TOME IV. l
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offîcîerau service d'Espagne, bien qu'il fut né Français , et depuis aide-de-camp du, général Despomelles, agent du Roi à Paris, il m'avait été adressé à Neuchâtel par l'agence royale, en 1797. Je l'accueillis et l'accompagnai jusqu'à Berne, où je le présentai à M. Wickham, ambassadeur de Sa Majesté Britannique. De là, il partit pour se rendre auprès du Roi, qui était alors à Blankenbourg. Il repassa chez moi trois semaines après, et je l'accompagnai derechef pour veiller sur sa rentrée en France. Je le revis en septembre suivant , quelques jours avant le 1 8 fructidor (4 septembre 1797); et arrêté lui-même en i8o3, il vint partager ma détention au Temple, où nous nous donnâmes réciproquement de nouveaux témoignages d'amitié et de confiance. J'ignorais complètement ce qu'il était devenu depuis ma sortie de cette prison d'État II m'apprit qu'il avait été transféré au donjon de Vincennes, en 1807, avec tous ses co-détenus , puis condamné à la déportation à Batavia , par décision administrative , et ensuite conduit avec ses compagnons de captivité, le 7 février 18 14* à l'approche des alliés, au château de Saumur, où ils furent délivrés le 16 avril suivant , par ordre du gouvernement royal provisoire , au nombre de plus de cent de diverses nations , qui y avaient été encombrés
successivement depuis environ deux mois. Il est hors de doute que j'aurais partagé moi-même ces dix ans de captivité additionnels, si, en 180 5, je n'avais pas été réclamé par mon souverain le roi de Prusse.
Je rencontrai aussi à la même époque M. Germain, royaliste très dévoué, qui avait été mis au Temple par suite d'une dénonciation clandestine, et qui maintenant occupe une place de confiance dans l'administration de l'Opéra.
Parmi les personnes qu'une conformité d'opinion me fit rechercher, je dois citer M. le baron de Marguerittes ( de Nismes ) , dont le nom est devenu historique, à cause de la belle conduite de son père , député de la noblesse aux États-Généraux de 1789, et premier maire de Nismes, lors de la nouvelle organisation municipale donnée à la France. Ce vertueux magistrat avait tout fait pour assurer le bonheur de ses concitoyens : dans un moment de disette, il s'était mis à découvert de trois cent mille francs pour maintenir au même prix, le pain destiné à la nombreuse classe ouvrière, de .cette ville. Au péril de sa vie, il avait empêché l'effusion du sang lors des querelles religieuses et politiques qui éclatèrent à Nismes dans le mois de mai 1 790. Défenseur courageux des droits sacrés de l'autel et du trône, il périt
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à Paris , Tune des premières victimes de la révolu-' tion, sur la même place et sur le même échiafaud d'où s'envola, pour aller rejoindre celle de son aïeul Saint-Louis, l'âme du Roi martyr.
Le baron de Marguerittes son fils aîné, celui dont je parle, était entré fort jeune au service, et plus tard il fut l'un des compagnons de Buo~ naparté en Egypte ; il rentra en France avec lui , fut ensuite intendant des armées navales de l'Océan, sous les ordres de l'amiral Viïlaret- Joyeuse , lors de l'expédition si funeste de Saint- Domingue, et attaché comme chef de division au ministère de la marine et des colonies. Chargé de plusieurs missions importantes en Russie, en Prusse et en Hollande, il encourut plus tard la disgrâce de Napoléon, dont il fut persécuté. N'étant plus employé dans sa patrie , il conçut le projet de se rendre en Russie , pour y réaliser une vaste opération dont le but était de changer la direction du commerce de cet empire , et de donner un nouveau cours à ses productions territoriales. Malheureusement, il fut arrêté en Prusse par ordre du maréchal Davout, lorsqu'il traversait ce royaume pour se rendre à Saint- Pétersbourg : c'était en 1 808. 11 était porteur de lettres extrêmement pressantes de plusieurs soirverainô d'Allemagne. Recommandé de la manière
