CHAPITRE XXVIII
A son arrivée à Douvres, le Roi y trouva plusieurs ya une somptuosité digne de là nat des princes de la maison del té, ayant témoigné le désir qu< I Sydmouth , qui avait un yacht traversée sur son propre vaiss tous-secrétaire d'État , qui accompagnait le ministre, me proposa de prendre place dans le yacht de Sa Seigneurie. «Allez de ma part, me dit-il, en avertir l'amiral, « et prenez la place du ministre. » J'y montai au moment où le Roi s'embarquait sur le Royal' Sovereign, avec sa suite, et quittait le rivage hospitalier de l'Angleterre en présence d'un concours de spectateurs tel que Douvres n'en avait pas vu de pareil depuis le jour que Charles II, venant de Hollande, y débarqua pour remonter sur son trône. J'éprouvai une jouissance bien pure qui enivra mon cœur, celle de voir le spectacle imposant de cet heureux vaisseau qui portait à la France son Roi légitime. Au moment où le Royal-
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Sovereign mit à la voile, escorté par la frégate le lctsons que montait l'amiral de la flotte, M. le duc de Clàrence , les cris de joie se mêlèrent aux acclamations de la multitude et aux détonations répétées de l'artillerie de terre et de mer.
Le ciel se montrant propice au court trajet du Roi, nous découvrîmes d'abord, à l'horizon, tandis que nous cinglions vers la côté opposée, huit vaiàseaux de ligne et plusieurs autres bâtiiriens, toutes lefc voilés déployées, et cette escadre s'àvaiiçant avec rapidité, secondée par un vent favorable. Bientôt apparurent, avec le rivage de Calais * les remparts de la ville et tous les points élevés , couverts déjà d'une foule immense d'habitans , auxquels s'étaient' joints Ceux des villes et des campagnes voisines.
Le jour même, »4 avril, lé Roi abordant à Calais, au même instant se firent entendre les acclamations de l'immense population qui couvrait lé rivage. Les autorités, les officiers- généraux, l' état-major, s'étaient portés sur la grande jetée de pierre , lieu désigné pour le débarquement. Le Roi se fit bientôt reconnaître au milieu des princes et de ses serviteurs; seul il ôta son chapeau , et levant les yeux vers le ciel , il mît la main droite sur son cœur. La foule sembla partager ce sentiment religieux; et à l'instant même
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le canon de tous les forts et le son des instrument se firent entendre au milieu des acclamations publiques. Le premier soin du Roi fut d'aller rendre grâces à la Providence dans la principale église de Calais. Sa Majesté revenant d'acquitter ce pieux devoir, et se dirigeant vers l'hôtel qui lui avait été préparé , j'eus une nouvelle preuve de sa bonté et de ses sentimeris pour rnoi. Le Roi, qui était accompagné de madame la duchesse d'Àngoulême, de M«r le prince dé Condé et de M«* le duc de Bourbon , descendait le dernier de son carrosse, et son épée Rengageant daûs sa décoration de l'ordre de la Jarretière, plus Sa Majesté faisait d'efforts pour la dégager, plus elle s'embarrassait Tï'écoutant que mon zèle, je nie précipite 'aux pieds du Roi pour le délivrer de cette iraportunité. « Que faites- vous , Fauche ? » me dit M. le comte de Blacas d'un ton ombrageux, et avec vivacité. « Soyez tranquille, daigne réponse dre le Roi, qui s'aperçoit de mon embarras; « c'es} Fauche qui me rend un nouveau service. »
Je ne pouvais arriver en France sous de plus heureux auspices : aussi fas-je accueilli avec intérêt , j'ose le dire , par tous ceux qui avaient connu mon dévoûment à la cause des Bourbons.
