs à portée de tirer. plus de fruits et de lumières de mes récits, qui se rattachent aux circonstances de l'époque.

Par suite de la défection des Prussiens, les Russes entrèrent sans résistance à Kœnigsberg, où une régence fut établie au nom du roi de Prusse : elle donna aussitôt une proclamation qui appelait le peuple au secours de son prince et de sa patrie pour les délivrer de la servitude des Français. A la fin de janvier, le Roi quitta Potsdam, où il était au pouvoir de la garnison française de Berlin, et s'en alla soudainement à Breslau : là, il donna lui-même une proclamation qui appelait ses sujets aux armes pour défendre leur souverain et leur patrie. Les Russes continuaient à avancer; ils occupèrent Elbing et Marienbourg. Le 8 février, ils entrèrent dans Varsovie, investirent Dantzick et Thorn. Une proclamation de l'empereur Alexandre , datée de Varsovie , invita les Allemands à secouer le joug de JNapoléon. Le Gzar s'exprima en ces termes sur les membres de la confédération du Rhin, ce princes enclaves,

« disait-il-, qui livrent leur malheureux pays à « l'insatiable ambition d'un homme. » Peu de jours après, l'empereur Alexandre*, à la tête d'un des principaux corps de son armée , fit son entrée à Polotzk. Le aa, le roi de Prusse prit le parti décisif de conclure un traité d'alliance offensive et défensive avec l'empereur de Russie. Dans le courant de mars, les deux souverains eurent à Breslau une entrevue à la suite de laquelle le roi de Prusse adressa un manifeste à ses sujets pour leur exposer les motifs qui l'avaient engagé 4 joindre ses armes à celles des Russes. «Nous « avons plié, disait cet excellent roi, sous la suce périorité de puissance de la France; la paix, « qui m'a privé de la moitié, de mes États , ne « nous a procuré aucun bien ; au contraire , elle « nous a été plus nuisible que ]p guerre même. » Cette phrase contenait l'essence ^lu manifeste. Le 3 mars , les Français avaient évacué Berlin , et dès le lendemain les Russes y étaient entrés en forces. Ils occupèrent également Dresde et la rive droite de l'Elbe. Une armée suédoise, sous les ordres de Bernadotte, devenu prince-royal de Suède, marcha sur Stralsund. Dès le mois de juillet de l'année précédente , un traité de paii avait fait rentrer la Suède dans la politique de l'Angleterre, et l'entrevue d'Abo en Finlande, entre l'empereur de Russie et Bernadotte, avait décidé

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ce dernier à: des opérations offensives contre Napoléon. C'est là aussi que l'empereur de Russie s'était déterminé à écrire à Moreau pour l'engager à revenir en Europe.

Ainsi, la sixième coalition continentale était formée par suite du traité d'alliance entre la Russie et la Prusse, conclu, signé à Kalisch, et conseillé par le ministre Hardenberg : c'était la première fois que la Russie et la Prusse marchaient franchement et de concert contre Napoléon. L'accession prochaine de l'Autriche n'était plus douteuse. Qtie d'injures n'avait -elle pas à venger et de puissance à recouvrer ? L'Europe changeait de face.

Comment , de son coté , Louis XVIII n'auraitil pas senti renaître dans son cœur l'espoir de monter sur le tr4ne de ses ancêtres? Dès 1812, et avant même le désastre de Napoléon en Russie , quelques hommes généreux s'étaient abandonnés à l'espérance de voir la cause des Bourbons devenir enfin la cause de l'Europe. Persécuté et exilé pour n'avoir pas consenti à courber sa tête sous le joug de Napoléon , le comte Alexis de Noailles s'était rendu près de différentes cours étrangêrgs afin de sonder leurs dispositions politiques. A Vienne , il avait trouvé François II , éclairé par les événemens , prêtant déjà l'oreille à des conseils propres à sauver l'Europe. S'étant

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rendu près de l'empereur de Russie, il trouva en lui un prince magnanime ; et passant de la Suède à Hartwell , il avait porté au Roi des détails précieux sur la situation de la France , sur les dispositions de ses serviteurs , sur celles des cours qu'il venait de visiter. Le Roi , après l'avoir reçu avec une bonté encourageante, l'avait envoyé, muni de pouvoirs, en Suède et en Russie. Le comte fit un séjour de quatre mois à Saint-Pétersbourg , et rapporta à Hartwell des lettres de l'empereur Alexandre , et des détails certains sur les événemens militaires de cette époque.