Ja plus particulière à l'emftereur Alexandre, oh viola le secret des lettres adressées à des têtes couronnées. Ce qui excita plus particulièrement les soupçons de Buonaparte et de son lieutenant, fut ce qui , dans ces lettres, concernait la belle et. malheureuse reine de Prusse. Celui qui en était porteur fut accusé de connaître le secret dés princes, et de se rendre à Saint-Pétersbourg pour
déterminer le souverain de la Russie à entrer
dans une nouvelle coalition contre Napoléon. Jeté dans un caehot à Berlin , transféré à Erfurt, puis à la citadelle de Wurtzbourg en F rançon ie, le baron de Marguerittes fut traité pendant quinze mois de la manière la plus barbare. Chargé de fers, privé de linge pendant cent trois jours, ne pouvant se faire raser, tenu au secret le plus absolu, menacé d'être fusillé à chaque instant, on employa tous les moyens pour découvrir le secret qu'on l'accusait de connaître; on passa des menaces de lui faire perdre la vie aux offres d'argent, de places, de faveur. Il sut résister à tout, ' et ne dut qu'à son courage , à son énergie et à sa forte complexion , d'avoir pu supporter les privations de toute espèce et les traitemens les plus rigoureux. Sa famille ignora long-temps ce qu'il était devenu. Enfin il dut sa liberté conditionnelle aux sollicitations pressantes et aux nombreuses
démarches du général comte Charles de Lame th, ancien collègue de son père à l'Assemblée Constituante, et gouverneur du duché de Wurtzbourg. Ce délégué de l'autorité militaire, aussi humain que juste, parvint à rendre à leurs familles beaucoup de prisonniers d'État qui avaient été enterrés dans cette citadelle, après avoir été évacués des différentes parties de l'Allemagne où on les avait arrêtés. Français, Prussiens, Belges, Saxons, Autrichiens, il y en avait de tous les pays» Reconduit en France par la gendarmerie, lé baron de Marguerittes fut exilé à Nismes, sans pouvoir passer par Paris , où résidait sa famille; ensuite à Sens, et ne put se réunir à sa femme et à ses enfans que plusieurs. années après. Lorsque les armées de l'Europe se présentèrent sous les murs de Paris, il se réunit aux royalistes qui voulaient le rétablissement du trône de Henri IV.
On peut dire que Paris, depuis la restauration, devenait pour ainsi dire le quartier-général des victimes de toutes les opinions, de tous les partis, et principalement des hommes qui, comme moi, avaient tout sacrifié à la cause royale. Pourquoi ne pas nommer dès-lors une commission .qui se serait occupée des réclamations les plus fondées et lés plus urgentes?
Quant à moi , il me fut bientôt démontré que
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j'étais personnellement l'objet des préventions inspirées à M. de Blacas contre ma personne, par le ressentiment de M* de La Maisonfort, qui exerçait sur son esprit une grande influence. A la vérité , j'étais bien loin de m'imaginer alors que les effets en seraient si fâcheux pour mon avenir. Le. premier qui me donna l'éveil fut M. le marquis de Terrier Montciel , serviteur éprouvé des Bourbons -, ancien ministre de Louis XVI , accouru des premiers à Paris au-devant du Roi , après avoir rendu, en Franche-Comté, à S. A. R. Monsieur des services essentiels suggérés par son zèle et ses talens. Le Roi l'ayant accueilli et consulté dans le cabinet , il s'y trouva en contact avec M. de La Maisonfort, que M. de Blacas y avait placé à la section de la police secrète. M: de Montciel m'avertit que j'étais desservi auprès du Roi par M. de La Maisonfort. Mais connaissant la pureté de mes principes et de ma conduite, il me dit: «Prenez « courage, persévérez, et .le moment de la justice « viendra pour vous. Mettez votre confiance dans « la Providence, elle ne vous abandonnera pas. » Depuis ce moment , cet intègre et zélé serviteur du Roi n'a pas cessé de me donner des preuves d'un intérêt soutenu.
Me voyant ainsi en butte aux traits de la malveillance, j'eus recours à monseigneur le prince
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de Condé , qui daigna aussi m'accueillir avec sa bonté ordinaire, et m'accorder tous les témoignages nécessaires pour confondre la méchanceté de mes ennemis. Ce cher et respectable prince me donna la déclaration suivante t déclaration précieuse que moi et mes enfans çonser* verons à jamais , comme l'un de nos titres d'honneur. r .