Par ordre du duc d'Havre , je précédai
Louis XVIII à Paris de cinq jours. J'avais à porter
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au roi de Prusse, mon souverain, alors dans cette capitale, les dépêches que le baron de.Ja-?. cobi, son ministre à Londres, m'avait confiées pour ce monarque. Tétais d'ailleurs empressé de lui présenter l'hommage personnel de ma fidélité respectueuse. La veille de mon départ de Londres, le baron de Jacobi m'avait dit : «Vous «feriez bien de saisir cette occasion pour porter «au Roi quelque chose de ce pays qui pût lui «être agréable. » Rien ne pouvait me convenir et me flatter davantage. J'arrêtai mon choix sur un grand portefeuille en beau cuir de Russie. «En le remettant à Sa Majesté, ajouta l'ambas- « sadeur prussien , vous pourrez lui dire que c'est « pour y placer, le traité de paix qui va iriterve- «nir. » J'y avais, mis les dépêches de l'ambassadeur, ainsi, qu'un exemplaire des' Sermons de David 'Henri Durand, mon compatriote, que j'avais fait imprimer à Londres, et. dédiés à Sa Majesté' le ier de janvier de cette même année 181A. Ma dédicace était ainsi conçue :
A S. M. le roi de Prusse.
Sire,
« Si la religion est le garant le plus assuré de « la vertu des rois et de la fidélité des peuples ,
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« un prince qui la connaît et qui la chérît , trouvé «dans l'amour de ses sujets et dans la droiture « de son cœur , une force que ne peuvent ébran~ « 1er les coups de l'adversité. Telle est la grande « leçon que l'exemple de Votre Majesté vient de « donner au monde ; tels sont les justes droits « qu'elle vient d'acquérir à l'admiration , dont a j'ose lui offrir le respectueux hommage, en a mettant à ses pieds l'ouvrage d'un prédicateur «célèbre qui, né l'un de ses Sujets, a fait enci tendre à ses frères la parole sainte , et la leur « a fait aimer.
« Mais pourrais-je, Sire, ne pas joindre ici à « ce tribut celui de ma vive et profonde recon* «naissance, lorsqu'il doit être offert aux vertus « du chrétien comme à la généreuse protèc- « tion du Monarque? C'est à Votre Majesté que « jç dois la liberté et la vie : détenu pendant « trois ans dans une prison où tant de victimes «illustres m'avaient précédé, où tant d'autres « ont péri sous la sentence ignorée qui les avait « pour jamais proscrites , j'ai vu briser mes fers « par l'intervention puissante de Votre Majesté ; « c'est par elle que je puis aujourd'hui çontem- « pler et bénir le jour où mes heureux compa- « triotes vont rentrer sous ses lois équitables et « paternelles.
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« Les Discours que je présente à Votre Majesté « renferment la substance des livres sacrés ; ils « annoncent cet Évangile où elle a puisé tant de «fois les douces et sublimes. consolations que « demande sa douleur. Et quel autre conseil , « quelle autre espérance pouvait calmer les re- « grets les plus déchirans? Quelle autre résigna- « tion , quel autre courage Votre Majesté a-t-elle « pu si souvent chercher sur la tombe de cette «épouse adorée, que la Prusse a pleurée avec « son Roi ?
« Mais , Sire , le souverain d'un peuple gêné- « reux et brave avait encore un autre appui à « réclamer du Dieu qui juge les justices. L'Europe « a vu un usurpateur ambitieux envahir et dé- « chirer le glorieux héritage de vos ancêtres : le a bras de l'Éternel s'est enfin levé sur Pauda- «cieux conquérant. Votre Majesté s'est armée « avec ses sujets, et la monarchie de Frédéric a « été sauvée.
« Puisse le Seigneur , sur lequel vous vous êtes « appuyé dès votre jeunesse , continuer à proté~ « ger les efforts de Votre Majesté et ceux de ses « puissans alliés !
« Puisse-t-il accorder, par eux, au monde, la « seule paix qui en assure le repos , celle qui sera « dictée par l'honneur, l'humanité et la justice!
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<r Ce sont les vœux ardens de celui qui est, avec « le plus profond respect ,
Si re ,
De Votre Majesté,
« Le très humble» très .obéissant et très « dévoué serviteur et sujet,
« Louis FAUCHE-BOBEL. »;
De suite, à mon arrivée à Paris, je me rendis à l'hôtel occupé par Sa Majesté, rue de Bourbon, et m'étant fait annoncer, le Roi vint dans. son salon-, accompagné de ses aides-de-camp , me donner audience : Sa Majesté me reçut avec infini*ment de bonté. En lui remettant le portefeuille, qu'elle daigna agréer, je lui rapportai les paroles du baron de Jacobi , son ambassadeur, paroles qui étaient à la veille de recevoir leur effet L'accueil que me fit le prince de Hardenberg, principal ministre du Roi, mit le comble à ma. satisfaction personnelle. Dès ce moment, je ressentis, pour cet homme d'État , qui avait tant contribué à sauver la Prusse , un attachement et une, fidélité sans bornes; et je puis dire que sa mémoire vivra toujours dans mon cœur.