D'un autre côté , M. Hyde de Neuville, réfugié aux États-Unis , parvenait k décider Moreau, vers la fin de 181 a , à embrasser franchement la cause des Bourbons, et à se rendre en Europe pour les servir.

Enfin le Prince-Régent, véritable chevalier des rois, embrassait aussi, de même que tout son conseil , les intérêts de • Louis XVIII , se montrant disposé, des le mois de décembre 181 a, à seconder les efforts des Français pour le retour de leur souverain légitime. A peine le comte de La Châtre ' en eut-il reçu la communication, qu'il

1 Depuis, duc de La Ghàtre, et l'un des premiers gentilshommes de la chambre du Roi.

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invita M. Jacques -Sébastien Rôllac, agent des royalistes de Bordeaux, qui était passé à Londres depuis 1810, de reprendre ses relations avec Bordeaux, pour y concerter avec ses amis une organisation nouvelle du parti royaliste. Le Roi , sur les données et sur les désignations de M. Roilac , arrêta que M. Pefaut de La Tour partirait avec une mission secrète pour Bordeaux. Le 12 mars 181 3, M. Pefaut mit à la voile avec un ordre de pasâe pour les stations anglaises, depuis Cherbourg jusqu'à Bayonne. D'autres émissaires furent envoyés dans d'autres directions.

Cependant, tandis que le reflux de la guerre, parti des ruines de Moscou, marchait avec rapidité vers l'Elbe et la Sprée , Napoléon rassemblait avec une confiance apparente et un espoir trompeur, de nouvelles forces pour recouvrer le terrain qu'il avait perdu. Aussi docile que le sénat de Caligula, son Sénat conservateur, après l'avoir consolé de ses désastres par des témoignages de servilité, avait mis deux cent cinquante mille nouveaux conscrits à sa disposition. Napoléon repasse le Rhin , comme si un mauvais génie l'eût poussé au fond de l'Allemagne. Là, il hasarde toute sa fortune dans deux batailles rangées , où il arrache avec peine la victoire à l'armée combinée russe et prussienne. Son armée,

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dépourvue d'appui,' n'avait gagné que du terrain; tandis que les alliés, combattant pour affranchir les peuples , trouvaient les.peuples pour les soutenir : ils venaient de continuer leur retraite sur TOder, tandis que Napoléon , occupant Dresde et Leipsick, était entraîné à leur poursuite.

Bien qu'il eût étonné l'Europe par la création spontanée d'une nouvelle armée, et que ses derniers succès vinssent en quelque sorte de rétablir sa réputation militaire , d'un autre côté , il n'était pas assez aveuglé pour ne pas voir que son mouvement de la Saale sur l'Oder n'était qu'une suite de combats destructeurs, et qu'à mesure qu'il avançait il s'éloignait de ses renforts, tandis que les alliés se rejetaient sur les leurs. Les difficultés s'accumulant autour de lui, Napoléon fit parvenir à l'empereur Alexandre, par l'intermédiaire de l'Autriche, des propositions, d'armistice qui devaient préparer la tenue d'un congrès. Le 4 juin, l'armistice conclu à Plesswitz, en Silésie, fut ratifié des deux cotés , et Ton tira une ligne de démarcation entre les armées , d'après leurs positions respectives. Dans le fond , Napoléon n'y avait souscrit que dans l'espoir de séduire ses alliés ou de les désunir, et aussi par le besoin qu'il, avait de réparer ses pertes et de recevoir ses renforts.

