tome iv. ao
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maître , pour tâcher d'arriver aux résultats que je sollicitais.
Comme les rois eux-mêmes ne sont pas à l'abri de la calomnie, et qu'ils gagnent toujours à être montrés tels qu'ils sontr je n'hésite pas de rapporter ici la suite du haut et intéressant entretien dont je fus tantôt l'objet, tantôt l'occasion.
Son Altesse Royale daigna entrer aussi avec moi dans quelques détails sur la situation intérieure de la France et sur la cour des Tuileries, ïe puis dire que je vis dès-lors plus particulièremeiit combien était noble et sincère l'intérêt que prenait le Prince-Régent au bonheur et à la stabilité des Bourbons. A cette époque , on contrecarrait en France la marche du gouvernement de Louis XVIII ; et M. Decazes , qui passait pour le ministre favori du Roi, avait aussi en Angleterre, comme en France, des partisans et des détracteurs. J'avoue que je partageais en partie, sur son compte, l'opinion des plus chauds serviteurs du Roi. Son Altesse Royale , en me parlant du système de gouvernement établi par Louis XVIII , et contre lequel s'élevait alors un zèle peut-être mal entendu , me fit diverses questions sur M. Decasses y auxquelles je répondis avec ma franchise accoutumée , ce qui parut sympathiser avec les opinions du prince. Son Altesse Royale me té-
DE FA.UCHE-BOREL. *5i
moigna le désir que je visse son amr sir Charles Long ■ , qui , arrivant de Paris , où il avait passé six semaines > en apportait des idées favorables au principal ministre. J'allai voir sir Charles Long à ta campagne, et j'en fus parfaitement accueilli. Dans une seconde audience que daigna ru'accorder le Prince-Régent avant mon départ, Son Altesse Royale me fit observer que , eu égard à tout ce qu'on débitait , il serait très important qu'à mon retour en France je visse M*r le comte d'Artois, pour lui dire de sa part combien il regardait comme essentiel que madame la duchesse d'Angoulème ne laissât pas trop ostensiblement remarquer le penchant qu'on lui supposait à donner une influence politique au clergé, ajoutant qu'il lui revenait de plusieurs côtés que cette tendance excitait un mécontentement sourd; qu'il sentait parfaitement, néanmoins, qu'il était bien naturel qu'après les pertes cruelles et lès souffrances qu'avait éprouvées cette auguste princesse* elle cherchât des consolations dans la religion; mais qu'il n'en était pas moins très urgent qu'elle évitât de contrarier une nation qui , sortant d'une révolution sans exemple, ou plutôt ' d'une suite de révolutions 7 semblait redouter par-
1 Alors grand-maître de l'artillerie.
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dessus tout la domination du clergé. Je répondis à cette dernière partie des observations du Prince-Régent, que j'étais sûr que le clergé ne se mêlait en rien des affaires politiques en France.
J'appris, à quelques jours de là, que Son Altesse Royale avait dit : J'qjme Fauche.
Je vis aussi, vers cette époque, l'excellent comte de Munster, autre ami intime du Prince- Régent, et dont le caractère honorable est si universellement apprécié en Angleterre comme en Allemagne.
Notre conversation eut lieu dans l'intérêt de la France, et il me parla dans le même esprit que le Prince-Régent, de même que M. Cooke, dont j'aurai occasion de rapporter plus tard les propres paroles à ce sujet. C'était alors qu'on voulait faire croire en Angleterre qu'il régnait une mésintelligence marquée entre Louis XVIII et M*r le comte d'Artois, supposition évidemment forgée par la malveillance. Je dissuadai , autant qu'il était en moi , les personnages de l'Angleterre qui en . étaient imbus, et avec qui je me trouvais en rapport, me proposant bien, à mon retour à Paris, de tout employer pour que le Roi et les princes eussent une parfaite connaissance de la vérité.
Pendant mon séjour à Londres, j'eus aussi plusieurs audiences de M** le duc de Bourbon y
qui y était à cette époque. Pavais un grand intérêt à foire connaître à ce prince combien sa présence en France était désirée, et combien son illustre père souhaitait ardemment de le revoir à Paris. Dans mes conversations, je satisfis à ses questiops relativement à la marche du gouvernement français, de manière à lui faire voir que mes opinions avaient été un peu modifiées par une plus grande masse de faits et d'observations* récentes.
Tout en agissant de mon côté , j'appris que mon fondé de pouvoirs ne restait pas inactif à Paris, et que, ne se bornant pas à écrire dans mes intérêts à S. E. M. le comte Decazes, il avait eu à mon sujet, avec le général Morgan, qui jouissait de la confiance particulière du ministre, une conversation dont je rapporterai ici la substance. ,
Mon fondé de pouvoirs lui parla d'abord de mes réclamations directes sur le Roi, et lui demanda s'il était en position d'en toucher un mot à Son Excellence, ajoutant qu'il était misérable pour le gouvernement français que je fusse , après tant de services, obligé de m'adresser au roi de Prusse d'une part , et au régent d'Angleterre de l'autre , pour que l'un voulût bien s'interposer comme mon souverain , l'autre comme
mon protecteur, afin de me faire payer de mes réclamations aux termes du traité de Paris, et des conventions qui en avaient été la suite.
Il ajouta que ne rien faire pour me récompenser, c'était jeter un vernis d'ingratitude sur le Roi ; mais que ne pas même me payer de mes avances , c'était passer les bornes.
«Mais quel a été mon étonnement, ajoutait « mon fondé de pouvoirs, lorsque le général ma « dit avoir parlé pour vous au ministre, et cela à « l'instigation de la personne de la rue Neuvece Saint-Augustin ' ! J'ai bien reconnu là l'amitié « que vous porte cette personne, et son obli- « geanee; aussi n'est-ce pas ce qui m'a étonné, « mais bien la réponse faite à M. Morgan par le « ministre. Ce dernier a dit qu'avant de partir « pour Londres, vous lui aviez écrit *; qu'il avait « parlé au Roi de votre réclamation , et que Sa « Majesté lui avait répondu que vous aviez été « payé au-delà de ce qui pouvait vous être du. a Enfin le général Morgan m'a laissé entrevoir « que le ministre croyait que vous aviez adressé <c au roi de Prusse , par l'intermédiaire de ses
1 Le général Barras, qui avait quitté la rue des Francs- Bourgeois pour venir occuper un appartement rue Neuve- Saint-Augustin.
* Cette lettre était de mon fondé de pouvoirs.
« ministres, et particulièrement de M. de Harden- «berg, un Mémoire violent contre Louis XVm , « et que même vous écriviez à Londres contre ce « monarque. »
Quelle indigne calomnie ! Tout cela était encore imaginé par mes ennemis du château.
« A l'instant même, ajoutait mon fondé de pou- . « voir» , j'ai cru devoir dire k Morgan ce qui en « était , et le détromper sur des suppositions aussi « erronées. Je lui ai donc déclaré que c'était moi « qui avais rédigé la lettre adressée à M. Decazes u la veille de votre départ y que c'était moi qui « avais rédigé votre réclamation au roi de Prusse > « et que, loin d'être dans des termes irrévérence cieux , elle était telle que le sujet le comportait) « et telle qu'un particulier peut se la permettre « quand il a le malheur d'avoir à se plaindre d'un « souverain.
« J'ai affirmé sur l'honneur que , loin d'écrire vailler à Londres contre le roi de France , vous « le portiez toujours dans votre cœur; que jamais a vous ne seriez le déserteur d'une cause pour « laquelle vous aviez sacrifié votre fortune et le « sang des vôtres; que si l'on vous oubliait, vous « vous deviez à vous-même de ne jamais vous « oublier. En preuve, j'ai offert à Morgan votre cr correspondance avec moi.