Un de mes premiers soins, à mon arrivée à
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Paris, fut aussi de chercher Perlet. J'eus d'autant mbins de peine à le rencontrer, qu'il se produisait au grand jour comme -un des arcs-boutans sur qui reposait en France le grand édifice de la restauration. Il m'aborda avec les démonstrations les plus cordiales, et me pressa de prendre mon domicile chez lui. J'acceptai avec plaisir, convaincu que mon hôte me donnerait avec empressement tous les renseignemen s que je désirais sur trois points que j'avais à cœur d'éclaircir: l'un, concernant l'assassinat de mon neveu Charles Vitel; l'autre, l'argent- adressé par moi, de Londres, à lui Perlet; et le troisième, ce fameux comité * royal , avec les membres duquel je désirais être mis en rapport, pour en rendre compte au Roi par l'organe. de M. le duc d'Havre, qui avait- dirigé longtemps ma correspondance avec Perlet à ce sujet.
Quant à ce comité, malgré mes instances pour qu'il. me découvrît les ressorts de cette machine secrète v je ne pus venir à bout de lui faire soulever un coin du voile mystérieux qui la dérobait aima vue. En vain lui représentai- je que» ceux qui , sous le gouvernement de Buonaparte, avaient conspiré en faveur de. leur souverain légitime, n'avaient plus, rien à redouter de l'usurpateur; que leur cause triomphait; que c'était pour eux
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le moment de se faire connaître, de recueillir te fruit de leurs travaux , de recevoir la récompense de leur fidélité ; la discrétion de Perlet lut inexpugnable : «Ce n'est pas mon secret, me répon* « dait-il toujours; je ne puis les nommer. »
Peu satisfait sur ce chapitre, je crus qu'il me donnerait plus de lumières sur les deux autres.
Questionné par moi sur le dénonciateur, sur l'assassin de mon neveu , Perlet me répondit que ce dénonciateur, cet assassin, c'était Veyrat, l'inspecteur général de la police sous Napoléon.
Questionné sur ce qu'étaient devenus les six cents louis que j'avai6 adressés de Londres à loi Perlet, pour arracher mon neveu à la mort, Perlet me répondit que c'était ce scélérat de Veyrat qui les avait touchés et gardés.
Si je pouvais faire un reproche à Perlet de ne s'expliquer que par énigmes sur l'existence dû comité royal , je n'avais ici que des actions de grâces à lui rendre pour la manière claire et précise dont il me signalait l'assassin et le voleur.
Croyant Perlet sur parole, je le conjurai dte me donner une preuve d'attachement, en m'ai>dant à découvrir au plus tôt l'asile de ce Veyrat, qui se tenait caché, disait-on, et que j'étais déterminé à poursuivre jusqu'au centre dé la terre , s'y fut-il réfugié. Perlet me le promit
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Savais d'au tant plus de propension à cfroirc à ses inculpations dirigées contre Veyrat , que sentant venir l'orage de loin , de loin aussi Perlet prenait ses mesures pour le conjurer.
En effet , j'ai dit que j'avais précédé de cinq jours l'arrivée de Louis XVIII à Paris , et que j'étais allé loger chez Perlet. Bien qu'il pût ro'eritretenir à volonté, puisque le même toît npus couvrait, il lui prit une fantaisie épistolaire à laquelle je fus redevable d'une énorme lettre en date du a mai 1814? veille de l'entrée du Rot
Dans cette lettre, où il me prodiguait le titre de son loyal ami, de son digne ami, de. son ami le plut dévoué, Perlet, après avoir fait rémunération de tous les services par lui rendus à la famille des Bourbons, après avoir protesté de sa haine implacable contre le tyran, s'exprimait en ces termes : « Cet excellent Roi (Louis XVIII) va « paraître demain dans sa capitale; c'est le plus « beau moment de ma vie. J'ai déjà eu le plaisir « de serrer dans mes bras mon loyal ami (c'était « moi), avec lequel j'ai, pendant neuf ans, co- « opéré à ce grand œuvre ; et ces beaux momens « sont empoisonnés par les plus noires calomnies. « J?ai été jacobin, j'ai servi lé tyran, j'ai coopéré « à la perte de votre neveu , et voilà le prix ré*
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« serve à mon grand courage et à ma constante « fidélité pour mon Roi; et je ne succombe pas à «de pareilles, horreurs! ».
