‹ MémoiresChapitre 25 sur 47 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

*aa MÉMOIRES

éprouver : « Je snis personnellement très affligé « de tout ce qui se passe, me dit-il; car, figureza vous que M. de Blacas veut que je renvoie mon « chasseur , que j'ai depuis seize ans , dont je «réponds, et qui, je ne sais pourquoi, lui est « devenu suspect. »*En rentrant dans mon hôtel, je vis à la porte une grande voiture où se trouvaient deux gendarmes belges et un général autrichien: On voulut aussitôt m'y faire monter de force : ma résistance fit attrouper beaucoup de monde. En vain je promettais de partir le lendemain dans ma propre voiture * voulant au moins régler mes comptes avec le maître de l'hôtel. Mais on avait intérêt à ce que je fusse éloigné de Gand dans le jour même; et quinze gendarmes, le sabre nu, se mirent en devoir de me placer de force dans le carrosse de la police, ce Montez, montez, mon- « sieur, me dit le général autrichien qui y était « déjà ; je vois bien que vous êtes aussi la victime « de M. de Blacas : venez , le moment viendra où « justice nous sera rendue. » Me voilà donc enlevé malgré nd oi, laissant ainsi à Gand ma chaise de poste, mon manteau et différens effets, que cette violence me fit perdre. A peine me laissait-on le temps de prendre mon argent et mes papier?. Flanqué de deux gendarmes, qui étaient à ma solde , force fut de me laisser conduire à Bruxelles.

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Pendant la toute, le général autrichien se fit connaître à moi, et me raconta par quel motif il éprouvait le même traitement qu'on me faisait subir. « Je suis , me dit-il , le général-major Louis « Matitunowiéh , né en Dalmatie , au service de

« S. M. l'empereur d'Autriche , et maréchal-de-

« camp démissionnaire du service de France»

« Lorsque la Dalmatie est rentrée sous la domi-

« nation de l'Autriche, l'Empereur, mon maître,

c< affecta aux militaires.de mon pays une indem-

« nité qui s'élève à deux cent soixante mille fr.,

«payables pat la France, par suite de la ré-

« tro cession. rMa part, comme général -major,

« a été réglée à quarante - trois mille francs.

«J'étais à Paris pour r&ouvrer cette somme,

«que M. de Blacas avait reconnue, quand le

« ao mars arriva. Forcé alors de quitter Paris, et

«n'ayant point d'argent, je fis un marché avec

«un cocher pour être conduit à Bruxelles, où

« je croyais trouver le Roi , espérant qu'il me

« mettrait à même de payer au moins les frais

« de mon voyage. Obligé ensuite d'aller jusqu'à

« Gand , mon cocher consentit à m'y conduire

« aux mêmes conditions. Arrivé à Gand, je me

« présente à M. de Blacas pour avoir, sinon tout

«ce qui m'était dû, au moins un à -compte.

«Mais M. de Blacas se replia sur les circon-

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« stances pour éluder ma réclamation. — Vos «circonstances, lui répondis-je ., sont aussi mes « circonstances , et elles sont bien plus impé- « rieuses pour moi que pour tous. Je ne tous «demande pas la somme entière, donnez -moi « seulement les moyens de me rendre à Vienne , « chez mon empereur : payez mes frais de route.

« Tout fut inutile. La discussion s'animant , un a officier de la maison du Roi survint , et me dit : « Calmez-vous , général , cette affaire s'arrangera; « donnez-moi votre adresse. — Je loge au Lion «' d'argent. — Eh bien , permettez que je vous « y accompagné. Il vint avec moi* à l'hôtel, et « une demi-heure après, je vis entrer un homme « suivi de plusieurs gendarmes , qui me dit avec « dureté, que j'eusse à ficeler mes malles, et à * « monter en voiture. Je ne sais qui tous êtes , lui « dis-je ; mais si vous #vez des ordres supérieurs, « exécutez-les sans vous permettre de me mal* « traiter , car je ne le souffrirai pas. C'était le « baron d'Eksteius. Voilà comment je me trouve « votre compagnon d'infortune. » Matitunowich était encore plus courroucé que moi contre le chef de la police de Gand. « Homme sans tenue, « sans tact , ni mesure , me dit-il , plus propre à « être recors ou gendarme , que le . chef d*une « administration surveillante , et qui , n'ayant pas }