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La nature des circonstances et des événemens qui se pressaient, me faisait désirer ardemment qu'une commùriicaitiqn directe avec Paris fût organisée de manière à procurer aux ministres de Sa Majesté Britannique , ainsi qu'à S. M. Louis XVIII, pour ce qui le concernait, l'état de l'opinion de -l'intérieur avec le plus de promptitude possible; il s'agissait d'en profiter, si des événemens faciles à prévoir survenaient par suite de ce qui allait se passer en Allemagne, et parti-» cuUèrement encore de ce qu'on pouvait espérer des succès de lord Wellington dans le Midi. Sorti de ses cantonnemens vers la fin de mai, Wellington s'était avancé sur Tara, poursuivant les Français qui , après avoir quitté le Tage et Madrid, venaient d'évacuer Valladolid le 4 juin. Toute leur armée, traversant Burgos, se retira sur l'Èbre. Le i4 et le i5, l'armée alliée passa ce fleuve et marcha sur Vittoria, où les Français, commandés par le roi Joseph et par le maréchal Jourdan , avaient pris position. Le ao eut lieu la fameuse bataille de Vittoria qui, dégénérant en déroute du côté des Français, embarrassés de leur énorme convoi , leur fit perdre tout leur bagage, toute leur artillerie , et ouvrit à Wellington l'accès de la France. Jugeant les circonstances favorables, je songeai dès-lors à vaincre les dif-

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ficultés des communications directes avec Paris , toujours au moyen de Perlet, qui, dans sa cor-* respondance, affectait un redoublement de zèle , et. renouvelait ses offres de services pour la cause de la légitimité. J'en fis l'objet d'une note que j'adressai à M. Hamilton , sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères. Il l'accueillit , et me demanda si Perlet était connu de Louis XVIII : j'eus recours à M. le duc d'Havre pour répondre officiellement au sous -secrétaire d'Etat, et voici la lettre que m'adressa M. le duc d'Havre s , et que je mis sous les yeux de M. Hamilton, .

a Sur le compte que j'ai rendu , Monsieur, à Sa « Majesté^ que M. Hamilton vous avait demandé « si M. Perlet- en était connu , le Roi me charge « de vous marquer qu'il vous autorise à dire à a M. Hamilton qu'il connaît ledit Perlet; ; qu'il a « eu des rapports avec lui , et que sur ce qu'il lui « a fait savoir qu'il avait de nouvelles et importe tantes communications à faire à Sa Majesté et « au gouvernement britannique, elle vous a donné « la commission de lui mander qu'elle serait très «c aise de les recevoir de lui , sous la condition de « se munir de toutes les pièces justificatives de <c ce qu'il pourra avancer, et que d'ailleurs elle

1 Du i5 juillet i8i3.

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« verrait avec plaisir le gouvernement britanni- « que accorder à M. Perlet , sous le nom de Face vergé , la permission qu'il désire et sollicite.

«Vous connaissez, Monsieur, tous les sentice mens d'intérêt, de considération et d'estime, « de votre très humble et très obéissant ser- « viteur ,

« Signé, le duc D'HAVRE et DE CROÏ. »

On voit par cette lettre que le Roi était en garde et peu disposé à accorder une confiance aveugle aux informations annoncées par Perlet r puisqu'il exigeait qu'elles fussent accompagnées de pièces justificatives. Mais ce qui était essentiel, selon moi , c'était d'ouvrir promp tement des communications directes et régulières avec Paris; c'était aussi l'avis de M. Hamilton. J'en obtins une décision qui m'autorisait à m'alier concerter à cet effet avec le prince de Bouillon, qui, sous le titre de commodore , commandait la station de Jersey et du Vieux-Château, où il faisait sa résidence. Dans mon dix -huitième Chapitre s j'ai parlé de ce seigneur qui , momentanément détenu au Temple pendant que j'y étais prisonnier, m'avait comblé de témoignages d'un intérêt touchant. Je con-

* Tome in, page a44-

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naissais d'ailleurs la noblesse de son caractère et combien il était dévoué à la bonne cause. Pressé de me mettre en relation directe avec lui , je fis mon premier voyage à Jersey , et j'en reçus l'accueil le plus cordial. Nous conférâmes. Je lui fis sentir que les communications directes avec la France rendaient encore plus importante l'organisation qui pouvait s'établir par son moyen et par ses ordres , concurremment avec ce que nos amis de Paris pourraient fournir de leur côté , et que j'en avais tellement la confiance, que j'avais tout surmonté pour obtenir enfin la décision qui venait de m' être donnée, et par laquelle j'étais autorisé £ lui annoncer qu'il pourrait recevoir et entendre la personne qui devait arriver de Paris , et rendre compte ensuite directement aux deux sous-secrétaires d'État ( M. Cooke et M. Hamilton ) , des communications que cet envoyé serait dans le cas de faire , et en outre de donner connaissance au Roi de tout ce qu'il y aurait de particulier à communiquer à Sa Majesté. J'ajoutais que l'envoyé devait attendre ensuite à Jersey, sous la surveillance de l'autorité maritime, ce qui pourrait être déterminé par les ministres, ensuite de l'intérêt plus ou moins grand que pourrait offrir ses informations. Ceci posé , il fut convenu que le prince organiserait > pour les ex-

