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scène dont lui-même avait été le témoin. Elle parut à M. Desmare ts si remarquable, qu'il en prit note , et la fit porter sur les registres de la police secrète. On verra plus tard combien cette note, altérée par une main perfide, me fut préjudiciable après la rentrée du Roi.
Cependant les progrès des alliés, dans les provinces de l'Est, et ceux de Wellington dans le Midi, ranimaient de plus en plus nos espérances.
Nous eûmes enfin des nouvelles certaines de S. A. R. Monsieur, par mon neveu Edouard Vitel, qui, délivré de l'état de surveillance où la police de Buonaparte le retenait depuis si longtemps , s'était mis en route sur-le-champ pour l'Angleterre. Parti de Neuchâtel le 1 2 février 1 8ï4, au moment où les alliés complétaient leur irruption en France, il rencontra à Liechstal des députés suisses, qui venaient complimenter S. A. R. Monsieur. Ge prince arrivait de Francfort , et logeait depuis quelques semaines à Baie , à l'hôtel du Sauvage y où Son Altesse Royale recevait journellement des députations des communes des départemens voisins et des principales autorités de la Suisse. Mon neveu s'étant chargé d'un rapport sur les dispositions des habitans du département du Doubs, le remit à M. le comte Melchior
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de Polignac, qui^après l'avoir reconnu pour un des compagnons d'infortune ' de MM. ses frères Armand et Jules, dans la prison du Temple, lui fit l'honneur de le présenter, avec le jeune M. de Gingin , à Son Altesse Royale , qui daigna lui faire diverses questions sur les dispositions des faabitans de la frontière ; elle le chargea en* suite de ses dépêches pour S. M. Louis XYHI et pour le comte de La Châtré. Mon neveu traversa la Hollande, alors en pleine insurrection, et fut redevable à M. de Gronings de Roterdam , à qui il était recommandé par M. Charles Turretini de Genève , de la restitution de ses effets et des dépêches dont il était porteur, qui avaient été saisis par des paysans attroupés. Enfin il arriva dans les premiers jours de mars à Londres, où les nouvelles de S, A. R, Monsieur étaient attendues avec la plus vive impatience.
Mais le triomphe de la légitimité n'était rien moins que décidé dans le conseil des monarques du Nord. A l'exception de l'Angleterre , les autres puissances croyaient qu'il suffisait, pour la sécurité du continent européen et pour la liberté du monde , de renverser Buonaparte ou de circonscrire sa domination. Au milieu des combats et du carnage, on négociait à Châtillon-sur-Seine ; on discutait, avec le détenteur du trôtig de France,
les intérêts dé la ligue des r<jis, sans qu'il fût question des intérêts de Louis XVIII .
Dans ces entrefaites, ma correspondance avec M. le duc d'Havre. acquérait un plus haut degré d'importance d'après les réponses que j'en recevais , et qui me faisaient connaître assez exactement dans quelle situation d'esprit se trouvait la royale colonie d'Hartwell. Les lettres de M. le duc d'Havre contenaient presque toujours l'expression de la pensée du Roi. On en jugera par les extraits suivans :
« J'ai lu, Monsieur, me mandait le duc, sous « la date du 18 février, j'ai lu avec attention et « intérêt vos raisonnemens sur les nouvelles : ils « sont très justes. Le soin de Buonaparte de faire « mousser les plus petits succès, est un signe de a détresse , et il ne peut plus , à l'aide de ses face briques de papiers, tromper la France, puisque ce c'est sur son sol même que se passent les mouce vemens des troupes alliées, qui déjà se trouvant ce au centre du royaume , il est impossible que les « nouvelles ne parviennent pas facilement dans « tous les points de la circonférence. La délice vrance des prisonniers anglais par une poignée a de Cosaques, me prouve que les troupes pour «la défense manquent, et que les recrutemens « se font difficilement, ou bien que la volonté de
<c résistance n'existe plus au même degré dans les « armées françaises.
« Si votre conversation avec sir Charles Flint est « rassurante du côté de la restauration de la maison t< de France, que je crois décidée et prononcée im- « périeusement par la voie publique et par l'opi- « nion universelle, d'un autre coté les conditions « de ce rappel, si elles étaient telles qu'on le craint, «seraient sévères, t et ne seraient sûrement pas « consenties par la nation. Je ne conçois pas même « comment on pourrait offrir à Sa Majesté des « conditions qui mettraient son rétablissement à « un prix si cher : il est assez connu pour qu'on « n'osât pas lui rien proposer d'humiliant. », .