«Nous avons eu. trop de confiance dans Tin- « fârae Veyrat, ajoutait Perlet. C'est ce monstre « que j'ai gorgé dor> c'est cet être exécrable qui «a perdu votre neveu. Je vous dirai plus tard « tout ce que j'ai souffert des persécutions de cet «homme infâme ^aujourd'hui, je suis anéanti, «le courage me manque. Je n'ai cessé, pendant « cinq ans , de le signaler à M» Pasquier comme «un homme dangereux, qu'il fallait renvoyer; « mais M. .Pasquier le craignait , et n'a pas voulu « le renvoyer.... ».
J'aurais dû; voir dans cette disculpation anticipée la précaution maladroite d'un criminel qui courait au-devant de l'accusation ; car enfin , le Roi n'était point encore entré dans Paris (il n'y arrivait que le lendemain) ; le mystère d'iniquités n'était point encore percé ; les secrets de la police de Buonaparte n'étaient point er^core mis au jour : dans cette profonde ignorance, qui, donc pouvait accuser déjà Perlet d'avoir coqpéré à la perte de mon neveu? Personne assurément. Il ne m'était pas plus venu dans l'idée d'en accuser Perlet que du vol de mon argent. Mais lors même que sa trop grande précaution, que sa précipitation à se jus-
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tifier d'une accusation que personne ne lui faisait encore \ auraient fait naître en moi quelques soupçons sur son compte, commentées soupçons n'eussent -ils pas été dissipes à l'instant par cette invocation contenue dans cette même lettre?
« Seigneur Dieu qui lisez au fond des coeurs; «vous qui connaissez le mien,4 j?atteste devant « vous que j'ai toujours 'été -fidèle 'à mon roi légfc- « tïme, et que je suis bien éloigné d'être coupa- « ble des crimes qu'on ose m'imputer ! Punissez- « moi, grand Dieu, si je ne dis pas la vérité ! »
Gomment ne pas donner de nouvelles preuves d'amitié et d?intérêt à un tel homme? Aussi je n'hésitai pas de présenter Perlet chez M. le duc d'Havre et' chez M. le comte de Blacas , comme ayant fidèlement servi la cause royale et beaucoup souffert pour elle. Je sollicitai même lés bontés du Roi en sa faveur. Hélas ! j'étais encore loin de me douter de toutes les horreurs dont ce montre s'était rendu coupable.
On ne s'étonnera pas qu'il ne fût nullement dispose à tenir sa promesse de m'aboucher avec l'inspecteur général de police Veyrat, qu'il ^chargeait d'un crime qui n'appartenait qu'à lui seul. Trop intéressé au contraire à ce que je ne le visse point, il fit si bien par les dénonciations secrètes et réitérées qu'il adressa au comte de
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Blaca* , que Veyrat perdit d'abord sa plade d'inspecteur général, puis reçut Tordre de s'éloigner de la capitale et partit pour Genève.
' Cependant tous les cœurs étaient ouverts à l'espérance depuis que Louis XVIII avait fait , le 3 mai, son entrée solennelle dans Paris. La veille le Roi avait publié, datée du château du Saint-Ouen, sa déclaration concernant la constitution future de la France. Dédaignant les succès faciles du pouvoir illimité, bravant toutes lès opinions extrêmes, Louis XVIII, par ûû noble tempérament i donnait lui-même à la nation française le degré de liberté dont il la croyait susceptible.
Tel était le grand objet de la déclaration du a mai où furent posées les bases de la Charte , et dont les principes remontent, ainsi que je l'ai fait remarquer, aux diverses publications émanées de Louis XVIII, pendant son exil C'est alors que je me rappelai ces paroles du Roi en i8o5 : « Mon cher Fauche, vous avez pour instruction d'employer tous les moyens en votre «pouvoir pour réunir et rattacher les républi* « cains et les Français de toutes les opinions à la « cause royale; et chaque exemplaire de ma dé- « claration de Calmar est un missionnaire.... » ,
Dans sa déclaration nouvelle, le Roi, en parlant du plan proposé le 6 avril par le Sénat, plan
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prévu d'avance à Hartwêll, comme on a pu le voir, le Roi, dis- je, annonçait qu'il en adoptait les bases ; mais il ajoutait en même temps que plusieurs articles portaient le caractère de la précipitation et ne pouvaient sous leurs formes ac« tuelles devenir lois de l'Étafc Rien de plus sensé qu'un pareil tempérament : il fallait à tout prix écarter l'influence directe d'un sénat avili ' qui s'était déclaré supérieur à la personne du Monarque, dont le retour inespéré promettait à la nation le terme des calamités publiques.
