TOME IV. II
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cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg. Nous savions d'ailleurs positivement que la Ru^ie et la Prusse avaient déjà conclu des traités avec l'Angleterre 9 qui s'engageait à payer des subsides à chacune des autres puissances , en considération des armées qu'elles promettaient de mettre en campagne. Il était visible que l'Angleterre, par un vaste et dispendieux concours , voulait affranchir le continent.
Dans ces gravés circonstances, j'étais excessivement contrarié de ne recevoir aucune nouvelle directe de Paris, et du silence de Perlet, dont le Roi attendait les informations particulières , annoncées comme prochaines et très fréquentes.
ce II me tarde de savoir, me mandait le duc « d'Hàvré * , que vous ayez appris des nouvelles « de Perlet : ce silence commence à devenir in^- « quiétant. Je crois cependant qu'il peut tenir à «c la surveillance de la police , que l'on dit être a fort augmentée.... Je pense bien comme vous «sur Moreau, et je vois avec plaisir sa liaison « avec Bernadotte; j'en espère beaucoup, et suis « charmé, sans en être étonné, de ce que vous « me marquez à son sujet.... »
* Lettre du 5 septembre iëi5.
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Le 9 septembre , je remis à lord Castlereagh la note suivante sur le général Moreau :
« Si le public , ou même des personnes placées « de manière à pouvoir juger plus sûrement des « conséquences de certaines variations de la scène « politique , sont exposées à une grande incertitude dans des cas où il est nécessaire de conte naître toutes les circonstances de ces variations €< pour la direction de leur jugement, j'ai lieu dp « croire que la lecture des pièces que j'ai l'honte neur d'adresser à Votre Excellence ne peut être « que personnellement intéressante pour elle.
«Je ne crois pas m'abuser en les considérant « comme la base des arrangemens en vertu des- « quels le général Moreau est venu se présenter « sur la scène politique , pour hâter et décider le « dénoûment du drame terrible dont le sujet çm- « brasse tous les intérêts les plus importans des «divers États de l'Europe, et tend à fixer leur a sort , ou par leur asservissement général , ou « par le triomphe de la cause de la justice et de « l'humanité sur celle du crime et de l'ambition « la plus démesurée.
« j'avais déjà une connaissance sûre du carac- « tère et des sentimens du général Moreau , par « les informations que je tenais du général Piché- « gru, avec qui j'étais en rapport intime, ce qui
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« n'est peut-être pas ignoré de Votre Excellence, « lorsque la fortune , qui semblait me faire éprou- « ver toute sa rigueur, en me plongeant dans la «'prison du Temple, me ménagea une faveur « réelle en y poussant , quelque temps après , le « général Moreau, dont la confiance envers moi a s'étendit au point de me communiquer des inv structions positives , dans le cas où je pourrais « les rendre utiles à la cause à laquelle j'étais « dévoué , et au succès de laquelle j'apportais le <c zélé, la sincérité et la constance dont le général « Moreau n'avait pu concevoir aucun doute.
« Les pièces que je prends la liberté de vous « soumettre , Milord , ne sont en effet que le re- « cueil de ces instructions , en vertu desquelles « j'expliquai à M. le comte de Novosiltzoff, mi- « nistre de l'empereur de Russie à Berlin , où je « me trouvais alors, et l'importance des services « que pouvait rendre le général Moreau , et les « conditions auxquelles ils pouvaient être ob- « tenus.
a La ligne de - conduite que j'ai suivie à cette « occasion a été soumise à M. Jackson , ministre « de Sa Majesté Britannique à la cour de Prusse, a qui voulut bien l'approuver, et appuyer mes « démarches et mes argumens auprès du comte « de Novosiltzoff, qui goûta parfaitement le plan
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« que j'offrais, en quelque sorte, comme simple « interprète du général Moreau , et se chargea de « le faire parvenir à l'Empereur son maître.
« La première partie de ce plan est aujourd'hui «réalisée par l'apparition du général Moreau «dans un moment où elle doit infailliblement « avoir produit, et produira de plus en plus, la « sensation la plus vive sur divers partis , entre «lesquels les plus intéressés sont Buonaparte, « les armées françaises , qui jusqu'à présent n'a- « vaient pas encore eu le choix sur l'emploi de la « force qu'elles composent , et la nation française «elle-même, réduite au silence par défaut de « point de ralliement auquel elle pût s'appuyer « pour se prononcer.