« Nous , Louis- Joseph de Bourbon , prince de
« Condé, prince du sang, pair et grand-maître de
« France , gouverneur et lieutenant-général pour
«le Roi en ses provinces de Bourgogne et de
v « Bresse, colonel de l'infanterie française;
«Dédarons que M. Louis Fauche- Borel, de «Neùchâtel en Suisse, où il faisait valoir une « imprimerie considérable , n'a point hésité à « quitter sa patrie, sa famille et son état, pour « servir le Roi dans des missions difficiles, et que', « dans la négociation avec le général Pichegru , « où nous l'avons particulièrement employé, sa « vie s'est trouvée souvent dans le danger le plus « imminent; que, pénétré des sacrifices qu'il fai- « sait , et du dévoùment sans bornes auquel il se «livrait pour le service de Sa Majesté, j'ai cru « devoir lui promettre au nom du Roi , pour ré- «compense de ses efforts et de son zèle, la dîreo « tion de l'Imprimerie Royale , et la décoration
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« de Saint-Michel , lorsque la France , éclairé^ « sur ses véritables intérêts , serait rentrée squs «l'obéissance de son légitiipe souverain. Ces); «avec plaisir que nous lui donnons aujourd'hui « le témoignage delà satisfaction que nous avons « éprouvée de ses services; et nous le recomman? « dons en conséquence, de nouveau, aux bontés « du Roi , qui a eu occasion de connaître aussi le « zèle et le dévoûmeftt courageux de M. Fauche* « Bôrel pour la cause à laquelle il s'était dé- «voué. i
« Donné au Palais-Bourbon , à Paris., le 3 juin
a Signé, Louis-Joseph DE BOURBON. »
Me présenter au Roi avec cette déclaration à la main, tel était mon projet; mais il arriva quç le prince de Hardenberg, jugeant que je pourrais être utile à Sa Majesté Prussienne dans son voyage à Londres , m'engagea fortement à y suivre mon souverain , ainsi que l'empereur de Russie. Comment ne pas se rendre à une pareille excitation ? Je 6s sans hésiter mas préparatifs de départ
Gomme je l'ai déjà dit, l'espérance était dans tous les coeurs, et l'on croyait à un avenir tranquille et prospère. Par lé traité de paix signé
trois jours auparavant * , les limites de la France se trouvaient rétablies ainsi quelles existaient au i<r janvier 179a, avec l'addition de quelques annexes. En recouvrant ainsi l'intégrité de son ancien territoire , qui fut évacué aussitôt par les troupes alliées, la France resta entièrement maîtresse dé diriger ses propres affaires. Cette preuve de modération et d'équité de la part des souverains arbitres de l'Europe, honora leur caractère et leur politique. Le royaume de France était rétabli.
Le 1 er juin, surlendemain du traité, l'empereur Alexandre et le roi de Prusse quittèrent la capitale de la France, et allèrent s'embarquer à Calais pour Douvres. Resté à Paris, j'y fus témoin , le 4 > de la séance royale et de l'émission de la Charte constitutionnelle. Cet imposant spectacle fit sur moi Une impression d'autant plus profonde, que j'y voyais l'accomplissement de tous les plans et de tous les projets dont j'avais été long-temps le dépositaire.
Pressé cjp répondre à l'appel du prince de Hardenberg, je fus aussi m'embarquer à Calais, pour rejoindre à Londres les deyx souverains insépa-
1 Traité de paix de Paris, entre la France et les puissances alliées , signé le 3o mai 1 8 1 4*
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rables. Ce fut dans cette traversée que je fis la connaissance particulière du respectable cardinal Gonzalvi, envoyé auprès des souverains par le Saiqt-Père le pape. Gé digne et vénérable ministre du Saint-Siège se trouvant incommodé du mal de mer, je lui rendis tous les services qui pouvaient dépendre de moi pour adoucir ses souffrances, À notre arrivée à Londres, tous les hôtels étaient remplis, à cause de l'affluence des étrangers, et il n y avait déjà plus assez de place pour Son Éminence : mais je fus assez heureux pour lui faire accepter, comme pied-à-terre, la maison Fritzstreet Soho, n° 9, que j'habitais alors. Nous pûmes l'y installer, ainsi que les sept personnes de sa suite, y compris l'Évangéliste , son secrétaire. Le cardinal-ministre resta trois semaines chez moi, jusqu'à ce qu'on lui eût trouvé un logement plus commode. Mon neveu Edouard Vitel se rendit très utile à Son Éminence. Là, j'eus tout le temps d'apprécier son noble caractère. Plus tard , je le rencontrai à Vienne , où il prit un intérêt tout particulier aux nouvelles tribulations que j'éprouvais, et dont certes je n'omettrai pas le récit. J'avais toujours mon couvert à la table de Son Éminence , qui daigna me dire alors , et à plusieurs reprises : « Quoi que ce soit que vous et « votre neveu ayez à demander au Saint- Père ,
a monsieur Fauche, adressez-vous à moi, et vous « l'obtiendrez. » J'ai de lui des lettres qui ràe sont très précieuses.
