TOME IV. l
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cernbre i8i3, Napoléon me supposant alors à Neuchâtel , avait fait donner les ordres les plus sévères pour qu'on m'y fît arrêter. M. Lesperut ajouta même que le bien qu'on lui avait dit alors de moi, dans mon pays , lui avait inspiré le désir de me voir et de me connaître. Quant à lui , personnellement, je puis dire aussi que sa conduite à Neuchâtel lui a mérité l'estime de tous mes compatriotes.
On se fera aisément une idée de l'empressement que j'apportais à me trouver dans ma ville natale en même temps que mon souverain le roi de Prusse; Il y fit son entrée , vers les deux ou trois heures après midi , le 7 juillet , et j'y arrivai à sept heures dans ma chaise de poste , ayant avec moi pour compagnon de voyage le major de Meuron. Je trouvai la ville illuminée et nagçant dans la joie. Je remis de suite mes dépêches pour le Roi à M. de Humboldt. Sa Majesté, pendant le court #jonr qu'elle fit à Neuchâtel , put bien se convaincre par elle-même de la sincérité de l'amour de ses peuples.
Au milieu de cette publique joie que je partageais si sincèrement, j'éprouvai une très grande contrariété. Je reçus , mais trop tard , à Neuchâtel $ la lettre de M. le duc d'Àumont , qui m'annonçait l'audience particulière que S. M. Louis XVIII
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daignait m'accorder pour lé 1 1 de juillet. Il n'était déjà plus temps ; il m'eut été de toute impossibilité de me trouver à Paris ce jour-là. Dans te même moment, j'accompagnai à Zurich S. M. le roi de Prusse , à qui je fis part du contre-temps qui me faisait manquer l'audience au château des Tuileries. «Je suis fort aise, Fauche, que vous « l'ayez obtenue , me dit le Roi avec bonté ; elle « vous sera ménagée une autre fois. » Mais j'en étais à la cour de France, dans des termes où une occasion manquée pouvait ne plus se reproduire. Je suis même persuadé que ce contre-temps influa d'une manière fâcheuse sur mon avenir, car il n'est pas douteux que si j'avais pu aborder Louis XVIII à cette époque, j'aurais dissipé les premières préventions que la calomnie s'efforçait de répandre contre moi , et que j'aurais reçu de ce monarque des témoignages ostensibles de sa satisfaction pour mes services. En un mQt, j'aurais déjoué les calculs malveillans de mes ennemis : ce contretemps, je le répète ^ me fut très préjudiciable.
En revenant par Berne et le pays de Vaud, j'eus connaissance qu'à l'extrémité de cette contrée commençait à s'ourdir le complot qui, se développant huit mois après, se dénoua du Ier au ao marc i $ 1 5. Là , j'appris que Joseph Buonaparte
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avait réuni à son château de Prangins quatrevingts officiers à demi-solde qu'il employait en apparence, en qualité de menuisiers, charpentiers , peintres , architectes , aux établisseraens et aux nouvelles constructions de son château, et que les plus dévoués , les plus actifs d'entre eux étaient chargés de suivre au-dehors la correspondance secrète établie, non seulement avec l'île d'Elbe , Naples et Paris, mais encore dans tous les départemens de la France et jusqu'aux Tuileries mêmes , sous la direction principale , dans l'intérieur, du générai £ Ces émissaires; ainsi organisés, n'étaient porteurs que de paroles, et jamais d'aucun écrit qui aurait pu les compromettre. Ils n'avaient pour signes de reconnaissance que des cartes triangulaires coupées en deux , et dont la moitié devait correspondre à celle qui restait dans les mains du principal agent dans Paris, à qui ils étaient adressés.
Le gouvernement de Berne, qui en était instruit, me chargea d'une adresse pour le roi de France , dans laquelle, après avoir manifesté les sentimens des vrais Suisses sur le retour d'un monarque avec lequel ils désiraient renouveler leurs anciens rapports, il faisait connaître la nécessité de surveiller les trames qui s'ourdissaient visiblement sur la frontière du pays de
Vaud. Les magistrats de Berne désignaient en même temps les personnages dont le séjour en Suisse causait de l'inquiétude, éveillait les soupçons , et justifiait les craintes. Une autre adresse du canton même dé Lausanne donnait avis de la correspondance de Joseph Buonaparte avec l'île d'Elbe, de ses intelligences actives avec l'intérieur de la France , et des sommes considérables qu'il en recevait.