« Enfin, j'ai juré qu'il y avait ici malentendu; « que loin d'être payé des sommes par vous avance cées pour le Roi, vous n'aviez jamais reçu un « sou. S'il en eût été autrement, eussiez-vous osé « l'avancer à la face de la France , dans le Méa moire que j'ai rédigé et que vous avez signé?
«Bref, mon cher Fauche, j'ai cru démêler « qu'on redoutait beaucoup que le roi de Prusse « se mêlât de cette affaire , et voici ce qu'on m'a « demandé : i °. copie certifiée de votre corres- « pondance avec le cabinet prussien au sujet de « vos réclamations ; a*, une note exacte , signée « de vous , de ce qui vous est dû. Il faut aussi « démentir hautement la cruelle assertion que « vous avez été payé des Bourbons. -»
On voit ici clairement combien Sa Majesté Louis XVin était encore trompée à mon égard , puisque Sa Majesté était persuadée que j'avais été payé au-delà de ce qui pouvait m être dû.
Dans le compte détaillé adressé en mon nom au ministre Decazes, au mois de janvier suivant % par mon fondé de pouvoirs, voici comment il s'exprimait sur l'étrange assertion que j'avais été payé au-delà de ce qui m'était dû :
«Peut-être est-ce une erreur, mais il est re-
« venu à Fauche que Votre Excellence ayant eu « la bonté de parler au Roi en sa faveur , Sa Ma- « jesté avait répondu que Fauche était payé.
« Si telles ont été les paroles du Roi, elles ne « sont applicables qu'au titre Saint-Morys, liquidé « avec un dommage pour Fauche de cent soixante- « dix mille francs.
« Jamais , Monseigneur > jamais Fauche n'a reçu «un denier des Bourbons pour les vingt -trois « ans de dépenses et de sacrifices ci-dessus spé- « cifiés. Il l'a juré à la face de la France , dans « son Mémoire contre Perlet; il le jure de nou- « veau en vos mains; donc, à cet égard, sa récla- « mation est entière.
« Mais Fauchp a reçu de l'argent de l'Angle- «terre. Oui, Monseigneur, mais peu de chose; « mais cet argent avait d'ailleurs une destination « autre que celle dont il vient d'être parlé : pour « alimenter sa famille errante , l'aider à subsister « lui-même , satisfaire aux dépenses nécessitées « par trois ans de détention au Temple, payer le « voyage, et tâcher d'arracher à la mort son ne- « veu fusillé à Paris.
« Fauche a reçu du gouvernement anglais «quinze cents guinées, et une pension annuelle « de trois cents livres sterling. Voilà la vérité,
«Dans votre bonté, faites, Monseigneur, que
« Fauche n'ait pas la douleur de manquer à des « engagement sacrés contractés pour la cause des « Bourbons ; dans votre sagesse , faites qu'il ne « soit pas contraint de recourir à la protection '«de l'étranger pour obtenir un acte de justice « qu'il serait glorieux pour lui , et convenable « peut-être à la dignité du gouvernement, qu'il « ne dût qu'à votre haute intercession. »
Outre cet exposé , un rapport, avec les pièces à l'appui, fut fait au ministre par le chef de son secrétariat; et le dimanche a février, M, le comte de Goltz eut avec le ministre, dans son cabinet, un entretien à mon sujet. Le ministre lui montra les pièces qui étaient sur son bureau > et lui dit qu'il connaissait bien l'affaire; mais que le Roi avait des reproches à faire à Fauche - Borel , d'abord relativement à la publication de son Précis historique j où il avait divulgué des choses qu'il fallait taire; que lui, ministre, avait voulu me détourner de lancer cet écrit , et qu'il n'avait pu en venir à bout.
Jamais le ministre ne m'en avait parlé qu'après coup , et lorsqu'il fit saisir l'ouvrage»
Le second reproche articulé par le ministre r au nom du Roi , était relatif à mon procès contre Perlet, « auquel, disait-on, j'avais donné une
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« effroyable publicité, qui avait encore chagriné « le Roi par dé pénibles révélations. »
Le troisième reproche portait sur ce qu'au moment de me mettre en route pour Londres , j'avais , par la lettre, qui annonçait mon départ , déclaré formellement que j'allais faire intervenir la Prusse pour apprécier mes réclamations; et que, lorsqu'on voulait obtenir quelque chose, on n'employait pas la menace.
Toutes ces allégations n'étant que des prétextes, des subterfuges ou des restes d'injustes préventions, il ne fut pas difficile à M. le comte de Goltz de faire sentir au ministre que les preuves de ma conduite invariable étaient dans ses bureaux, et que lui seul étant parfaitement instruit que je continuais à rendre des services aux Bourbons en Angleterre, lui seul pouvait parler de cette affaire au Roi, et le dissuader s'il lui restait encore des préventions fâcheuses contre ma personne.
Le ministre convint de la justesse de ces-observations, comme il convint aussi des nouveaux services que je rendais* en AngleteYre, et il parut consentir à se mêler, de mes intérêts, sauf, s'il y avait une décision de prise en ma faveur , à agir près du ministre des finances pour l'indemnité pécuniaire qui me serait accordée.
Tétais indigné d'être ainsi continuellement le jouet des intrigues, et la victime de la calomnie de mes ennemis du château. Ten témoignai ma douleur à mon fondé de pouvoirs.
«Je crois, m'écrivit-il, que vous vous tource mentez un peu trop de tous les ridicules et sots « propos que l'on débite ici sur vôtre compte. a Puisque le ministre de la police , et je le sais « par moi-même , est instruit des preuves d'atta- « cbement que vous ue cessez de donner à Londres a aux Bourbons, il me semble que vous devriez a être moins inquiet des plates calomnies de vos a ennemis.
«A cet égard, mon cher Fauche, permettez- «moi une réflexion; je puis mè tromper assuréce ment , mais ce sera par trop de précaution pour « vous, car vous n'en avez pas assez; vous êtes « confiant comme l'enfant; vous êtes bon au-delà « de ce qu'on peut dire, et quelque expérience a que le passé eût dû vous donner, à vous surtout « qui avez roulé votre brouette dans toutes les « ornières de l'Europe, et vous êtes frotté contre a tous les grarids de la terre , vous êtes toujours « aussi neuf avec les hommes que si vous veniez « de naître. Quand on a un cœur fagoté comme « le vôtre , il faudrait être né au siècle d'or , et oc malheureusement vous et moi avons été jetés
« ici-bas au beau milieu du siècle de fer, ce qui « est un vrai casse-cou. Je reviens donc à mon « dire, et je pense, mon cher Fauche, que cer- « tains individus qui ont eu le talent de vous « soutirer des sommes énormes , individus que « vous considérez comme des hommes qui vous « sont tout dévoués , et qui se jeteraient au feu « pour vous , sont au contraire de braves et « loyaux courtisans qui vous mettraient volon- « tiers la corde au cou pour vous traîner eux- « mêmes à l'eau , si personne n'était témoin de «leur belle expédition» Ces gens-là, qui vou- « draient vous voir à tous les diables tandis qu'ils « vous adressent de belles phrases , sont les pre- « miers à répandre des platitudes sur votre « compte , et se donnent auprès de vous l'air de « les combattre , afin de vous faire croire que «vous leur avez des obligations, et qu'ils sont ce tous pour vous.... »
Je sentais toute la justesse de ces observations, dont il m'eût été facile de faire une application particulière; mais à mon âge on ne change pas aisément de caractère, et je ne pouvais plus me corriger de cette aveugle confiance dans les procédés d'une bienveillance apparente.