« Le résultât dépendra nécessairement du dé— « veloppement des desseins et des mesures que « le principal agent aura obtenu, et pourra ulté~ « rieurement obtenir la faculté de mettre à exé- « cution.
« Je me flatte que ce n'est pas trop présumer « que d'annoncer que la nature des desseins et « des mesures conçus par lç général Moreau , « doit se trouver exactement indiquée dans les « pièces ci-jointes , puisque, dans le fait, je n'ai « fait que lui servir d'organe dans la rédaction « de ce que je tenais de lui-même, en me bornant
« aux points les plus marquans. Je m'étais abstenu « de plusieurs détails qui ne laissent pas d'être « devenus aujourd'hui très intéressans , puisqu'ils «sont des accessoires importans à l'exécution «d'un plan qui enfin a été adopté par la partie ce qui en est restée dépositaire depuis huit ans , « sans que, depuis ce temps, il soit survenu au- « cun événement qui ait pu influer sur aucune ce modification de la part du personnage sur les «dispositions et les mesures duquel doit être di- « rigée l'espérance du succès.
«Il est naturel de se persuader qu'aujourd'hui «le plan porte ses ramifications jusqu'au centre «de la France. J'ai des motifs particuliers de « penser ainsi , par suite des informations que je « tiens du général Moreau , et des liaisons parti- « culières que j'ai pu entretenir avec des per- « sonnes de l'intérieur, dont les dispositions « stecrètes sont semblables aux siennes. Les in- « formations que je pourrais obtenir et commu- « niquer de ce qui peut se passer à Paris sont « susceptibles d'une très grande étendue, ainsi que « d'une parfaite certitude : c'est ce dont je suis si « persuadé, Milord, que je pourrai vous donner « une entière conviction, et vous en faire concevoir « toute l'importance. C'est par une circonstance «qui m'est personnellement particulière, et que
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« je regarde comme fort heureuse , qne j'ai pu , « par la même occasion qui m'a fourni la con- « naissance personnelle du général Moreau r faire «f celle du prince de Bouillon , principal directeur « de la correspondance avec la France , que le « gouvernement britannique vient d'autoriser ; « m'étant aussi rencontré avec lui au Temple , où « j'ai obtenu des marques de son . estime , aux- « quelles il a bieh voulu récemment en ajouter « de nouvelles pendant le court séjour que je « viens de faire à Jersey.
« C'est de vous, Milord, que dépend la facilité « de donner tout son effet à la correspondance , « dont je puis être un des principaux , et j'ose « dire un des plus utiles agens. Mais pour que «c vous puissiez à cet égard porter un jugement « exact et définitif , je prends la respectueuse li* « berté de vous prier de m'accorder une audience « particulière. »
Hélas ! Moreau n'était déjà plus. Blessé à mort à l'attaque de Dresde, le 27 août, il avait cessé de vivre dans la nuit du 1" au 2 septembre. On n'apprit d'abord à Londres que l'événement de sa blessure , sans en connaître toute la gravité ; on allait même jusqu'à former des doutes à cet égard, tant on se défiait des nouvelles venues par la voie dii quartier-général de Napoléon!
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Mon premier mouvement fut de voler auprès de Moreau * que j'aimais tendrement, comme j'afais aimé Pichegru, dont il me semblait qu'il était appelé à réaliser tous les plans de restauration. J'écrivis en conséquence à madame Moreau, qui était à Londres , et je lui offris de me transporter en toute hâte près du général. Je «fis part en même temps de mon projet à M. le duc d'Havre, pour qu'il en donnât connaissance au Roi.