M. le duc d'Havre voyait très juste : Louis XVIŒ aurait refusé de régner sur l'ancienne France, mutilée de ses principales provinces frontières. Je « serais fâché, ajoutait le duc, que l'on mît obsta- « cle à l'arrivée de Monsieur au quartier-général « des alliés , et il me tarde d'avoir dés nouvelles « qui dissipent cette inquiétude, et nous mettent, « dans toutes les hypothèses, en mesure de savoir « le parti qu'il prendra.... Oui, sans doute, il eût «été à désirer que les alliés eussent scellé leur « passage du Rhin du sceau de la proclamation « du Roi ; cet acte eût simplifié tout : mais il faut « espérer que les difficultés , que produit ou en-
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ce traîne ce retard , seront peut-être un motif pour « la déterminer. J'ai cette confiance , et j'espère « quelle ne sera pas trompée. »
Mon gendre, M. Théodore de Gumoens, étant venu à Londres porter la nouvelle que les Suisses étaient très favorablement disposés pour la restauration des Bourbons, je témoignai à M. le duc d'Havre combien je serais flatté de voir mon gendre entrer dans la maison militaire du Roi. «Sa Majesté, m'écrivit-ïl ', sera toujours fort ce aise dç ce qui pourra contribuer à votre bon- «heur, et m'autorise à vous en donner l'assu- « rance. Je crois que , lorsqu'on en sera à former « des corps pour la garde du Roi , S. A. R. Mon- « sieur, que ce détail vraisemblablement regar- « dera , ne mettra pas d'opposition à ce que le « vœu de M. de Gumoens se réalise : je me charte gérai volontiers de le recommander à Son Al- « tesse Royale. Mais , avant de penser à cette forte mation , le premier point est la restauration. »
La nouvelle de la proclamation du Roi , dans Paris, et de l'entrée des alliés dans cette capitale, s'étant répandue à Londres le ai février, je reçus le lendemain de M. le duc d'Havre la lettre suivante a : « Nous avons eu hier au soir, Monsieur,
"Lettre du 18 février 1814.
* Datée d'Hartwell, le aa février i8i4-
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« la même alerte que vous ; le maître de poste « d'Hartwell , homme très obligeant et bien pence sant , ayant reçu par un stage la nouvelle qui « courait à Londres , s'est empressé de la porter à « Sa Majesté qui lui eu a su gré, mais qui est la « seule personne de toute la colonie qui ait été « incrédule. Nous sentions bien que la nouvelle « demandait confirmation ; mais on est porté en « général à croire ce qu'on désire : il était d'ail* « leurs possible que le stage partant au moment « même de la nouvelle, M. de La Châtre eût couru te aux bureaux pour en avoir la confirmation , ce « qui aurait retardé de quelques heures ; mais à « minuit , ne voyant arriver personne , nous nous « sommes repliés et nous sommes ralliés à l'avis « du Roi. Ce matin , j'ai reçu votre lettre dont le « post-scriptum m'indique que , selon toute appa- « rence , la nouvelle aura eu sa source dans une ce spéculation d'agiotage.... Je crois fort sage le « conseil d'être en garde contre tous les moyens de « la police de France, pour être au courant de tout « ce qui se passe auprès du Roi et des princes , sur « lesquels il y a commission expresse de tourner « toute la vigilance et toutes les recherches. ...»