J'étais plein d'espoir sur les dispositions du ministre , d'après ce que mandait mon fondé de
pouvoirs qui devait eu avoir prochainement une seconde audience. « Connue je vous l'annonçai , « mon ami , par ma dernière lettre , m'écrivit-il « le 6 mai , hier lundi j'ai vu le ministre. Il a été «avec moi aussi affable que la dernière fois, « peut-être plus encore; comme il savait que je « ne lui avais demandé une nouvelle entrevue « que pour lui parler de ce qui vous intéresse, « c'est lui qui, à mon abord , à le premier entamé « la conversation.
« fifayant non seulement autorisé , mais chargé « de vous foire part de ce qui suit , je vais tâcher « de vous rendre ses expressions et son début qui « m'a aussi surpris qu'affligé.
« M. Fauche ne pourra donc jamais être dis- « cret; ce n'est pas dans une mauvaise intention « qu'il a parlé , mais quand on veut réussir , il « faut savoir se taire, et toujours sa tête a fait « tort à son cœur. Sans doute c'est par vous qu'il « a su que j'étais son protecteur; mais il s'en est « vanté hautement à Londres ; cela est revenu « jusqu'ici , et a produit un mauvais effet , en ce «que M. de Blacas étant l'ennemi de Fauche et «le mien, peut-être il ne conviendrait pas que « dans ce moment j'eusse l'air, en servant Fauche, « de desservir mon ennemi et de lui donner un rf déboire: H faut donc prendre encore quelque
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« patience , car il n'entre pas dans ma pensée de « faire aucun mal à ceux qui ne m'aiment pas , « et je ne veux pas même qu'on me soupçonne « d'un pareil procédé. Il faut encore attendre.
« Monseigneur , lui ai-je dit, pardonnez-moi si «j'ose solliciter toute votre franchise; dois-je « encore conserver de l'espoir? Espérez- vous par « votre médiation obtenir quelque chose de Sa « Majesté ? Tout est-il perdu ? Fauche est dans une « position telle , par les sacrifices sans nombre « qu'il a faits , qu'il faut absolument , quelque « chose qui arrive, qu'il connaisse son sort. Oui, « mVt-il répondu, j'espère réussir; je ne le pro- « mets pas, mais je l'espère»
«Ainsi donc, mon ami, nous voilà encore « logés à l'enseigne de l'espérance. Ne vous^ re- « butez pas, Fauche; je ne me rebuterai pas non « plus , je vous le jure. *»
Je vis aès-lors que ma présence devenait nécessaire à Paris , où j'avais à m' occuper utilement, non seulement de mes propres affaires, mais aussi de la marche des affaires publiques, dans les intérêts du Roi, et cela d'après les notions que j'avais acquises à Londres dans mes rapports avec d'augustes personnages et des hommes d'Etat d'Angleterre.
De retour à Paris, le ier août 1817, je me
rendis de suite à Chantilly , où j'obtins audience de M*r le prince de Condé. Là , conformément aux intentions de M*r le duc de Bourbon que j'avais laissé à Londres, je lui parlai avec toute franchise de l'intérêt qu'il y aurait pour les Bourbons de suivre la direction que le Roi imprimait à la marche du gouvernement, et de se rallier franchement à son ministère.
Je m'acquittai ensuite de la mission que m'avait chargé de remplir ce même prince auprès de S. A. R. M«r le comte d'Artois, qui, jugeant convenable de m'accorder une audience avec toutes les marques de sa bonté, me remit ensuite entre les mains de M. le comte François d'Escars , comme . à une ancienne connaissance qui lui transmettrait fidèlement tout ce que j'avais à communiquer.
Je restai près de deux heures avec M. lercomte d'Escars; je lui rendis les propres expressions de M. Gooke : « Que Louis XVIII était le seul «qui vît sainement les choses; que son ministre « Decazes , estimé à Londres comme homme « d'État et comme orateur, coopérait dignement « à ses vues; que si Monsieur et ses enfans, que «l'on croyait divisés d'opinion avec le Roi et le « ministère , sur les moyens de consolider la « restauration , ne donnaient pas ostensiblement
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« dés preuves de leur adhésion à la marche «adoptée par Louis XVIII, ils ne régneraient « pas, et qu'il pourrait se retrouver un .homme «assez audacieux pour les remplacer de nou- « veau ; que les autres nations avaient assez de la « révolution française, et que la crainte de la «• mésintelligence dans la famille royale était une « des causes qui empêchaient les puissances de « retirer les troupes de la ligne d'occupation aussi « promptement qu'elles l'auraient désiré.» J'ajoutai à M. le comte d'Escars que M6* le duc de Bourbon m'avait ordonné d'exprimer à Mon* sieur qu'il partageait entièrement l'opinion de M. Cooke, et que, par le tendre attachement qu'il n'avait cessé de lui vouer, il le conjurait de marcher, lui et les siens , sur la ligne tracée par le Roi , si de nouveau les Bourbons ne voulaient pas s'exposer à une troisième catastrophe.
Une circonstance vint ajouter du poids à l'objet de cette conférence ; quelques jours auparavant, j'avais rencontré le ministre de Russie, M. le comte Pozzo di Borgo. Il me parla comme le duc de Bourbon, comme M. Cooke; ses expressions différèrent peu. Il ajouta que ceux qui jetaient les hauts cris contre le ministère et prétendaient que le Roi était trompé , devaient pourtant bien s'apercevoir que ce ministère lui était dévoué et
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avait plus de sens et de moyens qu'on ne lui en supposait , puisqu'une année de désastre pour la France, par le paiement de plus d'un milliard, par une disette horrible et des soulèvemens sur tous les points , avait été traversée sans ébranlemens et sans des commotions qu'il eut été facile au niinistère de faire naître, s'il n'eût pas été dans les intérêts de Sa Majesté. M.Pozzo di Borgo me dit encore, en parlant des princes, qu'il serait à désirer qu'ils fissent quelques actes ostensibles qui prouveraient leur attachement k la cause embrassée par le Roi* ce qui fixerait et ramènerait les opinions à an cefttre^uirique; et enfin , qu'on devait bien avoir quelque confiance dans les paroles de ceux qui , ayant contribué à rendre les Bourbons à la France, avaient intérêt à les y maintenir.
Le ministre de Russie ne m'ayant point interdit de rendre ses paroles, je les communiquai à M. le comte François d'Escars, qui , après m'avoir écouté avec une extrême attention, quelquefois mêlée de surprise, me répondit avec franchise et une sorte d'abandon ce que je vais rapporter ici en substance*
Il me fit observer d'abord qu'il était malheureux qu'en Angleterre, et chez d'autres puissances», on crût qu'il . existait de la division dans
la famille royale. M. le comte dTLscars m'assura positivement qu'il n'en était rien, que la plus parfaite harmonie régnait entre le Roi et les princes ; il' me cita en preuves plusieurs faits positifs, puis il me dit que là fausse opinion que l'on avait à cet égard ne lé surprenait point; que cela venait de certains individus incorrigibles , auxquels on ne pouvait imposer silence , et qui, dans le public, donnant leur opinion particulière comme étant celle des princes , faisaient croire que Monsieur partageait leurs sentimens ; que Monsieur, de son côté, et ses enfant, n'avaient pas les moyens d'afficher publiquement leurs opinions ; mais qu'il Croyait pouvoir assurer que dès qu'ils pourraient , sans blesser les convenances , prouver leur adhésion à la marche adoptée par le Roi et son ministère , ils en saisiraient l'occasion avec autant de franchise que d'empressement , ce qui avait déjà eu lieu dans quelques circonstances.