« Je regarderais , me mandait immédiatement « le duc d'Havre * , la nouvelle de la blessure du ut général Moreau comme une calamité d'autant « plus grande , que sa perte , qui ne saurait être « remplacée, serait incalculable dans ses suites, « surtout d'après l'effet que sa présence produit « sur les armées alliées , et même sur les troupes « de Napoléon. Rien ne prouve mieux son mérite « que l'hommage universel qui lui est rendu.... « Rien de plus honnête que votre proposition à « madame Moreau : elle est remplie de délicatesse « et de sentiment ; elle ne peut manquer d'être « reçue avec reconnaissance, et acceptée, si elle « n'a pas pris les devans , et n'y a pas envoyé sur- * le-champ dès la première nouvelle. Je la plains « de toute mon âme , et j'étais bien sûr de l'im-
a Lettre datée d'Hàxtwell, le 16 septembre i8i5.
0 pression que voue ressentiriez de ce bruit, que « j'espère encore n'être pas fondé.
* Je regretterais , si Perlet arrivait , que vous <r fussiez absent; mais votre voyage ne serait pas « assez long pour qu'il pe vous attendît pas. Je « vois d'ailleurs que vous avez pris d'avance vos « mesures pour que votre absence portât le moins <t de préjudice possible aux affaires ; et s'il m'ar- « rivait des lettres pour vous , je les porterais au «Roi..». J'espère savoir demain votre dernière « détermination , nécessairement subordonnée à «la réponse que vous fera madame Moreau. »
Cette réponse me parvint en effet le lendemain 17 septembre; elle était conçue en ces termes :
a Monsieur,
«Vos lettres des 1 5 et 16 courant me sont « parvenues. Je suis infiniment reconnaissante de « la part que vous prenez aux vives inquiétudes « que me causent les affreuses nouvelles qui se « sont répandues relatiyement au général. Loin « de me flatter qu'elles soient entièrement fausses, « je n'y vois que des sujets d'alarmes, que l'arri- « vée de la malle de Gottembourg peut seule « détruire.
« La proposition que vous me Élites, Monsieur,
« d'aller porter vos soins au général , est une « preuve d'intérêt que je ne lui laisserai point «c ignorer. Je ne puis néanmoins l'accepter, ayant « la certitude qu'il a près de lui des amis qui ne « le quitteront pas. Veuillez recevoir tous mes « remercîmens , et l'assurance de ma parfaite « considération. « Signé, H. MOREAU. »
Ses alarmes n'étaient que trop fondées ; la nouvelle que Moreau avait succombé se confirma malheureusement par une suite rapide d'informations officielles. M. le duc d'Havre m'ayant écrit à ce sujet une lettre touchante , et très honorable à la mémoire de Moreau, je l'envoyai à sa veuve comme un témoignage du haut intérêt qu'inspirait le triste état où la plongeait une perte irréparable. J'avais instruit le duc d'Havre de ma démarche. Voici sa réponse : •
« L'état ,aff reux de madame Moreau , bien que « très naturel , est fait pour augmenter l'intérêt «qu'elle inspire. Ma lettre portait, Monsieur, «l'expression de mon âme, et celle du sentiment « de Sa Majesté, de Leurs Altesses Royales, et de « toute la colonie d'Hartwell ; et puisqu'elle est « entre les mains de madame Moreau , j'espère « qu'elle y aura reconnu comme vous le cachet
1 Datée d'Hartwell, le 29 septembre i8i3.
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« du c.œur.... » Faisant ensuite allusion à l'opinion de certains détracteurs des intentions de Moreau , détracteurs que je lui avais signalés , le duc ajoutait : « L'opinion des individus dont vous me par- « lez sera noyée dans l'opinion générale, et nomce mément dans celle des principaux intéressés : « le peu de créance et d'attention qu'on y donce nera les fera jouir de leur dénigrement. Ils pou- « vaient regretter que le temps , que les positions « et que les circonstances n'eussent pas permis <c au général de manifester ses opinions, et de les « exprimer au Èoi ; mais ils devaient aussi penser « que le moyen le meilleur et peut-être le plus « sûr de bien servir Sa Majesté , était pour le géné- « rai Moreau celui de ne se laisser ni pénétrer ni «deviner, et d'attendre pour s'expliquer d'être « sur la frontière, et en mesure d'appeler le Roi, « et de l'inviter à recueillir le fruit d'un travail « préliminaire et secret dans l'intérieur , qui eût « été plus profitable à la cause et à la personne <r de Louis XVIII que toutes les démonstrations « trop prématurées. Vous avez raison d'ajouter « qu'il ne faut pas perdre courage , et d'observer « que la seule impulsion donnée par le général « Moreau porte déjà un grand préjudice à Buo- « naparte.... »
Moreau cependant avait expiré avant d'avoir
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publié une proclamation aux Français que les souverains alliés avaient approuvée : je crois pouvoir indiquer d'une manière positive dans quel esprit elle était conçue. Moreau s'adressait aux Français, ses compatriotes; il leur disait qu'il n'était point revenu d'outre-mer dans l'intention de combattre sa patrie , mais bien de réunir ses moyens à ceux des alliés, qui, au nombre de cinq cent mille hommes, pouvant être portés à un million s'il le fallait , étaient disposés aujourd'hui à accorder la paix à la France * et le Rhin pour limite, à la condition de se débarrasser de l'usurpateur qui l'opprimait ; et qu'il sacrifierait au besoin sa vie pour rendre le bonheur à sa patrie, dont il appelait tous les véritables enfans sous les étendards de l'indépendance.