Ces réflexions étaient suggérées au noble duc par suite des informations que je lui avais données sur un certain M. Leblanc, que j'avais tout
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lieu de croire un agent secret de Savary à Londres^ où il était arrivé sous prétexte d'y tirer parti d'une collection de livres rares et précieux. Revenant sur le même sujet dans ses lettres du 4 et du 7 mars , M. le duc d'Havre me disait : «Vos réflexions « sur la manière dont procède ce M. Leblanc , « relativement à sa collection de livres , sont très « judicieuses , et justifient vos doutes sur le véri- « table but du voyage. Sa conduite demande à « être suivie, examinée, et j'imagine que la police «c britannique ne s'endormira pas, et exercera à « son égard une surveillance étendue; Il faut, par ce le temps qui court, être sur ses gardes, et surce veiller tout, d'autant plus que le Roi et les « princes sont pour Buonaparte des points de « mire qu'il ne saurait perdre de vue.... La mis- « sion de ses agens secrets porte particulièrement « sur la maison du Roi, sur les moyens d'en cir- « convenir quelques individus , et de savoir par « eux ou par des sous-ordres ce qui concerne Sa « Majesté , nos princes et ayans-cause. Je ne doute « pas que la surveillance de Rovigo ne porte sur « cet objet principal.... Il est certain que l' Ance gleterre doit être inondée d'intrigans et de traite très : c'est le jeu de Buonaparte de les y mul- « tiplier; c'est aussi son usage, et te sera un grand « service que la police britannique rendra au Roi,
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<* à elle-même et à la cause générale, de s'en déce barrasser ; mais ce n'est pas chose aisée : il faut ce bien s'assurer de ce qu'ils sont ; on peut même « s'en servir à des doubles fins, et tromper par là ce les trompeurs... Je crois bien aussi que le moyen ce le plus efficace pour parvenir au but désirable, « serait de tâcher d'aborder, ainsi que vous le «édites, des gens de l'intérieur marquans , ayant «influence, moyens, crédit, et de s'en assurer; « les autres moyens ne sauraient conduire au but; « mais celui-là est difficile; il faut nécessairement a être aidé et soutenu : il est sûr que, sous ce rap- « port , vous avez fait depuis long-temps vos ce preuves Du reste, la concordance des relace tions venues de France au ministère anglais avec ce les vôtres, en prouve la bonté, et la source d'où ce il les tire doit lui en procurer dé précieuses et
ce de sûres »
Mais ce qui tourmentait singulièrement la royale colonie d'Hartwell, c'étaient les bruits de paix. « Les bruits de paix , m'écrivait le même « duc f , sont désolans ; ils m'inquiètent ; mais ce je n'y croirai qu'à moins de certitude. Les goucc vernemens ne sauraient vouloir perdre le fruit «c de tant d'efforts au moment de les recueillir,
1 Mêmes lettres, du 4 et du 7 mars 181 4-
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« ni consentir à laisser relever celui qu'ils ont « presque terrassé , et qui semble n'attendre que et le coup de grâce ; mais qui , s'il a le temps de se « relever, les dévorera tous : d'ailleurs acceptera- « t-il les conditions des puissances , et celles-ci « souscriront-elles aux siennes ? N'est-ce pas pour <x gagner du temps et se préparer à une bataille
« qu'il les amuse Plus je pense à la paix, et
« moins je la regarde comme possible. Ce n'est « même ni sous le rapport de la France, ni sous « celui du Roi que je l'envisage. Mais comment « serait-il possible de se mettre par-là dans le cas « de rendre les prisonniers , et par conséquent de « donner tout de suite à Buonaparte une armée « toute formée de deux à trois cent mille hommes «aguerris, à ajouter à pelle qu'il a déjà?. Gom-' a ment aussi se laisser outrager impunément par « un homme qui a l'audace , au moment où les « alliés sont chez lui , de prendre tous ses titres « en Italie, en Allemagne, de continuer à s'inti- « tuler le Protecteur de la Confédération du Rhin , « et d'insulter par là à tout ce qui a été fait par la « coalition ? Non , je ne croirai à la paix que lors- « qu'elle sera signée, parce que je ne croirai «jamais qu'on signe de sang froid son arrêt de ' « mort , en faisant grâce et laissant échapper cece lui qui a fait vœu de vous détruire. Je dis plus :
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« quand il obtiendrait ce triomphe, il ne serait « pas.de durée ; et justice en sera faite plus tôt ou « plus tard par la Providence; ainsi le découra- « gement n'entrera pas dans mon âme; mais ma « peine n'en sera pas moins vive. » Cette lettre respirait réellement les hautes pensées et les sentimens du Roi.