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péditions, par le moyen de ses bateaux pécheurs, une ou deux communications par semaine, au moyen desquelles nous recevrions régulièrement le Moniteur, le Journal de l'Empire et autres publications de Paris; que le tout me serait adressé à Londres , afin d'en pouvoir faire moi-même la répartition , et que j'aurais soin en retour de faire parvenir au prince, régulièrement, lés journaux anglais pour alimenter la correspondance, qui, ainsi que nous en convînmes, ne serait jamais compromise par des envois étrangers aux intérêts de Sa Majesté Britannique et du roi de France. Quant à l'envoyé, nous décidâmes qu'il resterait chez le prince même.à Jersey, seul moyen d'éviter qu'il ne fût compromis par un séjour dans Londres , où il pouvait rencontrer soit des indiscrets, soit même des émissaires de la police impériale, dont on supposait l'existence sans qu'on eût aucune certitude à cet égard. Or, tout pouvait se traiter parfaitement chez le prince , à moins que la nature des communications ne fît désirer aux ministres que l'envoyé leur fût adressé à eux-mêmes; je priais seulement le prince de ne pas me laisser ignorer un instant son arrivée à Jersey. Je ne lui laissai pas ignorer non plus que cette affaire avait nécessité de ma part un voyage à Hartwell , çt une correspondance avec le duc

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d'Havre , investi de tonte la confiance du Roi. Le prince mit un grand empressement et une grâce parfaite, non seulement dans tout ce qui pouvait contribuer à remplir les vues de son gouvernement, mais encore à fortifier les espérances dont S. M. Louis XVIII commençait à se nourrir. J'eus un extrême bonheur de trouver le prince de Bouillon si heureusement disposé et si convenablement placé pour faciliter des communications dont lés résultats pouvaient être si favorables aux intérêts de tous. Je lui témoignai de la part du Roi, sa satisfaction de le savoir occupé de ses intérêts, qui étaient bien évidemment, et plus que jamais, ceux du gouvernement britannique, lequel montrait le désir sincère de saisir le moment propre à coopérer au t établissement de la légitimité en France , sans le retour de laquelle il n'y aurait jamais de tranquillité à espérer pour les peuples. Nous étions vraiment heureux de contribuer à cette sainte opération.

A mon retour à Londres, j'adressai la note suivante aux deux sous-secrétaires d'État. "

« J'ai trouvé, d'après ce dont j'ai été chargé, « le moyen d'organiser une correspondance , ou «plutôt, une communication directe, avec des

1 Sous la date du 16 juillet i8i3.

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« hommes* dévoués , à Paris ; et j'ai reçu l'assu- « rance de leurs désirs de se rendre utiles essence tiellement aux ministres de Sa Majesté Britan- « nique, et, par suite, à la cause de la légitimité. « Je me suis rendu en conséquence à Jersey, où «j'ai eu occasion de renouveler connaissance « avec M. le prince de Bouillon, que j'ai connu « en 1808, lorsqu'il fut conduit au Temple, où « j'étais. Sa situation , et son ancienne organisaa tion avec la côte voisine , le met en état plus <c que personne de donner ses soins aux envois «c qui pourraient être faits , et qu'il expédierait et directement ici à la personne investie de la concc fiance du ministre. U a dans ce moment encore « les mêmes pêcheurs à sa disposition , et il m'a « promis de les mettre en activité dès qu'il y se- « rait autorisé officiellement. Cette affaire bien « organisée, les ministres de Sa Majesté Britan- « nique pourront espérer' de recevoir très régucclièrement, une ou deux fois la semaine', des ce nouvelles de Paris et les journaux français , en ce échange desquels des journaux anglais seront « réexpédiés pour faciliter la communication. IL ce sera convenu , à l'arrivée de la personne que « nous attendons, et ensuite des communications « qu'elle se dit chargée de faire au Roi et aux « ministres de Sa Majesté Britannique, que cette