En rendant compte a M* le duc dé Bourbon , par une lettré du 6 août, dé mes différentes démarches depuis mon arrivée à Paris et de mes divers entretiens politiques , et notamment de celui que je venais d'avoir avec M. d'Escârs, j'ajoutai : <* M. le comte d'Efccàrs est Si franche- « ment dévoué k Moicsiêuê et à la cause du Roi;
ce c est un si parfait honnête homme dans son « ton , dans sa voix , dans ses gestes ; il y a un tel cr cachet de vérité dans toutes ses paroles, que « j'ai cru et que j'invite Son Altesse Sérénissinae « à croire sincère tout ce qu'il m'a dit. Il y a « mieux , Monseigneur, et vous l'apprécierez avec « plaisir ; c'est que depuis quelque temps les « princes agissent véritablement dans le sens « désirable à leur cause. Quelques exagérés en ce gémissent; les gens sensés y applaudissent, et « croient voir la chose se consolider. Et comment ec empêcher, me disait encore M. dTïscars , des ce gens inconsidérés, des mécontens, de répandre ce et de prêter aux princes des propos et des sencc timensqui cadrent avec leurs prétentions? Voilà « ce qui fait qu'on ignore leurs véritables sentice mens. Quant à ce que vous me dites, a-t-il ic continué , de la crainte où l'on est à Londres ce que la dévotion des princes ne finisse par ce donner trop d'influence aux prêtres, il faut « considérer que les princes sont assujettis à des a devoirs religieux dont ils ne peuvent s'écarter. ce Le Roi remplit ses devoirs, mais n'est rien moins ce que dévot; On doit le savoir. Qu'on ne redoute <c donc rien de l'influence des prêtres; croyez ce « que je vous dis, et parlez en conséquence. « M. Hue m'a Confirmé ces dispositions. Depuis
« j'ai vu le ministre de Prusse, M. le comte de « Goltz; il pense comme le ministre de Russie, et « voit avec satisfaction que les princes se pro- « non cent en faveur du système adopté par Sa «Majesté.
« Votre Altesse Sérénissime me fait l'honneur « de me dire qu'elle ne tardera point à se rendre « en France; elle sait combien elle y est désirée. «En mon particulier, je m'estimerais heureux, « avant de quitter Paris , de pouvoir déposes à « ses pieds , et mon hommage , et l'assurance de « mon respectueux dévoùment, etc. »
Puisque le monstre de la calomnie attaquait sans ménagemens les princes de la maison royale, devais -je m'étonner qu'un simple particulier comme moi en fût aussi la victime? J'en gémissais sans en être surpris. N'était-ce pas la tactique connue des ennemis de l'ordre d'affaiblir ainsi le faisceau royaliste, en dénigrant les hommes qui servaient les Bourbons avec le plus d'attachement et de zèle?
«La vérité, me disais- je, ne peut manquer «d'être enfin entendue d'un bon Roi; et si la « calomnie tient encore fermées pour moi les « avenues de son trône , je dois espérer qu'elles « s'ouvriront à la justice , et qu'il rendra ses « bonnes grâces à l'un de ses meilleurs servi-
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«leurs» 4 .un 4e ceu* qui*, eu milieu de» aial- « heurs de la mpparçfrfc française , a donné le plus « de preuve de zèle pour en tarir la source. »
D'après lfâ ayia de MM. le» ducs d'Havre , de La Châtre et d'Âumont, je résolus de m'adresser directement £ S» Ç. M< le comte Decazes, comme le seul minière qui, par sa place, put éclairer la religion du Roi. Je fi$ toutes les démarches nécessaires pour obtenir qu'il voulût bien me mettre à portée de me justifier. Enfin , le 6 janvier 1818, quelques jours après m'être présenté À la vue du Roi à la chapelle des Tuileries, où Sa Majesté avait daigné me remarquer, S. E. le comte Deca%e$ me fit appeler. Le ministre nie dit avec hon{£ : « Je veux enfin, monsieur Fauche, faire « finir votre affaire. Je m'en suis occupé , et j'ai « bien vu que vous avez été la victime de l'ina trigue et de la calomnie; mais j'ai besoin pour « le Roi, et non pour moi, que vous me donniez « une explication sur une noté qu'on vous attri- « bue dans un dictionnaire secret de la police. » Je répondis que c'était me combler que de me mettre à même de pouvoir éclaircir ce qui était pour mpi une énigme* Alors le ministre faisant appeler un de ses secrétaires , celui-ci lui apporta deux volumes Wr^ * reliés eç vélin , et dans lesquels , à mon article > je figurais depuis l'origine
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de la révolution ddm toutes les <âf constance* où il y avait eu des mouvemens en faveur des Bourbons. Mais à la fia de mon article, le ministre me lut la note donnée en 1 8 r $, par mon ami M. (Mlles, à M. Desiriàrete, où il était question -de VL d$ l* Maisonfort , dans le but de me faire obtenir 4? ce chef de la poUce secrète un pam-pcfrt, afin d'avoir la facilité de ppiivoû1 venir ptfssffr vingt* quatre heures à Paris, dans- les intérêt* du 2to*> pour juger à quoi tenait le prétehdu comité royaliste dont Perlet entretenait, depuis plusieurs années, Sa Majesté et ses. ageus, Cette note, dis -je ^ figurait sur le registre; mais une main ennemie avait eu l'infamie de mettre' en marge : Note fournie paï M* Fauche+Borel à la police de Buonaparte y et cela pour me rendre suspect aux yeux du Roi et de son gouvernement. L'interpolation était évidente;: elle partait de la même source que le cruel post-scriptiùn fcfe Gand, dont j'ai dévoilé toute la turpitude. Que dis- je? ce fut, sans aucun* doute, pour motiver après coup le post-scriptum , que fiât imaginée cette calomnieuse apostille.
Le ministre me laissa voir que si j'expliquais à sa satisfaction cette espèce de rapport: avec Desmaréts, chef de la police secrète de Buonapàrte, il était présumable qu'il m'obtiendrait justice de
Sa Majesté. Ifne me fat pas difficile d'éclairer la religion de Son Excellence, par an exposé aussi loyal que sincère de toutes les circonstances du fait. Il y a mieux , ce fait avait déjà été éclaira et justifié en ma faveur par le ministre Fouché luimême, lorsque le prince de Talleyrand lui avait demandé des renseignemens sur mon compte, d'après la démande de la légation prussienne ; mais ce fait n'était pais à la connaissance de M. le comte Decazes. « Je veux , me dit-il après m'avoir ente tendu, je veux expliquer au Roi ce que vous « me dites de cette affaire , et je ne feus aucun « doute que vous ne soyez pleinement justifié, «t Donnez-moi ces éclaircissemens par écrit.»