J'étais moi-même en proie à la plus vive anxiété. La marche de la politique et les événemèns de la guerre , me paraissaient n'avoir aucune issue : depuis plus de trois mois ce n'était qu'une suite de succès et de revers sans aucun résultat décisif, quoique Buonaparte fût pressé entre deux armées de cent mille hommes chacune, et que Wellington tendît la main aux royalistes du Midi. Forcé de renoncer au projet de passer par Paris sur le continent , j'avais pris la respectueuse liberté d'écrire à S. M. le roi de Prusse , pour lui représenter combien ma pré-, sence pourrait être utile à son quartier-général. Sa Majesté daigna me faire une réponse favorable , m'autorisant à me rendre de suite près de sa personne. Mais je ne reçus cette lettre royale que le 16 mars, et malheureusement j'étais alors souffrant et malade. Je l'adressai immédiatement à M. le duc d'Havre pour être communiquée à S. M. Louis XVIII, dont je voulais prendre les ordres,
espérant être bientôt en état de me mettre en route. Voici la réponse que me fit M. le duc d*Ha vré, le 9 mars : « Je m'empresse de vous renvoyer la lettre « de Sa Majesté Prussienne , qui ne laisse rien à a désirer par sa bonté;' j'en ai donné connaissance « au Roi qui l'a trouvée telle. Vous mé demandez <* mon avis; il est délicat d'en donner dans une « circonstance semblable , mais je puis dire ma « façon de penser : il me semble qu'une lettre de « ce genre vous autorise en effet à vous rendre « près de ce prince ; ce n'est pas précisément un « appel, mais c'est un passé-port de bonne récep- « tion , et qui vous donné le juste espoir qu'il « pourrait vous eiûployer. Il est certain que si, « après avoir sondé le terrain , vous êtes en me- « sure d'aborder des généraux, de vous en assu- « rer et de déterminer, non seulement leur sou- « mission au Roi, mais même les offres de leurs « services , et qu'ils soient en mesure de disposer « de quelque portion d'armées , ce serait chose a aussi désirable que précieuse. Le Roi le pense « de même; mais il me charge de vous répéter, « que si vous vous décidez à joindre Sa Majesté « Prussienne, et si vous vous déterminez à tenter « ce moyen , il y met la condition que vous vous « concertiez avec Monsieur , et ne fassiez rien « sans son attache et sans lui en donner connais-
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« san ce, parce que telle démarche utile en elle- «même pourrait devenir dangereuse si elle pouce vait contrarier les vues de Monsieur, que Sa « Majesté ne peut connaître d'avance, et à qui « elle a donné en son absence la direction géné- « raie des affairés qui le concernent. »
A compter de ce jour, les nouvelles favorables se succédèrent à Londres et à Hartwell. Le 22 mars, nous apprîmes que le 1 2 , Bordeaux prenant l'initiative sur le reste de la France , avait proclamé Louis XVIII sous les yeux et sous les auspices du duc d'An goule me. Cette journée mémorable amena là rupture du congrès de Châtillon, lés événemens du 3i mars à Paris, et les prémices de la restauration. En me parlant, le a3 mars, de ce qui venait de se passer à Bordeaux , M. le duc d'Havre me disait : « La nou- « velle est si importante et remplit tellement mon «âme, qu'il m'est impossible de penser à autre « chose.... » Le 25, le Roi reçut à Hartwell deux députés de Bordeaux qui venaient lui offrir les hommages des Bordelais , et leur vœu de le recevoir, ainsi que madame la duchesse d'Angoulême, dans leur ville, étant, disaient-ils, les interprètes de tous les habitans. On se disposait à les renvoyer à bord d'une frégate anglaise, avec plusieurs seigneurs attachés à la personne du Roi,
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et entre autres M. le duc de Lorges* Le Roi devait les suivre. Mais l'entrée des alliés dans Paris le 3i mars, journée produite par celle du 12 à Bordeaux, et la déchéance de Buonaparte, firent changer de projet. La joie fut universelle dans Londres , soit à la cour, soit à la ville : il y eut une brillante illumination spontanée.