Ces différentes adresses furent envoyées à Paris vers la mi-août , pour être mises sous les yeux du Roi, et il en fut transmis une copie à S. À. R. Monsieur, qui était alors à Lyon. Son Altesse Royale s'entretint de ce qu'elles renfermaient avec les députés du canton de Yaud , qui lui furent envoyés pendant son séjour à Lyon.
De tels renseignemens étaient sans aucun doute de nature à fixer l'attention de Louis XVIII. Mais je n'ignorais pas que des hommes, intéressés à tromper le Roi, s'étudiaient à transformer ces avis importants en alarmes vaines et puériles. Je résolus en conséquence de me rendre en toute hâte à Paris, pour y signaler moi-même le danger, soit aux ministres du Roi , soit au Roi luimême.
J'allais partir , lorsque je reçus la lettre suivante :
Berne, le 21 août i8i4~
« Monsieur,
« Le Conseil secret % très sensible à l'intérêt « que vous voulez bien prendre au sort de la ré- « publique de Berne , me charge , Monsieur, de «vous transmettre le Mémoire ci -joint, avec « prière de le présenter à S. A. R. lç Prince-Ré- « gent d'Angleterre , et de vouloir bien l'appuyer «r de vos bons offices.
« Je saisis avec empressement cette occasion « pour vous offrir, Monsieur, l'assurance de ma « considération distinguée.
« Le secrétaire du Conseil secret de la république de Berne,
« Signé, BENOIT, »
Ce Mémoire , dont je me chargeais très-volontiers , était conçu en ces termes :
Berne, le 16 août i8i4-
« S. A. R. le Prince-Régent du royaume uni de « la Grande-Bretagne , est supplié de vouloir bien
1 Le Conseil secret était composé des mêmes hommes qui , depuis , ont fait partie du Conseil fédéral de Berne , entre autres, MM. les landamans de Watte ville, de Mulinen, Fischer, et autres; de MM. de Furstenherg , de Chevilly, de Freudenrich.
« accorder quelques momens d'attention aux in- « térêts de la Suisse et de Berne en particulier.
« Malgré les relations longues et constamment «soutenues, et la bienveillance toute particulière a que l'Angleterre a daigné témoigner en toute «occasion a la république de Berne, l'on crain- « drait d'importuner Son Altesse en lui parlant « des intérêts de Berne seulement, s'ils ne sem*- « blaient pas liés aux intérêts et à la tranquillité « de l'Europe.
«La constante persévérance, le courage hé- « roïque de ses armées et de celles de ses alliés, « vient enfin d'abattre cette révolution qui pen-r « dant vingt-cinq années a désolé le monde; mais « quoique abattue j elle n'est pas écrasée ; le feu « couve encore partout sous la cendre ; les prin- « cipes, les hommes de la révolution sont encore « répandus partout.
« En organisant la Suisse d'après le plan des « ministres des hautes puissances rassemblées à « Zurich , on laisse :
« i°. Exister en Suisse tout ce que la révolu- « tion a fait.
. « a0. On établit les révolutionnaires souverains « dans plusieurs cantons.
« 3°. Les deux belles provinces qu'on arrache « à Berne, à droite et à gauche, et, on osé le dire,
« contre toute justice, puisque Berne les possé- « dait d'après les traités les plus formels depuis « trois et quatre siècles, et qu'elle les a adminis- « trées avec ilne telle douceur, une telle vigilance , «une telle justice, que leur bien-être et leur « prospérité étaient parvenus à leur comble; ces << deux provinces sont devenues deux petits États « indépendans , où , dans l'un , les gouvernans « qui sont encore exactement les mêmes hommes « qui ont appelé les soldats du Directoire dans « notre patrie jadis si heureuse , sont en rapports « de principes et d'amitié avec tout ce qui reste « de révolutionnaires français; et dans l'autre, en « rapport avec les révolutionnaires allemands. c< C'est dans ces deux cantons, à l'avenir, que, «sous l'égide de leurs amis souverains, ces « hommes dangereux pourront travailler, impri- « mer, conspirer et répandre leur perfide venin « dans toutes les parties de l'Europe.