Moreau avait demandé à l'empereur Alexandre, qui le regardait comme l'intermédiaire entre les alliés et la nation française , de n'avoir aucun titre près dé sa personne. « Eh bien , lui avait dit ce «monarque, vous serez mon ami, vous serez « mon conseil. »
Quels fruits en effet n'aurait pas tirés la France d'une pareille intimité, d'une telle sympathie! Sans aucun doute, l'influence dé Moreau eût été efficace ; elle eût produit les plus heureux résultats; et les armées confédérées, parvenues
jusqu'au Rhin , n'auraient pas .franchi ce fleuve : c'eut été du rivage même de Kehl, à jamais célèbre par ses exploits, que ce grand capitaine se serait fait entendre aux Français, qu'il les aurait appelés, et les aurait décidés à rejeter la tyrannie impériale et à rétablir les Bourbons.
La politique du dominateur de la France, il est vrai , et son désir le plus ardent , avait toujours eu pour objet de faire oublier aux Français et à l'Europe entière qu'il existait un roi Bourbon ; il s'était attaché surtout à familiariser les esprits avec l'idée que cette maison s'était rendue indigne de remonter sur le trône qu'il lui avait usurpé , et qu'elle était incapable de rendre la nation française heureuse et tranquille.
Qu'il ait pu ainsi tromper les Français et donner le change à la France, dont il avait fait une espèce de lazaret, il n'y a rien là qu'on ne puisse comprendre : mais que certains émigrés, qui devaient tout aux Bourbons, aient partagé en partie cette manière de voir, et Cela au moment même où la nouvelle du plus grand.revers qu'eût encore essuyé Napoléon (la défaite de Leipsick) venait de se confirmer, c'est ce qui ne pouvait manquer d'exciter mon indignation, et même, je le dirai, ma colère. Je citerai le trait suivant à ce sujet, comme étant caractéristique.
Le i3 novembre, M. de L...... alors attaché
à l'ambassade de Russie, et qui était logé chez moi à Londres, dit, en se mettant à ma table avec ma famille, qu'il revenait d'Hartwell, que cette cour était une pétaudière, qu'il n'y avait que M. de Blacas qui eût là figure d'un diplomate, et que jamais les Bourbons ne rentreraient en France : que feraient d'ailleurs lés Français, ajouta-t-ii, d'un roi qui, pour se lever de sa chaise, était obligé de faire trois bonds (et il en fit le mouvement) ? Il dit en outre que les Français d'aujourd'hui n'étaient plus les Français d'autrefois ; qu'au surplus il ne retournerait jamais en France , qu'il était Russe et l'ami particulier de l'empereur Alexandre ; qu'il, pouvait entrer quand il le désirait dans son cabinet de travail , et que ce prince l'honorait de son amitié et de sa confiance. Puis il prétendit s'égayer sur le compte du respectable duc d'Havre , sur quoi je l'arrêtai, et lui répondis avec une émotion visible, que c'était à tort qu'il voulait faire le petit d'Antraigues , dont il était loin d'avoir le talent; que M. d'Antraigues avait dit aussi, et avant lui, qu'il était Russe , et entendait rester Russe tant que S. M. l'Empereur le conserverait son sujet; j'ajoutai qu'il était bien mal à lui de railler et de tourner en ridicule des personnages respectables
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à tous égards. Nous échangeâmes ainsi quelques phrases un peu vives, et dès le lendemain il quitta la maison. Cette conversation avait indigné aussi M. Gilles qui dînait avec nous, et qui même alors préparait pour le Roi un travail dont j'aurai bientôt occasion de* parler.