J'eus l'honneur de faire passer à Son Excellence une note circonstanciée, d'où il résultait,
i°. Que M. Gilles, négociant à Paris, était un royaliste zélé ; qu'étant venu à Londres vers la fin de 18 1 3, il lui fut demandé par le Roi un tableau de la situation intérieure de la France, dont Sa Majesté fut si satisfaite, que M. le* duc d'Havre m'en remercia de sa part, par une lettre du 2 février 1814 ;
a\ Que M. Gilles était le même qui m'avait donné à Guernesey des renseignemens positifs sur les dangers que courrait M** le duc de Berry, s'il effectuait son débarquement en Normandie >
renaeignemens; qui , m'étant hâté de les transmettre à Hartwell, empêchèrent la descente du prince, qui eût subi le sort du duc d'Enghien , et dont M. le duc d'Havre me remercia au nota du Roi, par sa lettre du a3 mars i8i4;
3°. Qu'ayant besoin dé venir momentanément à Paris, dans l'intérêt du -Roi, pour reconnaître la situation du comité royal, je feignis, la nécessité d'un voyage d'Angleterre en Suisse; et «que M. Gilles , inspirant toute confiance , fut chargé de m'obtenir un passe-port; et que, mettant tout en œuvre près de M. Desmarets pour l'obtenir, il fut jusqu'à lui faire en mon nom, pour mieux le capter, de prétendues révélations , et que ce sont celles qui sont consignées sur ies registres de la police ; mais, que M. Desmarets fut si peu dupe de cette confiance simulée, qu'il déclara à M. Gilles que je serais fusillé si je passais par Paris; qu'il faillit faire arrêter M. Gilles, et qu'il fit arrêter à Caen un agent de sa maison de commerce, avec lequel il me croyait en relation; que tous ces faits, conformes à la vérité, sont attestés par une déclaration de M. Baillemont, associé de feu M. Gilles;
4°- Que je prouvais à Son Excellente que j'étais autorisé par le duc d'Havre à traiter dans l'intérêt du Roi avec le sieur Desmarets, et par la
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lettre de ce seigneur, et par une autorisation en former dont je mettais sous les yeux dh ministre l'original , conçu en ces termes :
« Nous, Joseph-Anne- AuguBte^Maximilien de « Croï , duc d'Havre et de Croï-, pair de France , * grand d'Espagne de première classe , prince du a Sain tJîmpire , chevalier de l'drdne insigne de la « Toison d'Or, capitaine des garde»*di**corps du « Roi, lieutenant-général de ses armées, grand'- « croix de l'ordre royal et utilitaire de Saintce Lotus, etci ;
«Certifions avoir autorisé, en r8i3et iBi4v « M; Fauche-Bord à tenter les moyens qu'il était « en son ponvpir d'employer, à l'effet de se pro- « curer des passe-ports du sieur Desmarets, pour « lui faciliter un court séjour à Parip, et le mettre « par là à même cF y remplir l'objet qui l'occupait « alors dans l'intérêt du RoL
« En foi. de quoi nous avotas délivré le présent « certificat revêtu du sceau de nos armes.
« Aux Tuileries, le 8 juin 1818.
« Signé, le ntre D'HAVRE et DE CROÏ. »
5°. Enfin je rappelai à Son Excellence, que j*avais déjà ét£ disculpé sur ces prétendues notes doonéee sous mua nom par M. Gilles à DesAmrets, et disculpé par la polide elle-même, non
seulement parce que le sieur Besmanets n'avait pas été Ja dupe de ses fausses confidences, mais encore parce que le ministre Fouetté, en répons dant au prince de Talleyfiand sur la demanda de la légation prussienne , *près lui avoir écrit que Buopaparte n'avait 4)^3 d'ennemi? plus opiniâtre que moi , avait ajouté, «dans sa lettre du 5 août i8i5 : « Faucha a encouru le heproche.de s'être « adressé à la police de Buonaparte v mais ce»con* «c fidences étaient visiblement captieuses; il von- <$ lait se ménager des ressources pour agir avec « moins de risques; la police d'alors aurait eu a seule à se plaindre de sa bonne foi. »
J'ai donc disfeqtér et àplusieuns reprises, ôtbfter-* yai-je à Son Excellence* les soupçons: injuries que meç ennemis avaient élevés sur mon compte, et ne suis entré dans ces détails que pour nef rien laisser à désirer aux mandataires <de la puissance qui daigne s'intéresser à mon sort et interposer son auguste médiation pour empêcher la ruine d'un de ses plus fidèles sujets en demandant que le gouvernement français Lui acperdej les indemnités qui lui sont dues.
M. le comte Decazes, après ta'avoir lu et entendu dans raa justification, me dit qu'il en parlerait au Roi et qu'il se chargerait de justifier de ma parfaite innocence; il me conseilla de conti*
nuer de m'appuyer pour ma réclamation de la protection de la' Prusse; et sur ce que j'eus l'honneur de lai dire que mon intention était de me rendre de suite auprès de S. A. le prince de Hardenberg qui m'avait toujours protégé d'après ta connaissance intime qu'il avait de ma belle conduite, et de mes sacrifices à la cause des Bourbons, le ministre ajouta : « Je désire, puisque vous a allez auprès du prince de Hardenberg, que « vous lui fessiez connaître que le gouvernement « et les ministres français seraient fâchés que son « altesse puisse donner confiance aux insinuations « que je sais qu'on a cherché et qu'on cherche à « lui donner sur les intentions de la France, qui, « bien qu'elle n'ait rien à craindra des étrangers, « ne voudrait pas être mal jugée, surtout par « S. À. le prince de Hardenberg dont elle sait ap- ^précàer la capaeité et le caractère. »
Je partis aussitôt de Paris, et j'allai trouver le
prince de Hardenberg au château d'Engers , près du Rhin, où était alors une réunion de diplomates. Là, je fis part au prince de ma situation et des communications dont j'étais chargé par M. le comte Decazes. Après m'a voir écouté avec beaucoup d'intérêt et m'a voir fait dîner avec lui, le prince chancelier d'Etat me remit une dépêche pour son excellence le comte de Goltz, auquel U
DE FAUCHE -BORFX. 477
recommandait d'appuyer les bonnes dispositions que manifestait M. le comte Decazes.au sujet de ce qui m'était personnel; et pour mettre le comble à son extrême bonté , S. A. Voulut bien accompagner sa dépêche officielle de la lettre suivante :
A monsieur Fauche-BoreL
« Monsieur ,
« J'ai vu avec plaisir, par le récit que vous m'a- « vez fait de la situation actuelle de votre récla- « matiôn, que M. le comte Decazes paraît vouloir « s'y intéresser et surtout qu'il s'est convaincu de ce votre innocence. Je n'en ai jamais douté en «mon particulier, et le dévouaient que vous « n'avez cessé de montrer à la cause des Bourbons « vous a valu mon estime. Pour vous en donner « une nouvelle preuve, je vous transmets ci- «jointe une lettre pour M. le comte de Goltz, « dans laquelle j'invite ce ministre à appuyer, les « bonnes dispositions que M. le comte Decazes a a témoignées en votre faveur.
« Je vous réitère les assurances de ma consi- « dération distinguée.
<c Engers, le 1% février 1818.
« Signé, u prince DE HARDENBERG. »
Je revins à Paris trois ou quatre semaines après mon départ, et je rendis compte à son excellence le comte Decazés de la réponse que ji. A. le prince de Hardenberg avait daigné me (aire et qui prouvait la bonne harmonie que la Prusse désirait entretenir avec la France. Quant aux témoignages dont j'étais porteur, en faveur de ma cause, je n'avais plus rien à y ajouter. Je dois dije seulement que ce fut à la suite de ces éclaircissemens et de ces témoignages que Sa Majesté Louis XVHI ordonna, dans mes intérêts , tin nouveau rapport sur les réclamations que j'avais soumises à sa justice.
J'eus à déplorer vers cette époque, ainsi que la -famille royale, une perte sensible dans la personne de Louis-Joseph dé Bourbon Condé , mort le i3 mai 1818, à quatre-vingt-deux ans, prince dont les vertus, la valeur brillante , et à quelques égards la destinée, rappellent la mémoire du plus grand de ses aïeux dont il a écrit l'histoire. Huit jours avant sa mort, il eut l'extrême bonté de me recevoir auprès de lui au Palais -Bourbon : il était sur sa chaise longue. Après une cor* versation très affectueuse, il me fit la grâce de me répéter : a Gardez bien , mon cher Fauche , les « papiers que vous tenez de ttidi ; ils vous service ront un jour, estr le rhoment de la justice arri-
DE FAUCBE-B0REL. 479
« vera aussi pour vous ,. et vous aurez aussi votre
*.< décoration Vous voyez que j'ai la mienne
« (me montrant l'étoile de la légtôn-d'honneur à « sa boutonnière ) ; mais ce n'est pas Buonaparte « qui me Fa donnée, ajouta-t-il en souriant, c'est « le Rqî.«..* »
Je sollicitai vainement pendant presque tout le cours de l'année auprès de M. le comte Decazes , Ja conclusion de mon affaire, qui, sans être en* tièremgtà négligée, sô trouvait comme suspendue par l'effet des circonstances où se trouvait alors le royaiime.