« De plus , cette confédération qu'on veut éta- « blir en Suisse , doit être composée de parties si « hétérogènes, de principes, d'hommes, d'intérêts ce si éternellement opposés les uns aux autres , que « jamais la paix, l'union , la tranquillité n'est poser sible.
« La Suisse formera donc nécessairement , au « centre de l'Europe , un foyer de discussions et
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« de. dissensions politiques perpétuelles, et Son « Altesse Royale sait de quel danger sont de pa- « reils foyers pour le repos du monde.
« M. Fauche -Barel , qui vient de parcourir la « Suisse , pourra dire à Son Altesse Royale les « sacrifices immenses que Berne a offerts à la « paix , à la tranquillité , à l'union future , et pourra « en général lui donner tous les renseignement « ultérieurs qu'elle peut désirer. »
A mon arrivée à Paris , j'adressai immédiatement à S. A. R. le Prince-Régent , et avec une lettre d'envoi explicative , cette note du Conseil secret de Berne. Quant aux autres renseignemens qui concernaient particulièrement la France, et que j'avais fait passer au château des Tuileries, ils étaient sans doute de nature à fixer l'attention du cabinet de Louis XVIII. Mais les hommes qui y exerçaient alors unfe influence exclusive , s'étudiaient à transformer ces renseignemens en alarmes vaines et puériles. On va voir combien leur conduite, bien qu'elle n'ait semblé que le résultat d'une molle indifférence ou de l'incapacité , doit paraître répréhensible devant le tribunal de l'his* toire.
Les données graves que je venais d'obtenir en Suisse,, sur les trames ourdies par le parti buonapartiste, dans l'intérieur et au -dehors de la
France , reçurent ,- à mon retour à Paris , leur confirmation, en quelque sorte par de plus vives lumières, s'il est possible, et qui ne me laissèrent aucun doute sûr les nouveaux dangers qui déjà menaçaient la maison royale. Mais c'est ici surtout que je ne dois négliger ni taire aucune des particularités relatives aux événemens : elles convaincront le lecteur des causes que j'assigne aux faits qui vont suivre.
J'eus alors occasion de faire la connnaissance personnelle de Tex-directeur Barras, dont le pen* chant à se rapprocher de moi était assez naturel, ayant été • chargé , en 1 799 , comme on l'a vu , de lui faire parvenir lés lettres patentes données et signées par Sa Majesté Louis XVIII, récompense anticipée de l'accomplissement d'un projet de contrerévolution qui échoua par des incidens que j'ai déjà fait connaître : je veux parler du funeste 1 8 brumaire , qui , déconcertant toutes nos combinaisons et nos espérances, avait non seulement occasionné la chute de Barras comme directeur, mais encore entraîné son exil et la perte d'une partie de sa fortune.
Barras , persécuté depuis par Buonaparte qui lui devait son élévation et son immense pouvoir, avait toujours conservé au fond de son âme l'arrièrepensée de renverser à la première occasion celui
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qu'il regardait comme un usurpateur et un tyran.