ce l'honneur d'être Français , se fait appeler mon- « sieur le baron, tandis que c'est tout bonnement « le fils d'un maqùignon»du Holstein , qui , après «avoir fait d'assez bonnes études, et s'être jeté « dans les sociétés secrètes pour la délivrance de « l'Allemagne, s'est fait ensuite néophyte, a passé « le Rhin avec le corps d'armée du général Bulow, « et s'est jeté de là dans votre restauration. Vous « connaissez maintenant, ajouta-t-il, le directeur « de la haute police de Gand , qui ne se sert de « l'autorité que lui a déléguée le roi des Pays-Bas, « pour l'exercer dans l'intérêt des Bourbons , que « pour parodier ce temps malheureux de la « France, où le plus vil délateur était écouté*, et « l'honnête homme était plongé vivant dans un « cachot. Lorsqu'une arrestation lui est indiquée • « par les personnes qui abusent de la confiance « du roi Louis XVIII, monsieur le baron accourt « au galop à la tête de ses sbires, et vient se jeter « comme un loup affamé, sur le malheureux dont « on a intérêt d'empêcher la présence. »

Ces détails ne faisaient qu'ajouter à notre commune irritation. Â notre arrivée à Alost , où nous couchâmes, on nous mit dans la même chambre , où trois gendarmes- restèrent toute là nuit à jouer, fumer et boire. Je soupai, mais le général-major se coucha sans vouloir rien pren-

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dre* Le lendemain- matin , apprenait que s'il n'avait pas soupe, c'était faute d'argent, je lui fis accepter dix ducats de Qollande,que je suis loin de regretter, bien que, m'étant séparé de lui à Bruxelles, je n'aie jamais eu depuis de ses nouvelles.

Nous arrivâmes à Bruxelles, à dix heures du matin , le a8 avril Déjà informé du rôle qu'il devait jouer à mon égard, M. Malheise, directeur de la police de cette ville, me dit d'un ton d'aménité, dont il est impossible de rendre toute la perfidie, que n'ayant pas le temps d'examiner de suite mes papiers, il allait me confier k la garde d'une personne qui serait chargée de m'accornpagner. Où cette honnête personne allait-elle me conduire? A l'auberge sans doute. Non ! dans une prison infecte où je fus mis d'abord au secret, et * où je restai neuf jours confondu avec des vagabonds et des malfaiteurs. Mais il s'y trouvait aussi beaucoup d'autres personnes respectables, et victimes comme moi des préventions de M. le comte de Blacas , et des mesures acerbes de M. d'Ëksteins , chef principal de sa police , homme d'ailleurs plus exalté que méchant, d'une instruction vaste, parfois mal digérée, et qui certainement aujourd'hui, mûri par l'expérience, ne se ferait phis le satellite d'aucun pouvoir absurde et vio-

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lent. J'avoue qu'en entrant dans mon cachot, il m'échappa un cri de douleur, a Va donc, me disais»je, va donc, malheureux Fauche! va. encore porter une lettre si rassurante du roi de Prusse à Louis XVIII, et surtout remets-la à son ministre

Blacas ! »

Les persécutions qui eurent lieu à Gand envers un grand nombre de royalistes éprouvés, étaient l'ouvrage de ces vils flatteurs qui avaient trouvé un asile auprès du trône , de ces mêmes hommes qui s'étaient cachés lorsqu'il fallait se prononcer pour la cause des Bourbons : instrumens des ven*geances particulières , sous le prétexte d'éloigner les traîtres et les espions , ils exerçaient une inquisition intolérable* A Paris, ils conseillaient une confiance aveugle lorsque la prudence prescrivait de se défier; et à Gand, il» écartaient les hommes dévoués, parce qu'ils craignaient le langage austère de la vérité : ils auraient voulu ne rester qu'un petit nombre en Brabant> afin de devenir une classe d'êtres privilégiés et la seule digne d'aspirer aux récompenses, après le rétablissement du trône* dont s'occupaient si efficacement toutes les puissances de l'Europe. ' •

La prison civile de Bruxelles , où l'on entassait les victimes de l'arbitraire et des préventions du système de M. de Blacas à Gand , était tellement

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remplie de prisonniers, que pendant plusieurs jours les derniers venus ne pouvaient trouver à se coucher que sur les bancs du greffe. Il y en avait de toutes les classes , depuis des généraux jusqu'à des laquais; des négocians; une famille entière était détenue , même des femmes et des enfans. Quant au crime qui leur était imputé , il était commun à tous ; qui avait lu un écrou , connaissait tous les autres. Espion, agens de Buvnaparte y suspects , telles étaient les épithètes dont on gratifiait tous ceux qu'on repoussait du bercail.