Au milieu des discussions orageuses des deux Chambres et delà controverse animée des pamphlets , le ministère ,. déjà jdivisé , semblait vouloir rester fixe avec le Roi dans le système de fusion , d'union et d'oubli dont le cœur du Roi pour- . suivait sans cesse la réalisation- Le ministère avait aussi à discuter alors de graves intérêts v à suivre des négociations épineuses, qui nfe tendaient à rien moins qu'à libérer la France envers les puis* sauces alliées et leurs sujets, pour, mettre enfin . un terme à l'occupation étrangère, .résultat des funestes cent jours,
Au commencement de l'automne, les souverains et leurs ministres &e réunirent à Aix-la- Chapelle , pour y conférer sur l'affranchissement
4&o MÉMOIRES
de la France : le duc de Richelieu alla y représenter le Roi.
M. le comte Decazes me conseilla de saisir l'àpropos de la réunion du congrès pour me rendre auprès du prince de Hardenberg , afin de l'intéresser de nouveau au succès de mes réclamations. M. Decazes était lui-même alors en réclamation auprès de la Prusse , pour une indemnité de trois millions sur le duché de Saarbrouek, dont la restitution avait été promise par le roi d^ France à la famille de son beau-père * avant que ce pays n'eut passé au roi de Prusse. À cette occasion , une demande verbale avait été faite à Paris à ce monarque, qui, montrant le désir de terminer cette affaire , et sachant néanmoins qu'elle était * contestable, offrit généreusement un million, que . la famille de la femme de M. Decazes ne jugea pas devoir accepter, *se croyant fondée à recevoir la totalité de l'indemnité des trois millions. Le Roi, toujours juste, retirant l'offre qu'il avait faite, dit qu'il ordonnerait qu'on examinât attentive- . ment cette affaire ; qu'on paierait les trois millions s'ils étaient dus , mais rien si on ne devait rien.
'M. Decazes venait d'épouser en secondes noces mademoiselle de Saint-Aulaire.
Ce fut dans cette situation des choses #ue je reçus le conseil de me rendre à Aix-la-Chapelle, où pouvait se terminer plus facilement l'affaire qui me concernait. Je ne me dissimulai pas que si la réclamation de M. Decazes tournait à son avantage, la mienne, par contre-coup, aurait aussi un heureux résultat. Mais à mon arrivée à Aixla-Chapelle, j'appris que S. M. le roi de Prusse venait de renvoyer lés réclamations de la famille du beau-père de M^ Decazes, à M. Daniel:, célèbre jurisconsulte allemand, et que par conséquent la décision en était suspendue.
Je n'avais plus d'autre espoir relativement à l'issue de mon affaire, que dans la haute et généreuse intervention du prince de Hardenbêrg : plein de bontés à mon égard, il y mit le cdmbl* en me remettant pour M. le duc de Richelieu ; président du conseil des ministres , une note officielle et confidentielle si pressante et si honorable pour moi, que je dois la rapporter ici textuellement, comme pièce décisive dans l'intérêt de ma cause.
*ome rv. 3i
48a MÉMOIRES
Note officielle remise par S. A. le prince de Hardenberg , à S. Exe. monsieur le duc de Richelieu.
« A Aix-la-Chapelle y le 6 novembre 1818.
« Monsieur le Duc,
« Je prends la liberté d'adresser à Votre Excellence cette lettre confidentielle concernant une affaire qui tient à cœur au Roi, mon auguste maître, et au succès de laquelle Votre Excellence elle-même s'intéressera, dès qu'elle aura bien voulu en prendre connaissance.
«'L'Europe a retenti pendant vingt ans des «efforts souvent infructueux, mais incessamment renouvelés, d'un sujet prussien en faveur de Sa Majesté Très Chrétienne et de son auguste famille. Le sieur Fauche-Borel , deNeuchâtel, qui, avant que le hasard l'eût mis en rapport avec les fidèles serviteurs qui avaient accompagné les Bourbons dans leur exil, se trouvait à la tête d'un établissèment brillant et d'une honnête aisance, poussé par un sentiment de loyauté qui , pour avoir été porté jusqu'à l'exaltation , n'en est pas moins respectable, se dévoua au service d'un prince et d'une famille qui lui étaient étrangers, leur sa-
crifia sa fortune, celle de ses ènfans, son état, sa liberté , et ne calculant aucun danger , exposa plus d'une fois sa vie même. Je ne rappellerai pas à Votre Excellence les nombreuses occasions où ce brave citoyen a donné des preuves de son dévoûment désintéressé ; mais je prends la liberté de mettre sous vos yeux , monsieur le duc , des extraits de lettres écrites à différentes époques par les personnes jouissant de la confiance de Sa Majesté Très Chrétienne, et par Louis XVIII, et qui prouvent que depuis 1795 jusqu'en 181 4, on- n'a cessé de reoonnaître l'utilité de ses services.
« Ce ne fut en effet qu'en 1 8 1 5, pendant l'époque malheureuse des cent jours i qu'on commença à jeter quelques doutes sur la loyauté du sieur Fauche. Cet individu se trouvant à Vienne vers la fin du mois de mars de ladite année, le Roi mon maître crut ne pouvoir choisir un messager plus agréable à la personne de Sa Majesté Très Chrétienne, pour lui porter une lettre autographe qui assurait le roi de France de toute la part que Sa Majesté prenait aux événemens qui venaient de se passer. Mais M. le eomte de Blacas, qui avait accompagné Sa Majesté à Gand, trompé par un rapport inexact de la police , avait conçu contre le sieur Fauche des soupçons aux-
quels l'attachement de ce ministre pour* la personne de son maître donna d'autant plus facilement accès, que le Roi venait d'éprouver les effets de la perfidie la plus atroce. Oubliant, par un mouvement de zèle très estimable dans son principe , les égards qu'on devait à la mission du sieur Fauche , M. le comte de Blacas le fit jeter en prison, et au bout de quelques jours transporter sur les frontières de Prusse.
« Là dignité du Roi mon maître ne permettait pas que l'homme de confiance que Sa Majjesté avait envoyé à Gand fût outy*agé sans un motif suffisant ; mais Sa Majesté voulait en même temps que si cet individu avait réussi pendant vingt ans à usurper une réputation qu'il ne méritait pas, sa fourbe fut démasquée; en conséquence, elle enjoignit au sieur Fauche d'attendre, dans sa ville natale, soit sa justification , soit sa punition. Elle ordonna en même temps à son ministre près la cour de France, de demander satisfaction du traitement que son messager avait enduré, ou communication des faits qui démontreraient sa culpabilité.