Le i3 mai, Louis XVIII nomma ses ministres, parmi lesquels le comte de Blacas figura comme ministre de la maison du Roi, et fut placé au Conseil. Plût à Dieu qu'il se fût renfermé dans l'exercice de ses attributions ! Mais presque aussitôt son excessive ambition se décela par le soin qu'il mit à concentrer dans le cabinet du Mo* narque, tous les ressorts du pouvoir dont il aspi* rait à être lui-même le principal régulateur.
Ten eus bientôt la preuve certaine par-devers moi^ainsi qu'on va le voir par l'anecdote que je vais rapporter. Aux premiers jours de mon arrivée à Paris, je fis la connaissance de M. Gallot, agent de change, qui , m'ayant invité à dîner chez lui , me prit à part et me parla en ces termes : « Le Roi , « monsieur Fauche , doit avoir besoin d'argent
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« pour son usage personnel; j'ai deux millions en « napoléons d'or à son service, et je vous charge «de les proposer à Sa Majesté à intérêt usuel; ces «deux millions en produiront six autres aux « mêmes conditions. » Je fis part de cette offre à M. le duc d'Havre, croyant qu'il la porterait luimême à la connaissance du Roi; mais comme tout passait déjà par les mains de M. de Blacas, ce fut à lui que M. le duc d'Havre m'adressa, et ce fut M. de Blacas qui me donna rendez -vous pour cette affaire. Bien que le jour et l'heure fussent peu à la convenance de M. Gallot, à cause de la Bourse, il ne s'en rendit pas moins avec moi très exactement à l'audience de ce ministre. En entrant dans son salon , nous le trouvâmes causant avec M. le duc de Lorges dans l'embrasure d'une fenêtre. La conversation s'animant , je craignis qu'elle ne se prolongeât ; et comme les momens étaient précieux, je m'approchai de M. de Blacas et lui indiquant M. Gallot , j'eus l'occasion d'entendre distinctement que la discussion entre lui et le duc de Lorges portait sur des reproches que lui faisait le duc de ce qu'il ne lui avait pas rendu sa visite : « Non , monsieur le «comte, lui disait-il, vous n'êtes pas venu, je « n'ai pas même vu votre carte; vous voilà minis- « tre, et voilà que vous voulez déjà faire le....;»
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À ces mots, m'étant approché de plus près pour faire diversion , M. de Blacas quitta le due , et nous laissa nous-mêmes brusquement sans nous dire un mot de l'affaire pour laquelle nous avions rendez-vous. « J'en suis fâché, Messieurs, répon- « dit-il à mes instances ; je ne puis pas vous ence tendre, le Roi m'appelle, le Roi m'appelle.... » et il nous planta là. « Ma foi, monsieur Fauche, «me dit M. Gallot après le ao mars, je vois à « présent, d'après tout ce qui se passe, que M. de «Blacas m'a rendu, sans le vouloir, un grand « service : mes deux millions auraient été \>ïen «t hasardés — **. » Mais sa proposition ayant été spontanée de sa part, il n'en est pas moins vrai qu'à la restauration , les capitalistes étaient dis^ posés à favoriser le gouvernement du Roi.
L'élan était alors presque universel, et rien n'eût été plus facile que d'opérer le système de fusion qui était dans le cœur de Louis XVIII. L'application de ce système, faite de bonne foi, n'eût point écarté ni laissé dans l'oubli les serviteurs les plus fidèles et les plus zélés des Bourbons. Je n'entendais que doléances de la part de ceux qui avaient souffert ainsi que moi pour la même cause. Parmi ces victimes de là fidélité, je citerai le chevalier de Mézières que je rencontrai par hasard , et avac qui j'avais été détenu au Temple. Ancien