On savait positivement qu'après la défaite de Leipsick, la retraite du reste de l'aftnée de Napoléon n'avait offert que confusion et désarroi. C'était moi-même qui, dès les premiers jours de novembre, avais donné le premier avis à Hartwell de l'issue de la bataille. « Je n'ai qu'une minute « pour vous accuser la réception de votre lettre, « m'avait mandé aussitôt M. le duc d'Havre. Voici « une affaire dont les conséquences et les suites « peuvent être majeures. C'est bien le cas en effet « du vive le Roi ! Le Roi , auquel j'ai montré « votre lettre , a été très sensible à votre excla- « mation , qui était bien l'expression de votre « cœur..,.. Ah! si les puissances voulaient le ré- « péter ce cri si français, en ajoutant au souligné « le nom de Louis XVIII , tout serait bientôt teroc miné , car cette victoire de Leipsick est le prête mier coup de cloche de l'agonie deBuonaparte, « et un second doit l'achever. »
Les vœux des princes de la maison royale d'Angleterre étaient tout-à-fait conformes à nos dé-
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sirs. Le duc de Kent , parrain du fils aîné de ma fille k, et le duc de Glocester, ne me les avaient pas laissé ignorer; les sentimens du Prince -Régent étaient connus. J'avais eu aussi avec le duc de Susses une conférence intéressante et très touchante en même temps, par les vœux que ce prince avait manifestés pour S. M. Louis XV III, auquel je les fis connaître, et qui y fut très sensible.
On sent combien étaient attendues avec impatience les nouvelles du continent. « Voilà donc « Buonaparte à Mayence, et, dit -on, à Stras- « bourg , m'écrivait le duc d'Havre le 1 5 novem- « bre; il ne négligera rien pour obtenir des le- « vées d'hommes et d'argent Ces demandes si « exorbitantes et si souvent renouvelées de- « vraient faire une impression profonde sur Pince térieur. Mais la crainte glace les esprits et les « cœurs ; on redoute de ne pas échapper à la sur- « veillance de la police; et je prévois que tout lui « sera accordé , peut-être avec murmures , mais <c qu'on n'opposera pas de résistance. »
On voit qu'on ne se faisait point illusion à
1 Que j'avais mariée à Londres, au commencement de i8i3, à M. Théodore de Gûmoens , officier au service de Sa Majesté Britannique, fils du propriétaire du château de Gûmoens dans le pays de Vaud.
Hartwell. « Les vents , ajoutait le duc d'Havre , « contrarient les nouvelles que nous attendons : « elles ne peuvent qu'être bonnes tant au Nord ce qu'au Midi, si , comme je l'espère, on ne négoce cie pas, et si on se décide à soutenir, à recon- « naître et à mettre eh avant le Roi légitime de la « France , sans lequel on ne peut rien fixer d'une « manière stable , tandis que son rétablissement «simplifierait tout, ramènerait l'ordre , la paix, <x la tranquillité et le bonheur général. »
Déjà, même à cette époque, on prévoyait à Hartwell que le Sénat voudrait intervenir et dicter des conditions au Roi. Voici comment s'exprutiait à cet égard M. le duc d'Havre * : a Dans « l'état actuel des choses , on ne peut savoir ce ce qui se passera; mais assurément , si j'avais dans « le Sénat influence , je lui conseillerais , pour le « bien général de la France , d'abandonner toute « idée de règlement; et connaissant les intentions « droites et loyales du Roi, ainsi que ses vues « sages ,* je l'appellerais sans condition > et m'en « rapporterais^ lui du soin de cicatriser les plaies ce de son empire , et de lui rendre le bonheur que ce lui-même ne peut espérer que par celui qu'il « procurera au royaume. Les transactions sont
1 Lettre du 17 novembre i8i3.