Je restai à Londres pendant tout le séjour des deux monarques. Ils avaient été reçus par le Prince-Régent avec tous les honneurs dus à des souverains regardés généralement comme les li* bérateurs de l'Europe. On ne peut exprimer Vertthousiasme que le peuple anglais fit éclater à cette occasion; il en était enivré. Des fêtes magnifiques se succédèrent. Les dames s'extasiaient à la vue de l'empereur Alexandre , qui logeait PuUeney hôtel Piccadilljr : mais la partie grave de la nation admirait par* dessus tout la candeur et la modestie du roi de Prusse, que Georges IV affeotionnait particulièrement.
Le prince de Hardenberg, voulant me donner dans cette circonstance un témoignage de sa bonté •accoutumée, me proposa d'aller à Neuchatel précéder le Roi, et y faire les logemens pQur Sa Majesté, qui devait s'y rendre incessamment : maïs cette commission fut enviée par d'autres, dont les importunités auraient embarrassé le prince, si je ne l'avais pas prié de ne plus songer à moi dans cette circonstance, bien que je fusse décidé à me rendre e» même temps que le Roi dans mon pays natal.
DE FÀUCHE-BOREL. %lj
i Ayant déjà vu, avant mon départ de Paris, les nuages qui m'obscurcissaient les avenues des Tuileries, et m'étant même aperçu qu'on cherchait à me nuire, en soutenant qufe j'avais desservi le gouvernement anglais, je saisis l'occasion de mon séjour à Londres pour me procurer la déclaration suivante, qui me fut donnée avec tant de bonté par le noble lord Gren ville.
Déclaration de lord Grenville, ministre des afi foires étrangères, en date de Camelfort-ffouse, le 3© Juin 181.4.
« Ce n'est qu'à mon retour du Parlement qu'on «vient de me remettre, Monsieur, la lettre et « lès papiers dont vous m'avez parlé ce matin, et cf que je m'empresse de vous envoyer, pour que « vous puissiez les recevoir avant votre départ. . « Tout ce que j'ai eu occasion de connaître* de a votre conduite et de votre caractère dans le» « temps difficiles et épineux que nous avons par* « courus, m'a toujours paru porter l'empreinte « de la plus grande probité , et d'un parfait et « loyal dévoûment pour la belle cause que vous « avez servie avec une persévérance si distinguée r « et pour laquelle vous avez tant souffert > a II me serait très agréable de croire que ce
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a témoignage d'une très sincère estime pourrait oc vous être de quelque utilité.
« Fai l'honneur d'être , dans ces sèntimehs ,
«Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant «serviteur,
«Signé, GRENVILLE. »
Les mêmes sentimens, fortifiés par une affection réciproque, portèrent sir Charles Flint, principal secrétaire aux affaires d'Irlande, à me donner aussi la déclaration ci-après, en date de Londres, le a5 juin 1814.