C'était toujours au nom de Louis XVIII que parlait et agissait lé baron d'Eks teins, et l'on était transféré à Bruxelles par ordre du Roi. L'invention de ce protocole n'était pas absolument le fait de cet homme , qui prenait sur lui de commettre des actes rigoureux qu'ignorait certainement Sa Majesté. Que dis-je ? il n'était que la marionnette du visir de la cour de Gand ? qui en faisait mouvoir le fil d'après les avis, l'esprit de parti, et les vengeances de ses conseillers, et de quels conseillers, grand Dieu!

J'étais depuis vingt-quatre heures au secret dans ce cloaque, lorsque je pris le parti d'écrire au bénin M. Mathèise, directeur de la police de Bruxelles, pour me plaindre de ce qu'on eu

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agissait d'une manière aussi infâme à l'égard d'ufr sujet de Sa Majesté Prussienne , indignement détenu; sans lui en faire connaître les motifs, et même sans l'interroger.

Cette réclamation, faite avec énergie, détermina M. le directeur de la police à me faire venir dans ses bureaux le lendemain , 29 avril, dans la matinée, là, mes papiers et mes effets furent examinés avec la rigidité la plus sévère , comme avec la plus méchante intention ; et cependant on n'y put rien trouver qui fut susceptible.de la moindre de ces interprétations si ingénieusement perfides, dont les suppôts de la police savent si bien stigmatiser les écrits les plus irréprochables, et les démarches les plus innocentes. Leur chef à Bruxelles, M. Malheise, après cette exploration qui le déconcertait, me dit avec un patelinage hypocrite, que l'examen de mes papiers avait été la cause unique de ma détention.' « Je n'y ai trouvé , ajouta-t-il , cr que des choses qui vous honorent infiniment, « par la constance et la persévérance qu'elles font « remarquer dans votre conduite pour la cause « du roi de France. J'en vais foire mon rapport , « et jamais je n'en aurai signé de plus satisfaisant oc et de plus intéressant que celui-là; vous pouvez a compter sur votre liberté pour aujourd'hui. »

Comment un malheureux prisonnier, à ces

douce» paroles , n'ouvrirait^! pas son cœur à l'espérance ! Bien que je fosse renvoyé en prison , je crus en sortir le soir même. Je trouvai* mon geôlier tellement dans cette persuasion, qu'il avait déjà fait enlever mon lit, que j'avais été obligé de louer vingt-quatre francs par jour pour ne pas coucher sur un grabat infect* Mais ma liberté n'arrivant pas, il m'y fallut passer la nuit dévoré par les insectes , et cette nuit affreuse ne fut pas la dernière.

M. Malheise n'aura pas pu faire son rapport, me disais-je, ou il aura négligé de s'en occuper. Mais ne fallait-il pas* avant tout, qu'il correspondît avec M. de Blacas ou M. d'Eksteins pour se concerter et remplir les vues de nies persécuteurs ?

Son rapport serait encore il faire, et moi dans la prison où l'on m'avait jeté, si, après neuf jours de captivité et d'attente pénible, M. le baron de Brockhause, ministre de Sa Majesté Prussienne près le roi des Pays-Bas , et auquel je trouvai le moyen de faire passer un hiot d'écrit, ne m eût réclamé d'autorité, au nom de son souverain. Instruit déjà de mon arrestation par M* de Fagel, ministre de S. M. le roi des Pays-Bas , il avait fait de suite des démarches en ma faveur, et avait même reçu la promesse que j'allais être mis en liberté. Pro-

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messe dérisoire* Ce ne fut pas sans peine que j'éludai la surveillance de mes geôliers* pour faire remettre ma lettre directement à ce ministre ;. l'ayant reçue* il me transmît par le même fidèle messager la réponse suivante :

« Je suis indigné de la conduite qu'on tient «envers vous- Je vous croyais libre depuis huit «jours, et j'étais surpris de ne vous avoir pas vu. «J'avais imaginé que vous aviez été pressé de «vous rendre à votre destination. Je fais à l'in- «stant de nouvelles démarches pour que vous» «c soyez sur-le-champ mis en liberté. Venez en-*- * suite me voir sans perte de temps. »