« Le moment actuel est véritablement bien toute chant , m'écrivit d'Hartwell , le 1 3 avril , M. le « duc d'Havre ; rien de plus noble et de plus gé- « néreux que l'élan de toute la nation britanni- « que. Les expressions manquent; il est mainte- « nant impossible que les deux nations n'en « fassent pas une seule, et le système politique, « d'accord avec le sentiment de la vive reconnais* a sance , dont tout Français doit être pénétré , ne « pourra y trouver qu'un mutuel avantage pour « nous et nos voisins. Le détail que vous me don- « nez de la journée d'hier, m'a fait une bien vive * et en même temps bien douce sensation. Quelle « gloire pour l'Angleterre, qui, comme Atlas, a « soutenu le poids du monde et l'a sauvé par sa « persévérance! S. A. R. le Prince-Régent y met « Une grâce parfaite et ne laisse rien à désirer; « il illustre à jamais son administration , et on « pourrait même dire son règne , attendu le peu « d'amélioration dans l'état du Roi son père; il
«vivra éternellement dans les fastes de Fhis- « toire »
Les portes de son royaume étaient enfin ouvertes à Louis XVIII, qui, abandonnant sa retraite champêtre d'Hartwell, vint à Londres pour s'acheminer vers la France. Je partageais avec tous les hâbitatis de cette immense cité les transports qu'excita sa présence; le Roi, daignant me remarquer parmi la foule, dans l'hôtel de Grillon où il était descendu, me tendit les mains avec bonté : je les baisai avec vénération, tandis que, avec une expression touchante, ce prince me disait : « Je suis bien aise de vous voir, mon cher ce Louis.... Nous nous reverrotas. » Ce jour était le plus beau de ma vie; mon bonheur se multipliait en quelque sorte à la Vue de cette foule de dames accourues sur le passage du Roi, et se pressant vers son auguste personne en baisant aussi sa main , et même les pans de son habit.
Dans ce même jnoment, madame la duchesse d'Aiigoulême, qui venait de déjeuner avec madame la duchesse de Sérent , monta l'escalier pour se rendre dans ses appartenons; je me trouvai avec M. le duc d'Havre sur son passage , et Son Altesse Royale m'ayant reconnu, daigna me dire: « Ah ! c'est M. Fauche-Borel ; c'est un des nôtres. — A la vie et à la mort, » répondisse aussitôt.
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« Je suis bien aise de vous voir ici,» ajouta Son Altesse Royale. M. le duc d'Havre me complimenta sur les paroles et l'attention bienveillante dont j'avais été l'objet de la part de la princesse. ' Le 20 avril, le Roi fit son entrée publique à Londres avec tout le cérémonial dû à son haut rang, et aux acclamations redoublées dé tout un peuple ami. Tous les balcons et les fenêtres étaient garnis de dames, et pavoises. «Votre Majesté, lui « dit. le Prince-Régent (aujourd'hui Georges IV), « me permettra de lui offrir mes félicitations sur « le grand événement qui a toujours été un de a mes vœux les plus ardens , et qui contribuera «c non seulement au bonheur du peuple de Sa « Majesté , mais encore au repos et au bonheur «de toutes les nations. Mes sentimens sur ce a grand événement sont, j'en suis assuré, ceux a de tous les Anglais. L'allégresse et les transports ce qui accueilleront Votre Majesté dans sa propre « capitale , ne seront pas l'expression d'une joie « plus vive que celle que l'on ressent en Anglece terre pour le rétablissement de Louis XVIII sur « le trône de ses aïeux. »
Le Roi , répondant à ce discours par l'expression de sa royale gratitude , détacha son propre cordon à l'étoile du Saint-Esprit, et en revêtit le Prince-Régent. « Je m'estime heureux , lui dit-il ,
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« que Votre Altesse Royale soit la première perce sonne à laquelle j'aie, depuis ma restauration, « conféré cet ordre ancien. » Le aa avril, le Prince- Régent, à son tour, conféra au Roi Tordre de la Jarretière.
Louis XVm, le même jour, se mit en route pour Douvres, accompagné de madame la duchesse d' Angouléme , de M** le prince de Condé , M** le duc de Bourbon, M. le duc d'Havre, le comte de Blacas, M. le duc de Sérent, M. le duc de Duras, M. le duc de Grammont, M. le duc de Lorges,M. le chevalier de Rivière % M. dePradel, M. Hue, M. Couchery et le père Elisée. J'étais aussi à la suite du Roi.
1 Qu'il ne faut pas confondre avec le marquis , depuis duc de Rivière.