« Ce ne fut qu'après le retour de Sa Majesté Très Chrétienne à Paris, que l'envoyé du Roi put obtenir du gouvernement français les éclaircissemens qu'il avait demandés. M. le prince de
Talleyrand j alors chargé du portefeuille des affaires étrangères , déclara dans une ilote officielle qu'après avoir fait vérifier, dans les bureaux de 4a police, les faits qui avaient motivé la conduite de M. de Blacas, on avait reconnu l'innocence du sieur Fauche ; que néanmoins il avait donné lieu aux soupçons qui s'étaient élevés contre lui, -par une imprudence qui paraissait justifier Tordre qu'il avait reçu de quitter Gand dans un moment où Sa Majesté Très Chrétienne avait été entourée de traîtres. Le ministre ajoute dans sa note : a Le Roi n'a pas eu dp serviteur plus zélé que Fauche-Borel , et Buonaparte n'a pas eu d'ennemi plus opiniâtre que Fauche. »
« Le Roi mon maître voulut bien se contenter de cette espèce de réparation y et permit aii sieur Fauche de quitter Neuchâteï où il avait été confiné, et de se rendre à Paris, pour donner suite aux sollicitations qu'il avait commencées auprès du «gouvernement français. Elles avaient un double objet; le sieur Fauche invoquait les bontés de Sa Majesté Très Chrétienne, pour obtenir la récompense que M. le prince de Condé lui avait promise au nom du Roi, ainsi qu'il conste par la déclaration de ce prince, dont copie se trouve au numéro i des pièces ci-jointes. Il réclamait en même temps le remboursement
486 JHÉMOIRÇS
de ses frais et des avances qu'il avait faites pour le service de la bonne cause, et que, d'après ^la pièce ci-jointe numéro a , il fait monter à quatre cent quarante-deux mille francs, indépendamment de deux cent mille à titre d'indemnité , à raison de vingt-cinq francs par jour pour le temps pendant lequel ce service l'avait privé de son
état.
a Poursuivi lui-même par ses créanciers (car sa fortune et celle de sa famille n'étaient jamais en proportion avec le zèle qui l'animait), il crut devoir traîner devant les tribunaux un homme employé par la police de Buonaparte, et qui, sous prétexte de servir le Roi, avait trouvé moyen de lui extorquer de l'argent, et de faire mourir sous les mains des bourreaux le neveu chéri de Fauche, jeune homme des plus brillantes espérances, que l'illusion de servir une cause à laquelle son oncle s'était dévoué, avait engagé à accepter une mission qu'il avait préviylevoir lui coûter la vie. Le désespoir auquel le sieur Fauche avait été poussé, d'une part, par la lenteur qu'éprouva sa liquidation , et de l'autre , par la dureté de ses créanciers , parmi lesquels il y en a qui se disent les amis du Roi ; l'indignation dont son âme fut pénétrée à la découverte du complot infâme qui avait livré son neveu , l'emporta peut-
DE FÀUCHE-BOREL. 487
être au-delà des bornes de la modération. Dans un Mémoire que son défenseur publia , oubliant que s'il avait rendu des services au Roi , sa plus dpuce récompense devait se trouver dans le témoignage de sa conscience, il divulgua quelques événemens qui n'étaient pas encore du domaine de l'histoire; Sa Majesté Très Chrétienne en conçut un vif mécontentement qu'elle manifesta, lorsqu'à la demande du ministre de ma cour, M. le comte Decazes intercéda auprès d'elle pour le sieur Fauche.
« Si le sieur Fauche eut alors le malheur de déplaire au Roi, malheur qu'il sent plus vivement que tous l#s revers qu'il avait éprouvés , au moins il connut à cette occasion l'origine des soupçons que M. de Blacas avait conçus contre lui dès 1 8 1 4 ? et qu'en serviteur zélé pour le bien de son maître, il avait communiqués à Sa Majesté Très Chrétienne. Cette connaissance suffit au sieur Fauche pour faire triompher son innocence; il put remettre à M. le comte Decazes luimême une déclaration signée par les ministres de Sa Majesté Très Chrétienne, qui avaient dirigé pendant l'exil du Roi le comité royaliste en An- * gleterre, laquelle déclaration reconnaissait que la démarche faite dans le temps par M. Fauche , et qu'aujourd'hui on lui impute à crime, avait eu
lieli, non seulement du su des ministres, mais k leurs sollicitations, et quelle n'était pas un des moindres services que Fauche avait rendus à. la bonne cause.
«M. le comte Decazes, après avoir vérifié l'exactitude des faits, a bien voulu dire à AL le comte de Goltz qu'il s'était convaincu de l'innocence de Fauche, mais qu'il n'avait pas encore réussi à faire revenir Sa Majesté des préventions qu'elle avait conçues , et que des circonstances
, personnelles à lui-même ne lui permettaient pas de s'employer en faveur de Fauche avec la chaleur qu'il y mettait sans Cela,
<c Tel est y monsieur le duc, V exposé véridique de la situation de cette affaire. C'est à l'instant où les Puissances alliées viennent* de donner à Sa Majesté Très Chrétienne la plus grande preuve de leur amitié, dans l'instant oà l'on s'occupe de terminer toute espèce de réclamations qui peuvent encore avoir lieu entre les divers gouvèrnemens 9 que je sollicite auprès de Votre Excellence y comme une faveur dont je lui serai particulière' fnent reconnaissant, de porter Sa Majesté Très
* Chrétienne à accorder au sieur Fauche une somme de cinq cent mille francs environ à titre de remboursement et de dédommagement* Votre Excellence ne voudra pus que les enne/iiisdes trônes
citent plus long-temps V exemple du sieur Fauche comme prétexte à leurs calomnies. Il est de V intérêt de tous les souverains légitimes, de protéger un homme auquel on ne peut reprocher qu'un excès de zèle pour la bonne cause.
a Sa Majesté Très Chrétienne avait promis à Fauche une récompense indépendamment {le son indemnité ; il ne m'appartient pas de solliciter une faveur que le sieur Fauche ne veut devoir qu'à la magnanimité du Roi; mais j'ose affirmer à Votre Excellence que si Sa Majesté Très Chrétienne lui accordait un signe ostensible de sa satisfaction, ainsi que M.4 le prince de Condé le lui avait fait espérer, cette grâce acquerrait un nouveau prix pour le sieur Fauche dans le moment actuel.
« Agréez , etc. »
Voici la réponse de M. le duc de Richelieu , à S. A. le prince de Hardenberg.
« Aix-la-Chapelle, 1 3 novembre 1818.
ce Mon Prince ,
« J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire relativement aux réclamations de M. Fauche-Borel. N'ayant ici ni les papiers ni les document qui se rapportent à cette
affaire, je ne me trouve pas en état de pouvoir l'examiner dès à présent; mais Votre Altesse peut être persuadée qu'à sa recommandation , je serai empressé de m'en occuper aussitôt après mon retour à Paris.
« J'ai l'honneur d'être , etc.
.• « De Votre Altesse ,
« Le très humble , etc.
« Signé, de RICHELIEU. »
La justice de «es réclamations était enfin officiellement reconnue : ce Votre Excellence, avait ce dit le prince chancelier de Prusse à M. le duc de « Richelieu', président du conseil , Votre Excel- « lence ne poudra pas que les ennemis du trône a citent plus long-temps l'exemple du sieur Fauche a comme prétexte à leurs calomnies !.... »
Mais, hélas.! un changement de scène vint renverser de nouveau mes espérances au froment où je me croyais à la veille de les voir se réaliser.
Le 9 novembre , trois jours après la date de la lettre précitée du prince de Hardenberg au duc de Richelieu , fut signée la convention entre les Puissances alliées et Louis XVIII, portant que l'évacuation du territoire français par les troupes
DB FÀUCHE-BOREL. 491
étrangères serait effectuée au plus tard le 3o du même mois.
, Ainsi la France allait être rendue à elle-même et sortir de*la tutelle des étrangers. Il s'agissait de savoir quelle place elle allait prendre dans le système politique européen. Le ministère s'était déjà divisé sur les graves questions de régime intérieur ; la dissidence fut bientôt portée à son comble par le résultat même des conférences d'Aix-la-Chapelle, car toutes les questions allaient se réduire à celle-ci : A qui le pouvoir ministériel restera-t-il en France ? Après quelques jours d'agitation , le comte Decazes , opposé au système du duc de Richelieu, remit sa démission entre les mains du Roi; et le jour suivant tous les ministres, à l'exception du duc de Richelieu, donnèrent également la leur. Pendant plusieurs jours l'action du gouvernement parut suspendue. Mais à la fin , soit faiblesse , soit inhabileté , le duc de Richelieu n'ayant pu former un ministère mixte, M. Decazes l'emporta sur tousses rivaux. Il forma un nouveau ministère composé, de ses amis, qui fut installé le 5o décembre, et dont l'unique lien fut l'engagement commun de maintenir la loi des élections que le duc de Richelieu et ses amis auraient voulu changer pour la rendre plus monarchique.