Il n'y avait plus moyen de résister à ces nouvelles démarches. Les portes de la prison me furent ouvertes, et ce fut à l'autorité de Sa Majesté Prussienne que cette fois -là, comme en i8o5, j'obtins d'échapper aux fers de M. de BJa~ cas, de même que j'avais échappé à ceux de Buonaparte, qui du moins ne m'avaient pas été imposés si tyranniquement et certainement pas. avec autant d'injustice*

J'allai d'abord offrir l'hommage de ma reconnaissance à S. £. le baron de Brockhause, et là j'ap* pris que M. de Fagel ayant entretenu M, de Blacas, de mon arrestation , ce ministre de Louis XVIII lui avait répondu qu'à la vérité j'avais apporté de

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Vieillie une lettre de S< 1VL le roi de Prusse , mai»

que je n'en étais pas moins coupable de délits

J? très graves; car il fallait bien colorer l'horrible

y persécution à laquelle j'étais en butte, et dont

4 M. de Blacas lui-même était le principal moteur;'

• il fallait bien aussi imaginer des prétextes pour ne

pas trop mécontenter le roi de Prusse, qui jouait

un si beau rôle dans la coalition* des souverains

en faveur de S. M. Louis XVIII.

Que fit M. de Blacas? Me signalant1 comme coupable au premier chef envers Sa Majesté Prussienne , afin de légitimer, s'il était possible , ses projets de vengeance contre moi, il osa avancer que j'avais décacheté et même falsifié la lettne autographe de ce monarque au roi de France, et de laquelle j'avais été porteur; de plus, que j'avais fourni des notes contre la Prusse; et enfin, venant aux accusations banales, il dit que j'étais un espion de Buonoparte.

Après tout ce que le lecteur a vu de ma constante et courageuse conduite pour le rétablis? sèment de la monarchie française , il sera porté sans doute à me dispenser de toute justification , comme le fit S. E. M. le baron de Brockhause , aux yeux de qui ces accusations contre un homme qui avait donné de si perpétuelles preuves de dévoùment à la cause royale ne furent que de ridi-

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cules autant qu'invraisemblables impostures. Mais il m'importe trop d'en faire connaître toute la perfidie 9i pour que mes calomniateurs ne puissent tirer le moindre avantage de cette maxime : Calomniez hardiment, il en restera toujours quelque chose ; et je dissiperai jusqu'au moindre vestige de ces imputations calomnieuses qui tout à l'heure se reproduiront avec un caractère de noirceur et d'audace encore biep plus abominable.

M'étant présenté au bureau de la police de Bruxelles pour recouvrer mes papiers, M. Malheise en retint une partie, notamment le chiffre que je tenais du prince de Hardenberg, ainsi que mon passe-port, que je réclamais en vain pour retourner à Vienne. On prétendit le remplacer par un autre, en vertu duquel il fallait que dans quarante-huit heures j'eusse quitté les États de S. M. le roi des Pays-Bas." A cet effet, on prit mon signalement avec des formes très désagréables. Je m'en plaignais, lorsque survint un petit Espagnol que deux gendarmes amenaient comme n'ayant pas de papiers r mais il lui suffît de faire un' signe maçonnique; on le comprit, et à l'instant, en ma présence, avant même qu'on eût fini mon affaire , on lui délivra le papier dont il avait besoin. Il ne me vint pas dans l'idée d'user

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du marne moyen; j'aurais pur le laite avec d'au-* tant phia d'avantage, que j'ai reçu tous les grades maçonniques; mais en y réfléchissant depuis , je ne formai pas de doute que le petit Espagnol n'eût fait un signe de carbonarisme, parfaitement compris par les suppôts de la police de Bruxelles.