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« facilité ne sera uniquement employée que pour aie service du ministère, et qu'aucune autre «correspondance d'émigrés ou de Français ne « viendra la compromettre; et cette communicant tion ne devra être connue que de M. le prince «de Bouillon, du Roi, et essentiellement des « ministres de Sa Majesté Britannique , qui pourront juger de son utilité après les premiers « envois , et notamment après avoir entendu la « personne qui arrivera par la voie de M. le « prince de Bouillon , à qui il est essentiel de « faire parvenir un passe-port ou une autorisa- « tion pour faire arriver prudemment M. Favergé « (Perlet), qui pourrait être adressé directement a au sous-secrétaire d'État.

aDans les circonstances, et en l'absence de « Paris de Napoléon Buonaparte , il doit être in- « téressant de connaître journellement l'opinion « de la capitale et ce qui s'y passe.

« M.. Fauche prie M. Cooke et M. Hamilton de «bien vouloir prendre en considération cette « affaire, et d'y donner l'intérêt qu'elle peut in- « spirer, et à laquelle il offre de continuer ses ce soins , en prenant l'engagement de ne jamais «dépasser les instructions qu'il pourrait, par « suite, être dans le cas de recevoir des ministres « de Sd Majesté .Britannique.... »

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Cependant, des négociations se suivaient à Prague, mais avec lenteur, et laissant encore les esprits en suspens. Il était visible qu'on négociait pour sauver l'Allemagne, et qu'on eût laissé Napoléon se retirer derrière le Rhin : mais tel n'était pas le calcul de son ambition; il lui en aurait trop coûté d'abandonner une partie de sa puis* sance. Toutefois, là durée de l'armistice fut prolongée jusqu'au 10 août. Dans cet intervalle, l'Allemagne retentissait de toutes parts de préparatifs de guerre. L'attention publique se portait principalement sur ceux de l'Autriche : ils étaient tels, qu'ils décelaient chez cette puissance l'intention de prendre une part principale aux événémens qui étaient à la veille de se développer.

On était dans l'attente de ce qui allait se passer, lorsqu'on apprit à Londres d'une manière positive que Moreau, après avoir quitté sa retraite en Amérique, se trouvait au quartier-général de Bernadotte, son compagnon d'armes, pour se joindre à la coalition , dont il regardait la cause comme celle de la liberté publique. Cette nouvelle fit grande sensation ; et j'avoue qu'elle me combla de joie , et redoubla mes espérances. Je voyais se réaliser les desseins que Moreau m'avait confiés dans la prison du Temple, neuf ans aupa-

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ravant , et que je n'avais laissé ignorer , ni à la Russie 9 ni à l'Angleterre , ni à la Prusse.

« Je vois , me mandait le duc d'Havre , cPHart- « well * , que la réputation de Moreau se soutient, « et qu'il continue toujours à être bien famé en « France et dans toute l'Europe. Bernadotte fixe « aussi tous les yeux , et ce moment-ci va devenir « intéressant. Le Midi vient de se distinguer; il « faut en voir les suites , et voir aussi la conduite « du Nord après l'armistice...» Je suis bien fâché de a vous avoir manqué à Londres , car vous devez « avoir des nouvelles intéressantes à nous donner. « Je viens de recevoir votre lettre , et ne pourrai « la communiquer que ce soir à Sa Majesté. Re- « cevez mes complimens de votre arrivée à bon « port, et les assurances de toute l'estime, etc. »

Nous étions tous dans la plus vive attente sur l'issue des négociations qui se suivaient à Prague; enfin nous apprîmes que l'armistice venait d'expirer sans avoir ouvert les voies à la paix, et que, le n août, le ministre autrichien au congrès avait remis au nom de sa cour, au ministre français, une déclaration de guerre contre la France, déclaration qui avait été suivie d'un traité d'amitié et d'alliance défensive entre les

1 Lettre du n juillet i8i3.

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