En exil à Bruxelles, maïs lié secrètement avec Moreau, dont il connut les projets en i8o3, il fut alors relégué à Toulon , et impliqué plus tard dans la conspiration dite de Charles IF. On alla jusqu'à le soupçonner d'avoir communiqué avec l'amiral anglais, par l'intermédiaire de Constant, son maître d'hôtel. A la suite de cette affaire, où il y eut des victimes , Barras définitivement relégué à Rome, y resta près de deux ans. Enfin la è restauration lui ménageant de nouveau l'accès de Paris, dont il regrettait tant le séjour, il vint y occuper en 1 8 1 4 * rue des Francs-Bourgeois , l'hôtel qu'il avait donné à M. Victor Grand , anancien intendant de sa maison. C'est là que je fis sa connaissance. Je compris eh le voyant qu'il n'avait pas dévié des sentimens qu'il m'avait paru avoir adoptés ayant et après le 1 8 brumaire, c'est-àdire à une époque qui précéda de quatorze ans le retour, des Bourbons. Il avait cherché autant que possible , depuis lors , à se réhabiliter dans l'opinion publique , contre laquelle sans doute il avait beaucoup à lutter, parce qu'elle juge toujours trop les hommes d'État, comme des citoyens ordinaires. Barras était , ou paraissait intimement convaincu de la nécessité d'une réunion franche
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de tous les partis autour du Roi , qui seul pouvait assurer le repos et la tranquillité dont la France éprouvait un si grand besoin. Ces dispositions lire semblaient d'autant plus heureuses, que je n'ignorais pas que Barras exerçait déjà dans Paris, sur les débris du parti républicain , une influence qui ne resta pas inaperçue. Révélons ce qui venait de se passer : l'un des hommes les plus fameux de l'époque, Fouché, disgracié et relégué lui-même en Italie par Buonaparte, inconsolable d'avoir été étranger aux derniers événemens , et réuni déjà au parti qui se reformait contre les Bourbons, fit épier Barras. Sachant qu'il me voyait , soupçonnant qu'il agissait dans l'intérêt de la maison royale, craignant qu'il ne parvînt à contre-carrer la conspiration qui tendait à faire revenir Buonaparte de l'île d'Elbe, pour rallier l'armée, il lui détacha Lombard Taradeau pour le sonder et le ramener à ses idées. Tallien qui avait marché dans la Convention avec Barras, entrait aussi dans les vues de Fouché. Quant à Lombard Taradeau, il était de Draguignan , et jadis l'un des protégés de Barras , qui , étant directeur , l'avait placé dans les bureaux de Fouché, dont il était devenu la créature* et le commensal. Il se présente chez Barras ; mais ce dernier, aigri depuis long-temps contre Fouché, repousse les insinuations et les
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instances de Taradeau , qui ne se tient pas pour battu, revient à la charge, et le presse de voir au moins son ancien collègue : « Je ne veux pas voir « Fouché, lui disait Barras, parce qu'il a porté la « livrée du tyran, et moi je n'ai pas porté cette « livrée. » Il s'exprimait avec beaucoup de violence. Toutefois Barras ayant fait part de toutes ces menées à M. Tropez de Guérin , qui avait alors sa confiance entière, M. Tropez lui dit qu'il avait tort de repousser l'émissaire de Fouché , et il lui représenta que, dans la situation des choses, il devait tout entendre et tout savoir. Mais Barras déclara qu'il ne voulait pas absolument recevoir chez lui Fouché. On convint de lui assigner un rendez-vous sur le boulevard Saint-Antoine. Le rendez-vous eut lieu après minuit vers la maison et les jardins Beaumarchais. s
j'avertis mes lecteurs que , dans l'ordre chronologique, ce que je vais dire doit être placé ici, mais n'a été entièrement révélé par Barras* à ses amis, qu'après l'événement.
Fouché ayant entamé la conversation , indiqua les bases de son plan , et dit à Barras : « Nous a savons que vous agissez contre nous , et que vous « voulez conserver les Bourbons ; nous ne vou-
1 Cette maison a été comprise depuis dans les démolitions pour l'ouverture du canal de l'Ourcq.
« Ions point des Bourbons, et vous ne devez pas « plus que nous les supporter, à cause de vos ance técédens. Quelle position pouvez-vous espérer « avec eux? Avec nous vous aurez un sort brillant; «plus de proscription d'ailleurs » Barras, irrité, lui répond : «Vous êtes des coquins, des « misérables ; vous avez servi le tyran ; mais moi, * je ne me suis pas vautré , et je ne donnerai jamais « les mains à ce qu'il ressaisisse le pouvoir. — Vous o avez tort, reprit Fouché , de vous laisser empor- « ter par le ressentiment ; il s'agit ici de bien « autre chose que de petits souvenirs , et de petites « passions; il s'agit des plus grands intérêts de la « terre. Avec nous, je vous le promets, vous serez a influent ; 'cet homme d'ailleurs est usé et n'est « plus à craindre. Nous ne voulons le faire rentrer « que pour rallier l'armée et lui redonner toute
«sa force; ensuite nous le » et il fit le signe
qu'on le poignarderait. — « Vous le tuerez, re- « prend Barras, mais qui mettrez- vous à sa place? « cette vermine de famille, ce bambin? — Nous « trouverons le moyen aussi de les annuler. » Ici Barras et Fouché se séparèrent. Voilà comment ce dernier s'efforça de ramener à lui Barras, mais sans pouvoir l'attirer entièrement dans son parti.