La rentrée triomphante du comte Decazes dans le cabinet, escorté de toute la confiance du Roi qu'il paraissait n'avoir pas perdue un seul instant , mit enfin un terme aux incertitudes , mais non pas à l'agitation des esprits. Je savais que ce ministre ne partageait pas les préventions de M. de Blacas à mon égard ; il m'avait même fait des promesses, n'étant pas encore président du conseil* Pouvais-je y compter dans sa nouvelle position ? La retraite inattendue de M. le duc de Richelieu du ministère des affaires étrangères ne lui ayant pas donné le temps de s'occuper de l'objet de la réclamation du gouvernement prussien en ma faveur, le nouveau président du conseil y apporterait-il le même intérêt? Toat change, rien n'est stable dans l'atmosphère du pouvoir.
Mes premières démarches ne forent pas heureuses; je vis que je ne pouvais plus compter sûr les espérances qui, depuis si long-temps, m'étaient données du coté delà France; que j'avais à lutter encore contre des hofnmes en pouvoir qui se laissaient* influencer par des employés subalternes qui n'avaient pas été remplacés : ceux-ci prétendaient que c'était aller contre l'opinion qu'ils avaient défendue si long-temps que de reconnaître non seulement un zélé serviteur du Roi et de la légitimité , mais encore un étran-
ger. Voilà les raisormemens qui venaient frapper mes oreilles : ils me laissaient d'autant moins d'espoir qu'il était devenu encore plus difficile pour moi d'aborder Sa Majesté Louis XVDI et de lui rappeler tout ce que je souffrais pour sa cause. t
Quant à la note officielle du prince chancelier de Prusse , en ma faveur , j'avais lieu de croire qu'à la retraite du duc de Richelieu elle avait été remise à M. le comte Decazes, comme ayant déjà pris connaissance del'affaire.
C'est dans cet état de choses que le hasard me mit en rapport avec M. le général comte de Wuits, l'un des propriétaires d'une des plus belles terres dans le Holstein ; il crut pouvoir s'adresser à moi pour' faire proposer cette acquisition à la famille .de M. le comte Decazes, et il me remit une note en conséquence. Je pensai que ce serait peutêtre un moyen d'intéresser Son Excellence en m'adressant directement à M. le comte de Saint- Àulaire son beau-père, intéressé lui-même aux réclamations faites à la Prusse par la maison de Nassau. En lui adressant la note du général de Wuits , je lui demandai un entretien qu'il ne balança point à m'accorde*.
M. le comte de Saipt-Àulaire 'me remercia beaucoup de la communication,, me dit qu'il
connaissait tous les avantages et les produits des terres proposées , mais qu'on ne pouvait penser à cette acquisition qu'autant que son excellence le comte Decazes, son gendre, pourrait y appliquer l'indemnité que sa famille espérait de la justice et de la générosité du roi de Prusse, pour le duché de Saarbruck dont la restitution avait été. promise par le roi de France à l'époque dn 4 août 1814 j et plusieurs mois avant que ce pays n'entrât dans les indemnités de la Prusse, ce que pourrait justifier une déclaration de M. le général comte de Waltersdorff, ministre de Danemarck , et du prince de Talleyrand qui , à cette époque, en parla au Roi. Dans les intérêts de la famille des princesses de Nassau, cette circonstance, ajouta M. le comte de Saint-Àulaire , a été rappelée ici à Sa Majesté le roi de Prusse dans l'un de ses séjours à Paris, et on avait espéré que cette affaire se serait décidée à Aix-la-Chapelle, ainsi qu'oïl l'avait promis; mais sans doute, continua M. de Saint-Aulaire, le motif qui a fait éloigner cette décision est peut-être la connaissance qu'on avait déjà alors à ce congrès du projet d'un changement dans le ministère de France, au retour à Paris de M. le duc'de Richelieu, ce que je crus pouvoir contredire d'après la connaissance que j'avais du contraire.
Je saisis cette occasion auprès de M. de Saint- Aulaire pour lui parler de ma réclamation et de l'intérêt que m'avait promis depuis si long-temps M. le comte Decazes ; mais comme il n'en avait pas connaissance , je me bornai à lui demander le concours de sa bienveillance auprès du ministre son gendre.
Je donnai connaissance de ces détails à S. A. le prince de Hardenberg; et sans préjuger s'il serait accordé des indemnités à la famille de M. le comte Decazes par la Prusse, j'osai demander à Son Altesse qu'elle daignât dans cette circonstance, si tel était le cas, rappeler l'indemnité qui m'était si légitimement due par la France, ef en faire un objet de .compensation pour la somme qui me concernait. «C'est, je crois, ajoutai- je, le seul «moyen qui me reste pour espérer justice et « éviter ma ruine. »
Malheureusement, les conclusions du jurisconsulte Daniel , à qui le roi de Prusse avait renvoyé l'examen des réclamations de la famille de M. Decazes, ne lui furent point favorables, et je cessai de fonder mon espoir sur la balance d'une sorte de compensation réciproque.
Je dois le dire, cependant , S. E. M. le comte Decazes, qui jouissait alors du plus haut degré de faveur auprès de S. M. Louis XVIII, eut égard
à mes instances , et ne négligea pas de s'occuper de nouveau de l'objet de ma réclamation.' Sous sa présidence même, au commencement de j 820, et par l'effet de l'intérêt direct que me portait le roi de Prusse * mon souverain ,' il fit décider qu'en indemnité de mes sacrifices , et en compensation de la direction de l'Imprimerie Royale , qui m'avait été promise, il me serait donné cent mille éçus et douze mille francs de pension. Cette détermination fut annoncée diplomatiquement au ministre.de mon souverain, M. le comte de Goltz, qui me pria ce jour-là à un grand dànet diplomatique où assistaient tous les ministres; là je reçus les félicitations de S. £. M. le comte Pozzo di Borgo, de M. le marquis Dumontier, et de M. le vicomte de Montmorency, à qui M. le comte de Goltz annonça avec satisfaction la détermination que le ministre venait de prendre à mon sujet.
Mais des menées sourdes et malveillantes empêchèrent l'exécution de cet acte de justice; je fus encore une fois victime de l'intrigue. Les événemena de cette époque me furent également contraires.
Après l'affreux assassinat de M*' le duc de Berry <et la retraite de M. le duc Decazes , qui en fut la $uite, mon affaire, demeurée en suspens, fat.
rangée dans la catégorie des réclamations ordinaires, et mes espérances s'évanouirent de nouveau.
Ce fut alors que , en désespoir de cause, je retournai en Angleterre chercher de nouveaux appuis. Georges IV régnait depuis la mort de Georges ni, son père, décédé le 19 janvier 1820, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. L'avènement de Georges IV n'avait apporté aucun changement dans le système politique; ce prince, présidant le conseil privé immédiatement tenu, avait fait un discours où, après avoir rendu un juste hommage à la mémoire de son auguste père , il témoigna la confiance qu'il avait dans l'appui du parlement
et de la nation , dont la prospérité et le bonheur seraient l'objet constant de ses soins, ainsi que le maintien complet de la religion, des lois et des libertés du «royaume.
Mais la mort de Georges III allait faire naître un grand embarras dans les relations de famille de son auguste fils, à l'égard de la princesse de Galles, dont il était séparé depuis si long-temps, et qui voyageait sur le continent par un arrangement fait , en 1 8 1 4 ? entre les deux époux.
Tant que Georges m avait vécu , la situation de la princesse de Galles était réglée sur des accords privés; son traitement était fixé. Son