Le dirai* je? j'étais dévoré de chagrins; mate que le cœur humain est inexplicable ! Toutes mes peines se dissipèrent devant l'accueil que je reçus de M** le prince de Coudé, qu'à ma sortie de prison, je trouvai logé à Bruxelles, hôtel Bellevue, Ce vénérable prince, qui était instruit dé ce qui venait de se passer, m'ouvrant les bras, eut la bonté de me dire en m'embrassant : « Je suis « fâché , mon cher Fauche, de tout ce qui vous « est arrivé ; nous y avons pris, Contye et moi, « beaucoup de part. Je venais d'ordonner qu'on « fît des démarches pour votre élargissement. Si « mon estime pour vous pouvait augmenter, oe « serait le cas. Vous êtes victime d'intrigueS; mais « nous le sommes tous, Gardez bien les papiers v * que vous avez de moi; ils vous serviront un «jour. »

Oui, mânes illustres et respectables, moi et mes enfans conserverons à jamais les écrits émanés de la main d'un prince qui nous a été si cher,

et l'un de nos titres d'honneur sera cette déda* ration précieuse, qu'il daigna me donner au Pa* lais-Bourbon , le 3 juin 1 8 1 4«

S. E. le baron de Brockhause , touché aussi de mon infortune, et ne voulant pas que je fisse usage du passe-port insultant qui m'enj oignait de quitter les États du roi des Pays-Bas dans quarante-huit heures r m'en délivra, un lui-même pour Vienne , avec des dépêches que je fus chargé de remettre à ma cour ; et je partis incontinent pour eette destination.

A mon arrivée à Liège, frontière des Pays- Bas, M. le comte de Loucey, commandant mili* taire, m'ayant aperçu au moment où je présentais mon passe-port dans ses bureaux, me fit passer dans son cabinet , et me témoigna sa surprise de voir mon nom compris dans la liste des personnes suspectes au ministre de S. M. Louis XVIIL Je lui expliquai les motifs de l'animosité et des préventions haineuses de M. de Blacas contre moi.

M. de Loucey me mit à même de découvrir les variations introduites dans les accusations mensongères envoyées , d'une part , à Liège par la police de Gand et de Bruxelles , et , de l'autre , par le directeur de cette dernière police à M. le baron de Brockhause. On a vu qu'auprès de ce

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ministre je n'étais accusé d'être un espion de Bnonaparte que par M. de Blacas ., -tandis .que dans les notes envoyées à Liège, on supposait que le duc de Feltre portait contre moi la même accusation, bien qu'il m'eût témoigné à Gand quelque confiance , dans fine audience particulière qu'il m'avait accordée de la part de S. A. R. Monsieur. Je continuai librement ma route, et je fus de retour à Vienne le 7 mai 181 5, c'est-à-dire vingtquatre jours après mon départ de cette ville pour aller remplir ma cruelle mission dans les Pays- Bas. Je, trouvai à Vienne M. le prince de Hardenberg , empressé de savoir de moi-même tout ce que j'avais éprouvé de fâcheux à Gand et à Bruxelles; je lui en fis le récit, et aussitôt il en informa S. M. le roi de Prusse, à qui je pris la liberté d'écrire en ces termes :

« Sire,

« Je suis victime de l'intrigue la plus odieuse « et de la plus noire calomnie. Après avoir servi « pendant vingt années l'auguste maison de Bour- « bon ; après avoir quitté pour elle ma famille , « ma patrie , compromis ma fortune , exposé ma « vie, souffert trois années de la plus dure capti- « vite, affronté plusieurs fois Féchafaud, je suis « accusé d'avoir trahi une cause à laquelle se rat-

« tachaient mes intérêts , mes affections, mes es - « pérances , mon honneur , en un mot, mon exis- « tençe tout entière.

« Redevable à Votre Majesté de ma mise en «liberté, je suis accusé d'avoir agi contre mon « souverain , contre mon bienfaiteur : moi qui , « depuis vingt ans , contribue avec un zèle infa- «tigable à renverser le tyran de la France et « l'ennemi de l'Europe, d'un trône usurpé; moi « dont le nom se trouve lié à tous les projets force mes dans ce noble dessein , je suis accusé de « m'être vendu à un oppresseur» que je déteste , « à l'assassin de mes parens et de mes amis.

« Sans doute ici l'atrocité seule de l'accusation et en démontre déjà la fausseté; mais cette accu- « sation n'en subsiste pas moins , et menace de « m'enlever l'honneur et de m'écraser de son • « poids. '

k La religion du roi de France a été surprise « par la perfidie de mes ennemis. Indignement « abusé par eux , il a signé l'arrêt de ma honte « sans égard pour le droit des gens , au mépris « de la justice et de l'équité , sans respect pour a Votre Majesté, dont le nom seul devait me ga- « rantir de tout outrage , sans qu'on ait daigné « m'entendre , malgré mes protestations ; j'ai été « arrêté, emprisonné, dépouillé de mes papiers,

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