L'ayant revu précisément à cette époque, je
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lui parlai de l'état des choses en Suisse et des intrigues de Joseph Buonaparte à Prangins. « Je « connais toute la machination, me dit-il, je suis « un puits ; je sais tout. On est venu me proposer, a mais je ne puis nommer les masques , de me « mettre à la tête d'un mouvement contre les « Bourbons, en ajoutant qu'on avait besoin de « Buonaparte, à cause de l'armée, qu'il fallait « rallier, mais que lorsqu'on s'en serait servi, on
« mettrait l'homme à sa place. Si vous avez besoin « de Buonaparte, leur ai-je dit, vou£ n'avez pas « besoin de moi, car il ne peut y avoir rien de a commun entre moi et celui qui m'a tenu si longce temps la tête sur le billot. La république avant « tout, si elle pouvait avoir lieu; mais les Bourre bons à l'exclusion de Buonaparte! » Barras
entra avec moi dans beaucoup d'autres détails, mais toujours en ajoutant qu'il ne pouvait nommer les masques.
En approfondissant l'opinion politique de Barras, j'acquis la certitude qu'il ne voulait pas plus de roi intrus sur le trône de Naples que sur celui de France, bien que Murât conservât toujours de l'amitié pour lui : mais dans l'état des choses , il sentait qu'il fallait agir avec prudence et réserve ; et d'après les confidences qu'il avait reçu^, il mettait dans son plan de faire consentir
Murât à quelque arrangement qui le déplacerait sans violence. Il espérait d'autant mieux pouvoir le déterminer à une abdication , que de tous ceux auxquels il avait fait la fortune étant directeur, Murât était le seul qui n'eût pas cessé d'en être reconnaissant, et qui lui eût témoigné toujours de la confiance.
Barras, d'ailleurs, ne demandait rien pour luimême. Il eût été sans doute flatté d'obtenir du Roi le grade militaire dont Buonaparte l'avait injustement dépouillé; et, sans mission ostensible , il eût désiré aller à Naptes pour engager Murât à transiger de sa couronne avec le souverain légitime, contre des indemnités qui lui auraient été garanties.
Ceux qui ont suivi la marche des événemens, peuvent juger de quelle importance eût été une pareille mission , dont l'effet eût paralysé tous les préparatifs que faisait Buonaparte pour revenir de l'île d'Elbe en France. Il eût été forcé de renoncer à quitter cette île , d'où l'on sait qu'il ne serait pas sorti sans les intelligences qu'il s'était ménagées avec Murât.
Barras, jugeant nécessaire de déposer dans le sein de Sa Majesté, avec le plus grand secret, les confidences qu'il avait reçues, et tout ce qu'il savait des projets pour renverser le trône^ se,
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rappela te confiance dont le Roi m'avait honoré lors de la négociation faite avec lui, en 1799. « Il faut , monsieur Fauche , me dit-il , que vous « me ménagiez un entretien particulier avec «Louis XVIII; j'ai des choses de la plus haute « importance à communiquer , et que le Roi seul « peut entendre. Perspnne n'est plus en mesure « que vous de me procurer une audience. » Et il me pressa de la solliciter. Je m'en chargeai d'autant plus volontiers, qu'une pareille entrevue me paraissait devoir procurer quelque bien et prévenir de grands maux.
J'allai d'abord , accompagné de M. Tropez de Guérin, communiquer à M. le duc d'Havre le désir que m'avait témoigné Barras. Le duc sentit tout ce qu'on pouvait attendre des renseignemens donnés par un personnage qui avait été à la tête du gouvernement de la France pendant nombre d'années, et qui par conséquent avait la connaissance des hommes et des choses.
M. le duc d'Havre porta cette demande au Roi, qui, se rappelant les services que M. de Barras avait voulu rendre à sa q^uise, se montra disposé à accorder l'audience. Trois jours après , je reçus l'invitation de me présenter, avec le général comte de Barras, aux Tuileries. A onze heures du matin, nous y allâmes, et là, nous trouvâmes le