« Je, soussigné, certifie que dans les relations « officielles, ainsi que particulières, que j'ai été a dans le cas d'avoir avec M. Fauche-Borel, dece puis 1 795 jusqu'à ce jour, j'ai constamment eu « occasion de remarquer dans sa conduite un zèle « et un dévoûment pour la bonne cause qui n'ont c jamais varié ; que dans les différentes missions or importantes et difficiles qui lui ont été confiées « par les différens ministres de Sa Majesté Britan- « nique, et notamment dans celles avec les gêné- « raux Pichegru et Moreau, il s'en est acquitté de <c manière à mériter leur estime particulière et <c leur confiance , et qu'il a fait des sacrifices pé- « cuniaires qui le rendent digne de la protection
DE FAUCHE- BOREL. <rfg
« des personnages qui pourront être dans le cas « de prendre connaissance de ses services signace lés, n'ayant point hésité à quitter sa famille et « ses affaires, qu'il a été forcé, par circonstance, « d'abandonner depuis longues années , pour se «livrer entièrement à la cause sacrée des rois, « dont il a été un des appuis les plus utiles et les « plus constans.
« Signé, Ch.-Wiixïams FLINT. »
Je partis de Londres pour revenir à Paris, avec le dessein de me diriger de là, le plus promptement possible, sur Neuchâtel. Mais je n'aurais pas voulu m'éloigner de Paris, cette fois, sans avoir obtenu de Louis XVIII une audience particulière. Ayant pour ainsi dire épuisé mon patrimoine et toutes mes ressources pour le soutien de la cause qui venait enfin de triompher, mes besoins et ceux de ma famille me mettaient dans la pressante nécessité de réclamer d'abord le remboursement du montant de l'obligation de cent soixante-quatorze mille francs de capital, souscrite par les princes français en 1 792. Je veux parler ici du titre et de l'acquisition dont j'ai tracé l'historique dans le second volume de ces Mémoires \ J'y renvoie le lecteur. Je me bornerai à
1 Chapitre XVII, page 363.
*4o MÉMOIRES
répéter que tout nie faisait une loi impérieuse d'en demander le remboursement le plus proroptement possible.
Le prince de Hardenberg était si bon pour ' moi7 que sachant combien j'étais obéré, il fut d'abord porté à prendre mon titre pour le compte du gouvernement prussien , et à m'en donner la valeur intégrale ; mais , réfléchissant sur ma situation, il sentit qu'il serait mieux pour moi de laisser cette affaire au cœur du roi de France, d'autant plus que la manière dont j'avais acquis ce titre était connue du Roi , dans les mains duquel je l'avais remis par l'intermédiaire de M. d'Àvaray , pour n'être acquitté qu'à la restauration.
En le déposant ainsi dans les mains de Louis XVIII , où il était resté pendant huit ans , j'avais eu en vue d'éviter qu'il ne tombât dans des mains avides, et qui auraient pu en faire un usage fâcheux pour les princes , comme il était arrivé à l'égard de S. A. R. le comte d'Artois, dans une occasion semblable , que j'ai également rapportée dans le second volume* de ces Mémoires.
Je sollicitai donc, à mon retour à Paris, une audience particulière du Roi. Il n'y avait que peu
( Chapitre XVII, page 367.
de jours que j'en avais adressé la demande à M. le duc d'Aumonjt, premier gentilhomme de la chambre , alors de service, lorsqu'en me rendant chez le prince de Hardenberg peur y prendre mes instructions , je vis passer dans la rue de Rivoli , tout près de l'hôtel où logeait le prince , S. M. Louis XVIII, en calèche, et suivi de son cortège. Je fis arrêter mon cabriolet , et le Roi , m'ayant aperçu , me fit un signe bienveillant, ce qpi me pénétra d'autant plus, que j'attendais l'audience dont je sollicitais la faveur depuis mon retour de Londres ; pnais il en fut autrement. Le prince de Hardenberg m'ayant chargé, le jour même, de ses dépêches pour S. M. le roi de Prusse , qui venait de partir pour Neuchâtel , je pris immédiatement la poste, e$ je me mis en route. Il y avait quatorze ans que je n'avais vu ma ville natale ni ma famille. Les événemens avec lesquels je m'étais trouvé presque toujours lié avaient prolongé mon absence indéfinimeqf Mais rien ne s'opposait plus alors à ce que je reparusse dans ma patrie , qui venait de rentrer sous la domination prussienne.
J'avais .eu récemment l'occasion de faire à Paris la connaissance de M. JLesperut, qui, sous l'empire: , avait été gouverneur de Neuchâtel pour le prince Berthier . Il me dit qu'en novembre et dé-